Après son intégrale des symphonies réalisée avec ce même orchestre lors de la saison 2012-2013 et pour sa dernière année à la tête de l'Orchestre National - il rejoindra le Concertgebouw d'Amsterdam en 2016 - le chef milanais remettait une fois de plus son Beethoven sur le métier. Beethoven encore, comme une obsession commune à beaucoup de grands chefs (Rattle et les « Berliner » très récemment à la Philharmonie de Paris) en association, cette fois, avec des œuvres de Bela Bartók. Un rapprochement pour le seul plaisir de la confrontation musicale et de l'écoute, ne semblant pas justifié par d'autres raisons plus musicologiques, tant ces deux personnalités apparaissent comme différentes. Beethoven (1770-1827) Titan de l'histoire de la musique et Bartók (1881-1945) figure dominante de la musique du XXe siècle de par son originalité formelle et harmonique.

Un des sommets de ce cycle étant probablement, le programme de ce soir associant le Concerto pour violon n°1 de Barók, l'Ouverture de Leonore III et la Symphonie n° 5 de Beethoven. Une espérance et une attente qui ne seront pas déçues tant fut séduisante la belle prestation du « National ». On pourrait, peut-être, regretter un certain manque de lisibilité et une certaine retenue des violons, entraînant un déséquilibre des masses sonores, dans l'Ouverture de Leonore III (1806) version la plus longue des quatre versions écrites par Beethoven pour son unique opéra Fidelio, mais la sublime interprétation du Concerto n° 1 de Bartók, qui lui fit suite, par la violoniste Janine Jansen nous fit rapidement oublier cette légère déception. Car rarement violoniste ne  dégagea un pareil charme humain et musical. Composé en 1906, ce concerto dédié à la violoniste Stefi Geyer dont Bartók était amoureux, resta longtemps méconnu, non publié du fait de la rupture avec la violoniste. Resté inachevé (il ne comporte que deux mouvements) il ne sera créé qu'en 1958, après la mort du compositeur. Usant d'un magnifique legato et de l'exceptionnelle sonorité de son Stradivarius « Baron Deurbroucq » de 1727, Janine Jansen fit chanter son violon tout au long du premier mouvement dans un chant élégiaque d'une sublime beauté, avant d'entamer le deuxième virtuose où le violon crie et hurle dans un dialogue très serré avec l'orchestre. La Symphonie n° 5 (1808) de Beethoven constituait la seconde partie de concert. Menée de main de maître, dans des tempi judicieusement choisis, parfaitement en place, soucieux de tous les détails de l'orchestration, suivant une ligne particulièrement expressive et dynamique, Daniele Gatti en donna une exécution lumineuse, éloquente et puissante. Du « pur Beethoven » comme disait Berlioz. Bravo !