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Catégorie : Concerts

Pour leur passage à Paris dans le cadre d'une tournée européenne, les Wiener Symphoniker n'étaient pas dirigés par leur chef titulaire, Philippe Jordan, actuellement souffrant, mais par le jeune chef prodige israélien âgé de 26 ans, Lahav Shani. Également pianiste et contrebassiste, élève de Daniel Barenboïm, il fit vivre à la Philharmonie de Paris, en ce glacial soir de janvier, un de ses plus beaux moments par sa direction époustouflante et totalement décomplexée qui souleva le public !

 


Lahav Shani / DR

Il n'est pas rare que de grandes carrières commencent ainsi par un replacement au pied levé… Acceptons en l'augure… Un programme qui voyait se succéder l'Ouverture « Carnaval » de Dvořák. Une sorte de tourbillon joyeux, très dansant,  inspiré par la Nature, composé en 1891 que Lahav Shani empoigna à bras le corps, de façon dynamique et colorée, rendant en cela hommage à la belle orchestration du compositeur tchèque, même si d'aucuns auraient aimé peut être plus de tendresse et de « slavitude » dans le trait. Venait ensuite le Concerto pour violon de Dvořák toujours, datant de 1880, dédié au violoniste Joseph Joachim qui ne le joua jamais, où l'on retrouve aisément l'influence brahmsienne et tout ce que doit Dvořák à la musique germanique. Influence d'autant plus marquante que la célèbre soliste américaine, Hillary Hahn, l'interpréta comme s'il s'agissait du concerto de Brahms sans cette langueur « Mittel Europa » qui donne à cette musique tout son charme, sa beauté et sa force de persuasion. Comme à son habitude, Hillary Hahn resta de glace, enfermée dans une technique violonistique parfaite, nous donnant de cette œuvre une vision assez plate où manquèrent cruellement poésie et émotion. La violoniste paraissant à l'évidence plus à l'aise dans les passages virtuoses ou dans la musique plus abstraite comme celle des deux bis qu'elle accorda au public, extraits des partitas de Bach. Mais le moment mémorable de cette soirée fut indiscutablement la Symphonie n° 4 de Brahms.  Dernière des symphonies du compositeur, écrite en 1885, une œuvre qui prend valeur de testament symphonique mêlant perfection formelle et profondeur des sentiments, toute imprégnée de sagesse et de gravité ; une « triste symphonie » disait le compositeur, nimbée de la lumière crépusculaire du soleil couchant…Un message éminemment complexe, à la fois tourmenté, fougueux, rude et mélancolique, que Lahav Shani sut faire sien, conduisant d'une main sure et experte la phalange viennoise dans une interprétation d'une totale justesse, ne relâchant jamais la tension dans un phrasé d'une somptueuse beauté qui captiva de bout en bout le public et les musiciens ! Devant l'enthousiasme de la salle, l'orchestre interpréta pour conclure dignement cette soirée une Danse Slave et une valse viennoise permettant de goûter encore quelques instants l'élégance de la direction et la belle sonorité de l'orchestre. Une belle soirée et un chef à suivre…