Valérie ROUSSE – Joël LITTORIE : Couleurs caraïbes pour piano. Volume 2. Lemoine : 29 405 H.L.

Nous avons dit tout le bien que nous pensions de cette série dans des articles précédents. Voici le début d’une nouvelle série qui s’annonce avec de nouvelles pièces pour piano. On verra plus bas les nouvelles pièces pour flûte et piano et clarinette et piano. Rappelons que ces pièces sont toutes originales et non pas la déclinaison des mêmes pièces pour d’autres instruments. Ce volume contient neuf nouvelles pièces graduées, toutes bien sûr, dans le style créole. Valse créole, biguine, calypso se succèdent, certainement pour le plus grand plaisir des interprètes.
Daniel Blackstone

Marc MAÏER : Les Sonates de Mozart, Les clés pour les jouer, Delatour : DLT2810.

Pour travailler les sonates de Mozart, l’auteur propose des exemples de formules en gammes, en arpèges, en arpèges brisés, en tierces et quartes brisées, des formules «  rotatives  », des formules de trilles, de mordants, de grupetti, des exercices pour la basse d’Alberti, pour les tierces et sixtes liées ou détachées, pour les octaves, les accords, les doigtés, certes utiles, mais pas très originales. En fin de chaque chapitre, Marc Maïer renvoie aux mesures des sonates qui présentent ces problèmes techniques.
Si, dans ces lignes de conclusion, l’auteur recommande de «  toujours travailler dans un esprit musical  », il écrit aussi, dans son introduction, «  le but recherché sera bien entendu une interprétation respectant le style, le toucher mozartien ; mais nous savons que ces étapes ne pourront être abordées qu’après avoir maîtrisé les différentes difficultés techniques  » …
On pourrait aussi se demander si les exercices proposés sont «  réservés  » uniquement aux sonates de Mozart : en quoi le travail des sonates de Scarlatti, qui contiennent ces mêmes problèmes techniques serait-il différent ? Ni le travail du toucher, ni le jeu du poignet, ni la recherche de phrasé, ni le travail de la vélocité ne sont particulièrement évoqués dans ces exercices ; cet ouvrage s’attache au travail technique, basé sur des variations rythmiques, sur l’utilisation de différents doigtés, ce qui demande beaucoup de temps et de patience…
Sophie Jouve-Ganvert

Nikolaï KAPUSTIN : Oeuvres pour piano, Sunrise, Op. 26, Suite in the Old Style, Op. 28, Toccatina, Op. 26, Variations, Op. 41, Motive Force, Op. 45, Big Band Sounds, Op. 46, Contemplation, Op. 47, Schott : ED 22929.

Ce recueil rassemble des œuvres populaires de N. Kapustin, composées entre 1977 et 1987. Sunrise (Daybreak) était à l’origine une pièce orchestrale, pour big band et orchestre à cordes, publiée en 1976. La présente version pour piano date de 1982. De style jazzy, la pièce apparaît comme improvisée.
La Suite in the Old Style est la première œuvre écrite pour piano solo. Elle date de 1977. Inspirée de la suite de danse française du XVIIIème siècle, elle se compose d’une allemande, de deux gavottes, d’une sarabande, de deux bourrées, d’une gigue aux caractéristiques facilement identifiables.

Moritz MOSZKOWSKI : 20 Petites Etudes pour piano, opus 91, Schott : ED 22650.

Moszkowski (1854-1925), bien que musicien prolixe, est connu surtout comme auteur de musique de salon et d’ouvrages pédagogiques. Rodolphe Strobl, premier éditeur de ce recueil, en 1913, conseille de travailler les Petites études en même temps que les œuvres de Clementi, Haydn, Mozart, Beethoven, Schubert… Ces études très bien écrites pour le piano, offre un large panel des difficultés que représente l’apprentissage de cet instrument : mains alternées, déplacements, accords, vélocité, notes répétées, accords brisés, traits en tierces, en sixtes, polyphonie dans une main, mélodie à la main gauche, pédale…Les doigtés sont ceux de Isidor Philipp, déjà proposés dans l’édition Alphonse Leduc (1931).
Notons que la brève préface de l’éditeur Philipp Alexander Marguerre est desservie par la qualité insuffisante des traductions française et anglaise et précisons enfin, que la dernière étude, n’est pas en sol bémol mineur comme l’indiquent l’éditeur et les traducteurs, mais en sol bémol Majeur.
Sophie Jouve-Ganvert

Ludwig van BEETHOVEN : Sonate in e, op. 90 pour piano Éditée par Jonathan Del Mar. Bärenreiter Urtext : BA 11809.

Ce n’est qu’en 1814, soit cinq ans après la sonate opus 81, «  les adieux  », que Beethoven revient à la sonate pour piano. Sonate en deux mouvements, elle est dédiée à son mécène le comte Moritz Lichnowsky, à l’occasion de son mariage. Le comte avait déjà reçu les Eroïca-Variations op.35. Cette œuvre comporte deux mouvements intitulés pour la première fois en allemand. Le premier mouvement Mit Lebhaftigkeit und durchhaus mit Empfindung und Ausdruck (Avec vivacité et avec sentiment et expression d’un bout à l’autre) est assez austère et le second, très schubertien, Nicht zu geschwind und sehr singbar vorgetragen (A jouer sans trop de rapidité et très chantant) est à l’homonyme majeur. Cette nouvelle édition Urtext est basée sur quatre sources consultées : sur le manuscrit autographe, daté de 1814 dont deux feuillets sont reproduits, sur une copie du manuscrit, sur la première édition, enfin sur une copie de la première édition. Il est indispensable de consulter la préface, les commentaires critiques pour se renseigner sur l’interprétation, sur les habitudes d’écriture de Beethoven (différence entre point et tiret, écriture des liaisons, les ornements, emploi de la pédale…). Beethoven étant à une époque charnière, les questions d’interprétation doivent être étudiées avec prudence, intuition et goût.
Sophie Jouve-Ganvert

Mélanie SPANSWICK : Play it again Piano. The perfect way to rediscover the piano. Book 3. Schott : ED 14017.

Attention ! L’ouvrage est en entier en anglais. Fort heureusement, ce n’est pas un anglais très compliqué. Mais l’effort demandé sera payant : cet ouvrage est un véritable pas à pas pour apprendre à travailler ou retravailler des œuvres fondamentales du répertoire pianistique. Deux autres volumes sont déjà parus dans cette collection, en partant d’un niveau facile. Ces volumes s’adressent à des personnes ayant commencé le piano mais s’étant arrêtées à différents niveaux et désireux de reprendre contact avec leur instrument sans reprendre des cours mais en pouvant travailler avec un guide et de façon progressive. C’est ce qu’offre avec bonheur cette collection. Ce troisième volume, après des conseils généraux, permet d’aborder onze œuvres de façon systématique. Y figurent aussi bien Beethoven (la sonate Pathétique) qu’Albéniz, Scarlatti, Brahms… Les méthodes de travail utilisées pour aborder ces œuvres pourront évidemment être transposées à d’autres œuvres de même niveau. C’est donc un ouvrage tout à fait intéressant pour ceux, qui après une période d’abstinence souvent involontaire, désirent retrouver leur instrument favori.
Daniel Blackstone

Marie-Christine GUICHOT : Technique et répertoire pianistique. Van de Velde : VV415.

Le but de cet ouvrage est de fournir aux professeurs un répertoire de pièces en rapport avec le travail de certaines difficultés technique. A vrai dire, l’éventail des difficultés est très large puisque ce livre ne compte pas moins de dix-neuf rubriques plus une vingtième consacrée aux mélanges de techniques. A l’intérieur de chaque rubrique, le répertoire est classé par ordre de difficulté en partant du milieu du 1er cycle et en allant jusqu’au milieu et fin du 3ème cycle. Bien sûr, ce n’est qu’un outil, mais conçu avec beaucoup d’intelligence et balayant un répertoire très vaste. Et cela permettra de cibler ainsi la pièce qui convient le mieux pour faire travailler tel ou tel aspect de la technique : déplacements, rythmes, polyphonie, doubles notes, sonorité etc. Il s’agit donc d’un ouvrage fort utile qui peut s’adresser non seulement aux professeurs mais à des «  passionnés du piano qui souhaitent progresser et se faire plaisir en trouvant les morceaux utiles à leurs besoins  ».

Daniel Blackstone

Eclats de cristal est une petite pièce d’une durée de 2’30 pour fin de premier cycle, début de deuxième cycle. Elle commence en la mineur et se termine en la majeur dans un mode lumineux et rêveur tout du long. On y trouve des doubles sons aux deux mains mais pas au même moment. Pendant que la main gauche fait son rôle de basse, la main droite chante, puis on a des arpèges à la main gauche accompagnant des doubles sons à la main droite, rendant le chant plus passionné. Quelques envolées à la main droite donnent un peu d’élan à l’ensemble. On passe ensuite à un meno mosso court, donnant l’impression de mélancolie passagère avant d’accélérer en arpège aux deux mains vers la coda finale, rappelant l’éclat du début. Cette pièce amènera un peu de lumière aux musiciens qui voudront bien l’apprivoiser.
Marie Fraschini
© L'ÉDUCATION MUSICALE 2019

1. Bilboquet est un joyeux caprice à la formule rythmique répétitive. 2. Marionnette est bâti, telle une passacaille, sur un thème de basse chromatique en valeurs longues. 3. Théâtre d’ombres glisse en croches chromatiques. 4. Yo-yo au tempo rapide s’articule sur un « jeu de poignet » grazioso. 5. Chasse aux papillons est écrite en motifs ternaires sur une basse pédale en octave. Le large ambitus utilisé représente une difficulté certaine. Ces pièces comportent de nombreux doigtés qui obligent à l’utilisation de la main gauche seule. (On se souvient d’un illustre concerto !) Elles sont jouables en second cycle.
Sophie Jouve-Ganvert
© L'ÉDUCATION MUSICALE 2019

Nous trouvons bien optimiste la réflexion de l’auteur sur le fait que « les très jeunes enfants accèdent à la musique généralement par le biais des comptines populaires. » Les institutions officielles n’ont que trop souvent essayé de rompre cette tradition… Accueillons donc ce volume avec joie et reconnaissance pour un compositeur qui nous offre pas moins de trente cinq comptines (on pourrait plutôt, d’ailleurs, parler ici de chansons) harmonisées sans déformation, mais avec une délicatesse à la fois savante et simple du meilleur aloi. Espérons que grâce à ce recueil les jeunes pianistes français retrouveront le chemin de ces chansons qu’on pourra aussi leur faire chanter avant de les leur faire jouer. Nous avions dit le mois dernier tout le bien que nous pensions du disque d’Eric Lebrun Sur l’air de… On retrouve ici le même esprit de sublimation par l’harmonie et de respect que nous avions salué dans ce disque. On souhaiterait que ce recueil soit une base pour la formation culturelle et musicale des jeunes pianistes… La liste des 35 morceaux se trouve sur le site de l’éditeur. Citons seulement Frère Jacques, Compère Guilleri, A la claire fontaine… et tant d’autres ! Signalons aussi les délicieuses illustrations d’Alexandre Flenghi.
Daniel Blackstone
© L'ÉDUCATION MUSICALE 2019