Pour un des ses derniers concerts avant son départ en tournée en Amérique du Nord, l'Orchestre National nous est apparu au mieux de sa forme, dirigé par le chef américain James Conlon, ancien premier chef de l'Opéra de Paris entre 1995 et 2004. Des retrouvailles au sein du Grand Auditorium de Radio France expliquant la présence de nombreuses personnalités ayant appartenu un temps à la grande Maison durant la période particulièrement troublée du mandat de Huges Gall…

 


Daniil Trifonov ©J. Kruk

Un programme Varèse, Prokofiev et Dvořák, avec en soliste, le jeune surdoué du piano, Daniil Trifonov, titulaire de nombreux prix internationaux, élève de la célèbre pédagogue, Tatiana Zelikman à l'Institut Gnessine de Moscou. Intégrales d'Edgar Varèse (1883-1965) débutait ce concert. Une pièce datant de 1924, pour ensemble à vents et percussions où Varèse continue son expérimentation musicale à la recherche de concepts totalement nouveaux comme l'analogie entre musique et peinture, la spatialisation du son ou encore l'association son et électronique ou bande magnétique qui trouvera son aboutissement dans Déserts quelques trente ans plus tard… Pour l'heure Intégrales s'inscrit dans une superposition de sons formant des agrégats sonores évoluant sur des ruptures rythmiques scandant une fusion sonore éruptive, inouïe et obsédante dont la mise en place fut éclatante. Prokofiev ensuite avec le Concerto pour piano n° 2, une œuvre puissante, de grande envergure, créée en 1913, remaniée en 1923, en pleine période d'euphorie artistique avant gardiste. Il comprend quatre mouvements dont Daniil Trifonov nous donna une lecture éblouissante, encore soulignée par l'accompagnement très poétique du « National » suivant parfaitement le jeu félin du soliste russe avant qu'il n'entame la cataclysmique et subjuguante cadence du premier mouvement. Le deuxième mouvement se développa sur un mode très dynamique et motoriste, sans rudesse aucune, avant que le troisième parfaitement équilibré ne souligne la symbiose totale avec l'orchestre dans une marche ironique et burlesque précédant le tempétueux Finale, encore marqué par une cadence envoûtante. Une interprétation magnifique qui fera date ! C'est peut-être dans la Symphonie n° 8 de Dvořák que le chef américain nous déçut quelque peu, ne parvenant à aucun moment à insuffler à cette partition ce souffle dvorakien caractéristique,  la privant de ce fait d'une partie de son charme, ne parvenant à en faire autre chose qu'un beau divertissement mélodique. Si l'interprétation parut contestable, sa réalisation instrumentale ne souffrit aucun reproche, confirmant la bonne forme du « National » avant son départ pour les États-Unis sous la direction de Daniele Gatti, son directeur musical.