Légende sacré en quatre scènes, pour solistes, chœurs & orchestre. Livret de Charles Grandmougin. Norah Amsellem, soprano. Maitrise de Notre-Dame de Paris, Chœur de l’Armée française, Chœur d’Enfants Sotto Voce. Orchestre du Conservatoire de Paris, dir. Patrick Fournillier.

  Présentée dans le cadre de la célébration du 850 ème anniversaire de la cathédrale Notre-Dame de Paris, la Vierge, de Jules Massenet (1842-1912) est une œuvre rare, donnée en première audition en 1880, à l’Opéra de Paris, sous la direction du compositeur.

Cette œuvre connut, lors de sa création, initialement prévue à Notre-Dame précisément, un succès d’estime, un accueil plutôt froid, dû à la lourdeur du programme qui présentait conjointement des œuvres  de nombreux autres compositeurs. L’illustre soprano Gabrielle Krauss ne put, malgré son talent, sauver cette composition magnifique de l’indifférence d’un public fatigué, désintéressement dont Massenet gardera, sa vie durant, un souvenir pénible. Légende sacrée en quatre tableaux, sur un texte de Charles Grandmougin, évoquant les épisodes principaux de la vie de la Vierge à travers les récits bibliques de l’Annonciation, des Noces de Cana, du Vendredi Saint et de l’Assomption, cet oratorio, aux accents terriblement humains dans l’expression des sentiments, s’émancipe de la liturgie pour devenir une véritable pièce de concert. On y retrouve une des grandes figures féminines de l’imaginaire massenétien, avec ses joies, ses emportements, ses faiblesses, sa douleur ; ce qui ne manquât pas de fournir sujet à critiques, certains reprochant à Massenet d’avoir composé une musique trop théâtrale sur un sujet aussi mystique…Une musique, en effet, pleine d’effets dramatiques, de couleurs, de rythme, de climats différents parfois très surprenants, comme la très profane danse galiléenne. Une œuvre brillante par sa ligne mélodique et la richesse de son orchestration, grandiose et émouvante, servie par un plateau de plus de 250 musiciens, placés sous la direction de Patrick Fournillier, spécialiste incontesté de l’œuvre de Jules Massenet, qui dirigea de main de maitre de bout en bout, avec précision, engagement et délicatesse. Norah Amsellem, trop souvent absente des scènes françaises, alors qu’elle mène depuis plusieurs années une carrière internationale, sut donner à la Vierge toute son humanité, par son chant remarquable, sa parfaite diction et sa présence scénique. Une très belle soirée que Patrick Fournillier dédia à Sir Colin Davis, récemment disparu, autre grand spécialiste de la musique française. Un bien bel hommage !

 


© Norah amsellem/ DR