Un cocktail assez détonant que cette rencontre entre deux personnalités bien typées, Felix Mendelssohn d'une part, en qui Debussy voyait l'image d'un notaire élégant et facile, et d'autre part le fougueux et parfois atypique chef d'orchestre canadien, Yannick Nézet-Séguin, à la tête pour l'occasion d'une de plus belles phalanges européennes, le Chamber Oorchestra of Europe. Un corpus symphonique de cinq œuvres, si l'on excepte les symphonies de jeunesse, donné en deux concerts consécutifs.

Des compositions marquées par un lyrisme certain mais contenu, par des couleurs orchestrales marquées nourrissant un important potentiel d'évocation et un certain classicisme de la forme. Le concert inaugural affichait donc, deux symphonies totalement différentes. La Symphonie n° 3 dite Écossaise (1841) résultant d'un grand voyage que le compositeur allemand entreprit en Europe de 1829 à 1831, a été créée au Gewandhaus de Leipzig et dédiée à la jeune reine Victoria. Elle évoque les Highlands écossais dans un savoureux mélange de brumes, de nostalgie, de ruines, de montagnes, de danses écossaises et de combats évoquant la rude et difficile histoire de cette contrée mythique, riche en sortilèges. Elle comprend quatre mouvements, le premier où se répondent mélodies des vents et vagues houleuses des cordes, un second bâti sur une romance populaire écossaise très dansante, un troisième alliant marche funèbre et complainte élégiaque du cor, un finale grandiose et surprenant qui fait, là encore, la part belle à la petite harmonie. Yannick Nézet-Séguin en donna une interprétation empreinte de tension dans un habile compromis entre mélodie et drame, très expressive dans la ligne, riche en images et couleurs, très nuancée, mais forçant parfois le trait au point de tomber par instant dans une caricature seyant mal à la personnalité du compositeur (les excès du chef canadien participant de son attachant charisme…). Venait ensuite la solennelle Symphonie n° 2 dite « Lobgesang » (Chant de louanges). Une Symphonie-Cantate (1840) rarement jouée témoignant de l'intérêt de Mendelssohn pour la voix, rappelant sa foi religieuse sincère et sa filiation revendiquée pour les maitres du passé comme Bach et Haendel.  Composée pour la célébration des 400 ans de l'invention de l'imprimerie par Gutenberg, elle fait se succéder quatre mouvements, les trois premiers instrumentaux (la Symphonia) et une section chorale finale (Cantate) nécessitant un grand chœur, deux sopranos et un ténor, dans une écriture très polyphonique. Une excellente occasion de faire valoir toute la magnificence de l'orchestre tous pupitres confondus, avec notamment une exceptionnelle petite harmonie et une mention particulière pour la clarinette de Romain Guyot, le cor de Jasper de Waal et des cordes somptueuses conduites par Lorenza Borrani. Quant au trio vocal (Karina Gauvin, Regula Mühlemann et Daniel Beyle) il sut se hisser au niveau d'excellence du RIAS Kammerchor, en regrettant toutefois l'important vibrato de la chanteuse canadienne. Une interprétation habitée, charnelle et dynamique des symphonies de Mendelssohn. Une magnifique soirée, un excellent orchestre et un grand chef !