Ce concert de début d'année était le premier d'une série que l'Orchestre National de France a choisi de consacrer, comme un hommage, au compositeur français Henri Dutilleux (1916-2013) dont on célèbre, en cette année 2016, le centenaire de la naissance. En effet, au fil de six décennies, l'ONF et Henri Dutilleux ont tissé une longue histoire émaillée de nombre de créations marquantes, commencée en 1951 par la création mondiale de la Symphonie n° 1.

 


Gautier Capuçon © Gregory Batardon

Suivront Timbres, Espace, Mouvement  en 1978, le Concerto pour violon « l'arbre des songes » en 1985, « Sur le même accord », nocturne pour violon et orchestre, en 2003, Correspondances en 2004, « Le temps de  l'horloge » en 2009. Au pupitre, ce soir, un jeune chef à la carrière internationale déjà fournie, issu du Sistema colombien, Andres Orozco-Estrada dont nous avions pu apprécier toute la pertinence de la direction lors d'un concert en Novembre 2014 avec le même orchestre (cf. NL de 12/2014 ; www.leducation-musicale.com). Un programme centré sur le Concerto pour violoncelle et orchestre « Tout un monde lointain… » du compositeur français, avec Gautier Capuçon en soliste, précédé du rare Phaëton de Camille Saint-Saëns et suivi de l'incontournable Symphonie n° 1 de Brahms. Phaëton (1875), un des quatre poèmes symphoniques de Camille Saint-Saëns, une œuvre courte sans l'envergure ni la richesse des  partitions  lisztiennes ou straussiennes, est une composition en revanche assez expressive et fort contrastée, à l'orchestration assez simple reposant sur l'opposition entre cuivres et percussions, dont le chef colombien donna une lecture dynamique, claire et bien en place rythmiquement. Tout un monde lointain…constituait le grand moment de la soirée, s'opposant point par point à la partition précédente. Loin des fureurs et des chevauchées cuivrées et percussives, c'est ici à un écho, à l'exploration d'un monde lointain que nous invite Henri Dutilleux, sur un souvenir évanescent des Fleurs du mal de Baudelaire. L'œuvre se construit sur cinq mouvements enchainés comme autant d'atmosphères, énigmatique, extatique, mystérieuse, maritime, qui savent laisser place au silence. Andres Orozco-Estrada et Gautier Capuçon, complices, nous en livrèrent une vision très épurée faite de ruptures rythmiques où la complexité de la métrique est telle qu'elle semble se dissoudre dans le chant ou les pleurs du violoncelle avec un important travail de mise en avant des timbres de l'orchestre, magnifié par la superbe sonorité du Matteo Goffriler 1701 du celliste français. Un grand moment de musique qui nous enchanta…Peut-être moins intéressante, la Symphonie n° 1 de Brahms qui concluait la soirée, car sans doute trop entendue…Le chef colombien la dirigea de façon parfaitement limpide, usant d'une gestique élégante et précise pour une lecture propre et sans emphase, sans bavures et équilibrée dans le premier mouvement, lyrique et cantabile dans le deuxième où brillèrent tout particulièrement le violon solo d'Elisabeth Glab et la petite harmonie, très enlevée dans le troisième où la clarinette de Patrick Messina fit des merveilles, plus crépusculaire dans le quatrième avant de conclure sur une coda d'une lumineuse et superficielle clarté. Une interprétation somme toute bien menée, classique, à laquelle manqua un peu de cette rugosité brahmsienne en demi-teinte héritée des brumes du Nord. Une belle soirée qui en augure d'autres à venir…. Prochain rendez vous avec Henri Dutilleux le 21 janvier au grand auditorium de la maison ronde. Patience ! Profitez de votre passage au grand auditorium pour jeter un coup d'œil à l'exposition consacrée à Dutilleux au premier étage…