Par son charisme et son magnétisme pianistique, chacune des apparitions de Martha Argerich sur scène est déjà un événement en soi, aussi ne s'étonnera-t- on pas de retrouver la Philharmonie de Paris archi comble pour ce concert de gala se déroulant devant nombre de personnalités médiatiques et politiques. Il faut bien avouer que ce concert pour la paix, donné par l'Alma Chamber Orchestra, dirigé par le surdoué français de la direction d'orchestre Lionel Bringuier avait de quoi attirer le chaland par la notoriété de la soliste et le programme romantique proposé associant Mendelssohn, Beethoven et Schumann.

 


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L'Alma Chamber Orchestra est une jeune formation orchestrale créée en 2013 à l'initiative de l'Alma Nostra Foundation  qui a pour vocation de diffuser un message de paix sur toutes les scènes du monde. Sa directrice artistique et violon solo n'étant pas moins qu'Anne Gravoin, madame Valls à la ville, ceci expliquant probablement la présence dans la salle de nombreux membres du gouvernement dont Manuel Valls. Les musiciens  composant cette phalange venant des plus grands orchestres français avec une proportion notable de titulaires de l'Orchestre de Paris, notamment dans la petite harmonie. En ouverture de concert, Les Hébrides de Felix Mendelssohn, une pièce magnifique, rarement donnée, créée en 1832 à Londres. Sous-titrée la Grotte de Fingal, ce court poème symphonique, de tendance plus impressionniste que descriptive, est le premier grand tableau marin de la musique romantique, nourri de fantastique. Fort à propos, la direction et la ligne orchestrale firent, ici, preuve d'une grande souplesse et d'une grande fluidité, exprimant déferlement, sac et ressac, pour se conclure sur le murmure de la mer se retirant, du plus bel effet. On retiendra de cette courte pièce le superbe solo de clarinette de Jessica Bessac. Ce fut ensuite à la grande Martha d'occuper la scène pour une très belle interprétation du Concerto pour piano n° 2 (1801) de Beethoven, une partition encore profondément empreinte de classicisme, contestée par son auteur lui-même, associant vitalité et intériorité où le piano est encore largement prédominant sur l'orchestre. Après quelques attaques un peu imprécises dans les premières mesures de l'Allegro initial, la magie du jeu pianistique de Martha Argerich s'installa laissant la salle comme subjuguée par la plasticité, la subtilité et la virtuosité de son toucher avec une superbe cadence dans le premier mouvement, un lyrisme  évanescent sans pathos dans le deuxième et une extraordinaire symbiose avec l'orchestre dans l'intrépide mouvement final. Après une telle prestation, saluée comme il se doit par le public, la vision de la Symphonie n° 3 de Schumann dite « Rhénane » (1850) donnée par Lionel Bringuier parut un peu superficielle, grandiloquence y remplaçant volontiers tension et profondeur surtout dans le premier mouvement, le deuxième paraissant un peu brut de décoffrage avec toutefois un superbe pupitre de cors conduit par Benoit de Barsony, le troisième lyrique mais sans émotion, le quatrième très réussi, solennel aux allures de marche funèbre avant de conclure sur un finale très vivant comme souhaité par le compositeur. En bref, une interprétation de bonne facture à laquelle manqua assurément le noir pressentiment des partitions schumanniennes, cette sombre clarté éclairant d'une lueur crépusculaire le mythique fleuve dans lequel Robert se jettera quatre années plus tard…Une belle soirée et un grand message, à méditer…