Patrick Burgan , La Chute de Lucifer, Poème symphonique pour trombone et orchestre (Réduction piano), Symétrie, 2009

 

Répertoire

Cette pièce a été créée par et dédiée à Fabrice Millischer, l’actuel professeur de trombone du CNSMDP. Le niveau de la pièce est très relevé et très exigeant à bien des égards : ce concerto est destiné à des musiciens professionnels ou des élèves en fin de cursus de niveau supérieur.
Le compositeur laisse une notice explicative, sur laquelle je ne reviendrai pas car très claire, dans laquelle il revient sur la source d’inspiration majeure à l’origine de la composition de cette pièce en 3 mouvements résolument expressive : Le Paradis Perdu de John Milton, poète anglais du XVIIème siècle, dont la traduction en français par Chateaubriand en 1836 reste la plus célèbre.
Pour narrer l’avènement de Lucifer en tant qu’ange des ténèbres alors qu’il était celui qui portait la lumière, le trombone est utilisé sur une tessiture extrême, du « la pédale » au « contre-fa » final, de la clef de fa à la clef de sol. C’est donc une pièce très exigeante d’un point de vue physique qui nécessite la maîtrise de certaines techniques propres à l’expression contemporaine : utilisation d’un bec de saxophone en remplacement de l’embouchure dans le 2ème mouvement avant le développement des doubles sons dans le mouvement cadentiel, du flatterzung ou encore des harmoniques.
Les trois volets de ce triptyque, présentent des caractères très affirmés voire opposés.
Le premier mouvement (1. Lumière), très lent, évolue dans un registre plutôt aigu évoquant la lumière initiale portée par Lucifer. Il est à noter que le trombone joue à la fin du mouvement dans un tempo différent de l’accompagnement, provoquant un effet de phasing anticipant le mouvement suivant.
Le deuxième mouvement (2. Révolte), enchaîné de fait au premier par l’accompagnement, figure l’éclatement de la révolte des anges en germe dans le premier mouvement autour d’une fugue dodécaphonique. L’interprète évolue dans une tessiture plus étendue tout au long de ce mouvement qui apparaît presque cinglant au début, de par les modes de jeux exigés (staccato, sforzando) ou apocalyptique à la fin (utilisation du bec de saxophone et des notes pédales). La cadence, optionnelle, est une véritable cadence, seulement proposée par le compositeur : il laisse à l’interprète le loisir de l’agencer selon ses propres désirs ou même d’en inventer une.
Le troisième mouvement (3. Abîmes), le plus court des trois, instaure Lucifer en Satan, nouveau monarque du Pandémonium à l’aide d’une marche pesante, bancale par sa carrure et douloureuse.
Pour nourrir le discours de l’interprète, il est à noter que Patrick Burgan invoque Nietzsche et l’aphorisme 125 du Gai Savoir pour établir un lien entre la chute de Lucifer et l’absurdité de l’existence humaine : et si l’Apocalypse, au sens de révéler ce qui est caché, avait-elle déjà eu lieu ?
Jean-Charles DUPUIS
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