Le présent décomposé.

enis COHEN : Le présent décomposé.  Entretien avec Michel Rigoni.  Préface de Pierre Albert Castanet.  « Univers musical », L’Harmattan.  230 p., ex. mus., glossaire, catalogue des œuvres, bibliographie.  21 €.

L’œuvre de D. Cohen, dans les sillages divergents de Zimmermann et Stockhausen, réfléchit ses désirs et moyens entre rigueur postsérielle et souci de la perception, se délectant du mixte et du multiple.  Mais, autour d’un long entretien, sont surtout ici approfondis les rapports problématiques du créateur aux institutions françaises de la création musicale qui, sans projet, multiplient les incohérences.  Le compositeur met par ailleurs cette compétence critique au service de vues historiques inédites, hors des taxinomies convenues et réductrices.  Et la réflexion de haut niveau se pimente de formules acérées comme ces « gentils paysagistes de la place du ‘‘Teurtre’’ » pour les anti avant-garde ou, moins acide, « l’art est le domaine de la pensée sensible et il a besoin de s’adosser à l’éducation ».

 

Francesco SPAMPINATO : Les métamorphoses du son. Matérialité imaginative de l’écoute musicale. Préface de G. Stefani. « Sémiotique et philosophie de la musique », L’Harmattan.  Index, bibliographie. 204 p., 19 €.

Qu’est-ce qui est à l’œuvre quand, d’un commun accord, une pièce de Debussy stimule un imaginaire aquatique ?  Cet ouvrage de sémiotique traite des discours métaphoriques qui rendent compte de l’expérience musicale. Il sonde ainsi les racines corporelles de la métaphore avant d’en déchiffrer les productions comme expressions d’archétypes, tels les quatre éléments (Bachelard).  La convergence interdisciplinaire de théories de référence (« affects de vitalité » de Stern, Globalité des langages de Guerra Lisi & Stefani ou philosophie de Jankélévitch) rend la recherche de Fr. Spampinato aussi solide que stimulante, d’autant que la clarté de ses énoncés en autorise l’accès au non-spécialiste.