Précisons tout de suite que la partition pour solistes et orchestre, conducteur et matériel, est disponible mais seulement en location. Cette publication fait donc partie d’une série consacrée aux œuvres composées pour le concours pour le Prix de Rome. Si Saint-Saëns ne parvint jamais à décrocher le Prix, il s’y présenta cependant deux fois, en 1852 et 1864. C’est en 1852, donc à l’âge de dix-sept ans, qu’il écrit cette œuvre intéressante, certes, mais encore assez disparate et marquée aussi bien de Mendelssohn que de Berlioz (la Damnation). Telle quelle, elle mérite cependant d’être tirée de l’oubli. On lira sur le site de l’éditeur la préface de Cyril Bongers. On y trouvera également des extraits PDF de la partition avec orchestre ainsi que trois extraits sonores de l’œuvre tirés de l’enregistrement sur disque compact du Retour de Virginie, disponible sous le label Glossa Music.
Daniel Blackstone

On peut se demander pourquoi, puisqu’il s’agit d’une œuvre française, l’éditeur ne nous a pas gratifié cette fois-ci, d’une traduction française de la préface. Mais ne boudons pas notre plaisir d’avoir enfin une édition critique de cette œuvre, beaucoup jouée depuis quelques années, mais pour laquelle nous manquions d’un matériel en édition moderne. C’est chose faite. Rappelons que cette Messe solennelle en l’honneur de Sainte Cécile, commandée par l’Association des artistes musiciens fut exécutée pour la Sainte Cécile de 1855. On lira tous les détails de cette première audition dans la préface. Gounod est alors en pleine possession de ses moyens. Elle est publiée ici intégralement avec les trois versions du Domine, salvum fac, la prière pour l’empereur Napoléon III qui terminait chaque messe dominicale et qui devint plus tard le Domine salvam fac rempublicam… qu’on chantait encore régulièrement dans les églises à la fin de la Grand’messe jusque dans les années cinquante. D’abondantes notes critiques figurent à la fin du volume. L’ensemble est de la qualité bien connue des éditions Bärenreiter
Daniel Blackstone

Gérard HILPIPRE : Musikalische Exequien pour chœur de chambre et orgue. Delatour : DLT2728.

Le titre de cette œuvre constitue un hommage à l’œuvre de même nom écrite en 1636 par Heinrich Schütz. Rappelons que la traduction en est : « Funérailles musicales ». L’auteur veut mettre en valeur et faire exprimer toute leur substance aux textes bibliques qui structurent chacune des sept parties. Il précise que si les parties peuvent être exécutées séparément, elles ne trouvent leur plein sens que dans l’exécution intégrale de l’œuvre. L’ancien Testament est représenté par deux textes de Job avec, entre les deux un extrait du psaume 73. Suivent ensuite un passage de Luc (cantique de Siméon), de Jean : « Dieu a tant aimé le monde… », des Philippiens et enfin de l’Apocalypse : « Heureux les morts qui meurent dans le Seigneur… ». Le langage utilisé est un langage harmonique tonal parfois presque archaïque, même si on reconnait sans hésiter le style du compositeur dans cette œuvre profonde et belle. C’est simplement le moyen utilisé pour mettre en valeur la polyphonie rigoureuse et l’atmosphère spécifique de cette partition. Le chœur doit être un ensemble vocal mixte de 12 à 16 chanteurs. Un chœur spécialisé dans la musique ancienne ne sera pas dépaysé dans ces pages. Bien sûr, l’œuvre doit être chantée exclusivement en allemand.

Gérard HILPIPRE : Hymne pour choeur et orgue. Delatour : DLT2709.

Cette oeuvre pour choeur mixte (SATB) et orgue est écrite sur les strophes chantées par les trois archanges au début du « Prologue dans le Ciel » du Faust de Goethe. L’auteur a médité ces strophes pendant de longues années avant d’écrire cette oeuvre. Cette méditation devant « la grandeur infinie de la Création et son insondable mystère » est donc l’aboutissement d’un long cheminement. L’auteur nous précise que « l’oeuvre ne peut être chantée que par un choeur de haut niveau, aux voix nombreuses. Quant à l’orgue, il est traité ici comme un véritable orchestre, dont tous les registres et toutes les couleurs sont mis à contribution ». L’orgue, tantôt lumineux, tantôt grandiose, tantôt lointain est exploité effectivement dans toutes ses possibilités expressives. Le texte est magnifié par la musique. Il s’agit d’une oeuvre difficile mais fort belle.

Charles KIENZL : Requiem pour choeur SATB et orgue. Compositeurs Alsaciens – Vol. 35. Difficulté moyenne. Delatour : DLT2721

Si Charles Kienzl, né en 1797 et mort en 1874, est autrichien, c’est en Alsace, à Guebwiller, qu’il exerça toute son activité musicale, notamment comme organiste et maître de chapelle de Notre-Dame de Guebwiller de 1828 à sa mort. Le Requiem ici édité pour la première fois, doit sa résurrection à la découverte du manuscrit en 2014, par le successeur de Kienzl à l’orgue de N.D. de Guebwiller. L’éditeur, Yannick Merlin, organiste de grand talent et directeur de la collection « Vie musicale en Alsace », a dû faire un gros travail de restitution sur cette oeuvre très intéressante mais dont le manuscrit, retrouvé récemment et comportant de nombreuses modifications, n’était pas prêt pour l’édition. Dans une très intéressante préface, Yannick Merlin nous présente en détail la vie et l’oeuvre de ce compositeur ainsi que les présupposés de l’édition et les notes critiques qui permettent de suivre son remarquable travail. Ce Requiem date de 1826, c’est-àdire du tout début de la présence de son auteur à Guebwiller (1825). L’oeuvre comporte sept parties : Requiem, Kyrie, Dies irae, Domine, Sanctus, Benedictus, Agnus Dei. Très influencée par le dernier Haydn, cette oeuvre comporte de très belles pages qu’on a hâte de redécouvrir. Si la partie chorale est plutôt facile, il faudra, pour tenir la partie d’orgue, un instrumentiste aguerri.

Laurent COULOMB : Welcome Joy. Madrigal d’après John Keats pour choeur mixte SATB a cappella. Assez facile. Delatour : DLT0896.

Est-il utile de rappeler que John Keats (1795-1821) est un des poètes romantiques anglais les plus importants de sa génération ? La courte pièce de Laurent Coulomb constitue un écrin précieux pour les vers de Keats. Construite sur le schéma ABA, elle exprime dans une tonalité de ré Majeur qui comporte aussi des aspects modaux et des accents tragiques à certains moments, la substance contrastée des extraits de poème choisis. Après un début qui rappellerait une ballade irlandaise, la partie médiane, plus homophonique, introduit un moment tragique avant que le thème du début, revenu aux basses ne ramène la paix dans cette très belle pièce. Remercions au passage l’éditeur d’avoir mis au début du volume le texte chanté et sa traduction en français. Tout le monde ne lit pas encore Keats dans le texte…

Laurent COULOMB : Mystère des écorchés. Deux poèmes d’Édith Chafer pour choeur mixte a cappella et soprano solo. Moyenne difficulté. Delatour : DLT0899.

Les deux poèmes mis ici en musique sont extrait du recueil Lyrisme et contre-lyrisme mêlés de la poétaesse Edith Chafer. Le premier, Eaux troubles, s’interprète « Très lent, avec angoisse ». Il traduit avec beaucoup de sensibilité l’angoisse qui se dégage effectivement du poème. L’écriture est constamment en tension, ce qui donne à l’ensemble une étrange et sombre beauté. Le deuxième, Renaissance, s’ouvre par le choeur seul qui fait jaillir peu à peu le texte, puis la soprane solo fait entendre, sur une nappe chorale, le message d’espoir puis tous expriment le retour à la vie qui culmine dans l’accord final pianissimo de la Majeur. L’ensemble est sobre et d’une grande beauté.

Martin LUTHER : Quarante-trois chants harmonisés à 4 voix pour orgue et choeur par Yves KÉLER et Danielle GUERRIER-KOEGLER… paraphrases en français… Paris, BEAUCHESNE (www.editions-beauchesne.com ), Collection « Guides musicologiques » vol. 8, 2016, 137 p. – 25 €.

L’édition intégrale (avec exégèse) a fait l’objet d’une recension dans la Lettre d’information (décembre 2013). La présente édition — chants d’assemblée et de choeur —, de format pratique et maniable, ne contient que les harmonisations à 4 voix avec leurs sources (texte et mélodie) ainsi que leur destination liturgique : temps liturgiques, circonstances particulières (par exemple : Réforme, sainte Cène, pénitence, catéchisme…).

L’Ouverture (interview du pasteur David Brown par Guylène Dubois), véritable mise en situation, dégage le rôle fonctionnel du chant d’assemblée au culte dominical. Il précise que : « Nous sommes des musiciens d’aujourd’hui, liés, connectés à Martin Luther qui était lui aussi musicien. » (p. IX). Dans sa Préface, le pasteur Alain Joly met

Heinrich SCHÜTZ : Hochzeitsmusiken, PJoshua RIFKIN (et alia, éd.), Kassel, BAERENREITER (www.baerenreiter.com ), 2016, BA 4181-01. Édition intégrale, vol. 29. VII-LIII, 125p.

Dédié à la mémoire du regretté Wolfram Steude qui a tant oeuvré pour l’oeuvre de Heinrich Schütz (1585-1672), ce Volume 29 comble une lacune. Il a le mérite de regrouper des compositions autour du thème du mariage, rarement abordé.
La partition — pour choeur a cappella — est précédée d’une importantePréfaceprésentant ses oeuvres dans le cadre de ses musiques festives et évoquant leur genèse, les événements et circonstances, avec de copieuses notes infrapaginales exploitant consciencieusement les sources critiques. Après cette Préface, sont reproduits en fac similé des pages de titre, des extraits des parties individuelles, de la basse continue et de manuscrits autographes. L’apparat critique (kritischer Bericht) conclusif sera très apprécié

FAURÉ Gabriel :op. 50. Version pour chœur et piano (1888). A Cœur Joie : CA 158.

Bien que parue il y a déjà trois ans, cette partition méritait d’être signalée. L’œuvre est trop connue pour être présentée. Elle n’est pas techniquement très difficile tout en étant de la très belle musique. Mais tout est dans l’interprétation ! Et trop souvent on prend au « premier degré » le texte hautement parodique de Robert de Montesquiou et la musique faussement « classique » de Fauré… Même si techniquement la partition de piano n’offre pas vraiment de difficulté, elle demande d’abord cette distinction un peu détachée typique d’un certain esprit français… Mais faisons confiance aux choristes et à leurs chefs !