Le développement de cours de computer musique aux USA

(Developing Curricula for Electronic Music Degree Programs)
McGregor BOYLE, Johanna DEVANEY, Lainie FEFFERMAN, Douglas GEERS, Eric HONOUR

 

Lors de la conférence ICMC (International Computer Music Conference), qui avait lieu cette année à New-York, plusieurs professeurs se sont réunis autour d’une “table ronde”, pour comparer leur différentes approches de conception de programmes de master et licence (undergrad), dans le domaine de la musique electronique.

Lainnie Feffermann : Dans un sens, le département dans lequel j’enseigne est à la fois très récent et très ancien… Je suis donc le nouveau professeur au Steven’s Institute of Technology , dans le Music and Technology Program , qui a plusieurs dizaines d’années. Il a été pendant longtemps orienté vers la music production, mais nous essayons actuellement de le redéfinir. Nous avions quatre matières principales, incluant par exemple sound recording, obligatoire pour tous, et seulement un semestre dédié à la composition. Je fais partie des quelques nouveaux arrivants dans l’institut, qui tendent avant tout à favoriser la création, l’aspect compositionnel du cursus.

Il y avait dans le passé de très bons producteurs , mais l’enseignement de Max, Supercollider, les environnements de programmation, et les installations sonores liées à ça étaient peu représentées. C’est à mon avis pour ça que j’ai été recrutée, de la même façon que mes collègues. Cependant, l’orientation du programme reste une question ouverte. Les connaissances et intérêts de l’équipe sont très variées. Chacun des professeurs à une identité propre. Nous aimerions tous que le curriculum (programme) soit le plus interdisciplinaire et ouvert possible, mais qu’est-ce que cela signifie en termes de crédits et de diplômes? Nous sommes donc en pleine phase de questionnement…

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Johanna Devaney : Je suis professeur au Brooklyn College , je commence cette année. J’étais auparavant à Ohio State University , où l’on essayait de définir un nouveau cours en music technology. Le but était d’avoir deux parcours, le premier plus créatif, et le second plus computer science. Et l’une des choses que cela nous a fait réaliser, c’est que, surtout pour les institution moins renommées, il peut être extrêmement difficile d’obtenir la flexibilité que nous partageons probablement tous autour de cette table, à savoir rompre avec ce que l’on décrit traditionnellement comme “l’éducation musicale”, qui consiste en quatre semestres de music theory (solfège), quatre semestres d’histoire de la musique (et plus particulièrement celle qui a peu d'intérêt pour la musique électronique). Au Brooklyn College , aussi, on développe une nouvelle spécialité en music technology. Là-bas nous n’avons pas ces restrictions, ce qui est une bonne chose. J’aimerais beaucoup y développer un cours de notions fondamentales de programmation, car je pense que les étudiants développent de nombreux outils, qui pourraient avoir beaucoup plus de sens s’ils pouvaient les exprimer en langage de programmation. Cependant ce cours ne doit pas ressembler à ce que le département d’informatique enseigne, sinon ils ne nous laisseraient pas l’enseigner… C’est donc assez problématique. Une autre difficulté vient du fait qu’on demande beaucoup de résultats aux étudiants dans leur discipline principale, et que leur bourse dépend également de principalement de cette discipline, c’est difficile pour eux d’avoir deux majors (disciplines principales), ou de s’investir dans leur minor. C’est donc souvent difficile pour les étudiant qui sont “musiciens électroniques” de faire valider leurs acquis.

4’52
Bonjour, j’enseigne au Peabody Conservatory , donc à priori ce que je fais est très différent de vous... Nous avons un master of music de deux ans en computer music, il a maintenant 30 ans. Nous avons eu beaucoup d’étudiants, et je suis certains que beaucoup d’entre eux vous sont familiers. Nous avons également ajouté un cursus de licence il y a 15 ans je crois. L’une des choses qui nous distingue, c’est qu’on est un “conservatoire”, (pas une université) donc la musique est notre dominante principale, nous sommes moins orientés music technology . Nous avons un programme séparé pour l’enregistrement qui est plus technique… Nous sommes plutôt “musique”.

On a donc une spécialité composition musicale, ce que font la plupart des étudiants, mais on a aussi une spécialité performance , assez unique, qui permet par exemple d’obtenir un master en performance de musique électronique, et nous avons aussi une spécialité “recherche”, pour ceux qui sont essentiellement intéressés par la programmation/recherche… Et la seule grande différence entre les trois spécialité c’est le projet final : pour les performers, c’est un récital, pour les compositeurs c’est un portfolio , pour les chercheurs c’est une thèse.

Au niveau undergraduate (licence), c’est possible d’être diplômé en composition ou en performance, mais on a pas encore accepté d’étudiants en computer music performance . Une chose spéciale, c’est qu’il n’est pas requis de savoir jouer d’un instrument pour être accepté dans ce cursus. Il faut donc faire assez attention avec certain de ces étudiants qui ne jouent d’aucun instruments… Mais encore une fois, dans un conservatoire, l’accent est mis sur la musique, et sur la composition, et les étudiants voient chaque semaine leur professeur en cours individuel, et c’est là que se situe le référent central de leurs études.


(propos transcrits lors de la conférence ICMC, grâce à l'aimable authorisation de Douglas Geers)

McGregor Boyle, Johanna Devaney, Lainie Fefferman, Douglas Geers, Eric Honour