Que de talents réunis pour ce concert de l'Orchestre Français de Jeunes, dirigé par David Zinman avec Nelson Freire en soliste, dans un programme varié associant Berlioz, Rachmaninov et Brahms. Un orchestre créé en 1982 par le Ministère de la Culture visant à assurer aux jeunes musiciens d'orchestre une formation de haut niveau, dirigé par un chef de renommée internationale, comme aujourd'hui David Zinman qui en est le directeur musical depuis cette année.

 


©Priska Ketterer

L'Ouverture du Carnaval romain (1844) fut une magistrale réussite, à la fois lyrique et cantabile dans la ligne, enlevée et dynamique dans sa progression, précise dans la mise en place rendant grâce à l'orchestration berliozienne à la fois subtile et éclatante, équilibrée entre les différents pupitres avec un magnifique solo de cor anglais, le tout sous tendu par une irrésistible envie de jouer, une tension prégnante et une euphorie flamboyante. Les Danses symphoniques (1940) de Rachmaninov  furent de la même veine dans la qualité de l'interprétation, encore que d'aucuns auraient, peut-être, préféré qu'on y développât  de façon plus marquée les accents russes, insistant de façon plus appuyée sur la sensualité de la partition et les tourments de l'âme… Une des dernières partitions écrites par le compositeur russe, conçue comme une suite de danses, danses fantastiques en trois mouvements (Midi, Crépuscule et Minuit) mêlant des thèmes originaux et des réminiscences de partitions plus anciennes. La première pièce rythmée et très mélodique fait la part belle aux vents, ici d'une remarquable clarté, et au saxophone dont la cantilène évoque la nostalgie du pays natal. La seconde pièce est une sorte de valse bancale et dissonante rappelant Ravel dans un climat crépusculaire entretenu par le chant du violon solo et le dialogue lointain entre hautbois et cor anglais. Le dernier mouvement se déroule dans une atmosphère fantastique suspendue entre rêve et cauchemar, ponctuée par des cloches et des  sonorités hispanisantes d'où émergera le thème récurrent chez Rachmaninov du Dies Irae. Après la pause, le Concerto  pour piano n° 2 (1881) de Brahms, une partition éminemment romantique dont le pianiste brésilien, Nelson Freire, donna, là encore, une magnifique interprétation puissante mais sans brutalité dans le premier mouvement, sombre dans le deuxième, élégiaque dans le troisième soutenu par l'émouvante cantilène du violoncelle solo, dynamique, libre et joyeuse dans le rondo final. Un concerto qui eut d'emblée un immense succès dès sa création à Budapest sous les doigts du compositeur, une œuvre qui évoque les différents facettes de la personnalité de Brahms, son amour de la nature, sa bravoure et sa virtuosité pianistique, mais aussi son caractère insondable, joyeux, nostalgique, enthousiaste, passionné, parfois amer ou mélancolique. Un ensemble de qualificatifs expliquant la complexité de l'œuvre, ses difficultés d'interprétation que sut résoudre avec brio Nelson Freire (il est vrai habitué de cette partition qu'il enregistra avec Riccardo Chailly chez Decca), magistralement accompagné par la main sûre, experte et élégante de David Zinman. En bref, un très beau concert et un magnifique orchestre !