La belle Olga Peretyatko avait convié le public au Théâtre des Champs-Elysées, dans le cadre du cycle ''Les grandes voix '', à un voyage en terres rossiniennes, son Rossini, dit-elle en un mot d'introduction. Un bouquet d'arias connues et moins connues. Elle ouvre le bal par le délicat « Partir, o ciel! Desio... (Hélas je dois partir), du Voyage à Reims où la comtesse de Folville exprime son chagrin de la perte de ses beaux atours lors du renversement de la calèche empruntée pour se rendre au sacre de Charles X...

 


©Andrea Kremper

L'abattage frappe d'emblée d'une voix magnifiquement conduite, dotée d'un beau medium et qui ''monte'' avec aisance dans les fioritures aiguës qui parsèment cet air. Elle donne ensuite l'air de Corinne du même Viaggio, écrit pour un soprano plus corsé, lequel à la fin de l'acte II, évoque la fidélité de la belle à la royauté et une paix retrouvée après les déboires et péripéties de la joyeuse compagnie réunie malgré elle à l'auberge du Lys d'or. Si le premier air affirme le raffinement et l'aisance, celui-ci souligne la maitrise du legato, alors que la chanteuse est accompagnée par le seul pianoforte. La sûreté de la ligne de chant, on la savoure dans le récitatif et l'air de Fiorilla du Turc en Italie, « I vostri cenci vi mando » (Je vous réexpédie vos chiffons). Ce dramma buffo la vit triompher il y a deux ans au Festival d'Aix. La seconde partie du concert la voit aborder l'opera seria rossinien. Avec d'abord Semiramide (1823) où plane le souvenir de Montserrat Caballé, aussi à Aix. La métamorphose est saisissante : style accompli, port altier, élocution posée, fins de phrases sans limites font de l'aria « Bel raggio lusinghier » (Un beau rayon prometteur) un moment intense. Que poursuit la scena extraite de Tancredi (1813) : un récitatif richement expressif sur l'accompagnement du hautbois, puis après un joli concertino des vents, une aria profondément émue. Voilà une vraie voix de soprano lyrique qui ne demande qu'à évoluer vers le spinto comme son illustre devancière, et un investissement dans le texte qui est la marque d'une interprète possédant déjà tous les ressorts du maniement de la scène. L'impression se confirmera dans l'aria finale du rôle titre du rare melodramma giocoso Matilde di Shabran (1821) : un grand morceau virtuose paré d'acrobaties pyrotechniques mais aussi d'une ligne très liée.  Una poco fa » du Barbier de Séville enfonce définitivement le clou, dans la version assortie d'enjolivements bel cantistes invraisemblables - qui n'étaient pas cautionnés par l'auteur! Qu'importe : on rend les armes devant pareille maitrise et si généreuse faconde. L'accompagnement prodigué par Ottavio Dantone, à l'orchestre et au pianoforte, est pour beaucoup dans cette réussite : une battue sobre dispensant crescendos et effeuillant les surprises, efficace dans le soutien de la voix, une palette de couleurs diaphanes que distillent à ravir les musiciens de l'Accademia Bizantina qu'il a fondée à Ravenne en 1983, « pour faire de la musique à la manière d'un grand quatuor à cordes ». Cette approche chambriste est somme toute idéale pour sertir ces morceaux qui demandent assurément plus transparence que surcharge d'effets. On le remarque autant dans les pièces purement instrumentales entrecoupant les airs (Sinfonia de Il signor Bruchino et de Tancredi, ''Temporale'' du Barbier ou Grand'Overtura « obligata a contrabasso » écrite dans les années 1809/1810 qui pour une pièce de jeunesse, n'en est pas moins digne d'intérêt avec ses effets de martèlement, ici des cordes sull ponticello, annonçant ceux imaginés dans l'ouverture d'Il signor Bruschino où les seconds violons frappent leur pupitre de leur archet, une manière de traitement musical ad absurdum.