Tamara BELITSKAÏA : Youli Galperine, Portrait d’un musicien voyageur. Sampzon, DELATOUR FRANCE (www.editions-delatour.com ). BDT 0151. 2019, 99 p. –16 €.

Traduite du russe, cette monographie succincte allant droit à l’essentiel, en un style alerte non dénué d’un certain humour, est complétée par de nombreuses photographies significatives se déroulant comme un film illustrant, au fil des années, l’entourage du musicien et par l’Appendice de ses principales œuvres, la liste des 29 partitions publiées à Kiev et Moscou depuis 1974 et sa discographie (8 CD, interprètes russes).


Les lecteurs suivront le compositeur à Kiev, sa ville natale, Oufa, Tcheliabinsk, Moscou puis à Paris. L’auteur brosse un tableau réaliste de la vie en Union Soviétique en 1945 (date de sa naissance). Issu d’une famille juive qui, de longue date, cultivait l’amour des sciences, de la littérature et de la musique, tout jeune, il rêvait déjà d’être un créateur, poète et chanteur. Il a subi la Seconde Guerre mondiale puis la dictature stalinienne. Le récit est entrecoupé d’extraits, de souvenirs de Youli, garantie d’une réelle authenticité autobiographique. Ces pages se lisent comme un roman. Il commence à étudier le piano, mais hésite entre études scientifiques et musicales. Il compose une romance (paroles et musique) et des pièces pour piano. En 1960, il entre à l’Institut de Musique de KIEV, interprète le Concerto d’Edvard Grieg avant sa convocation au service militaire. Toutefois, à côté des obligations et corvées, il arrive à composer. Après un séjour à OUFA, il retourne à KIEV. Excellent pédagogue, il dirige un chœur et enseigne à TCHELIABINSK, écrit des œuvres pour chœur, piano, orchestre de chambre et orchestre symphonique ; il est également doué pour la scène.
À MOSCOU, il occupe un poste de professeur et directeur musical, puis de directeur du Théâtre. Il compose sa Symphonie n°3, un Quintette avec piano et de la musique pour les spectacles. En 1990, pour fuir l’atmosphère « électrique et orageuse », suite à l’invitation de la maison de disques Thesis, il se rend en France et à PARIS. Il découvre la Capitale avec de nombreux problèmes matériels (recherche d’un travail, apprentissage du français). Il y rencontre des personnalités : Paul Mefano, Pierre Petit et, en 1992, fonde l’Association « Tradition musicale russe ». Il écrit notamment des Trio, Conte, Ballade, La Rose de Jéricho, Les Saisons (en 4 Suites françaises).
Son esthétique se veut à la fois novatrice et classique. De culture russe, il bénéficie également des bienfaits de la mondialisation. En tant qu’interprète (cf. On joue, on joue p. 67sq), il s’impose par sa « virtuosité particulièrement éclatante et expressive. Il ne se contente pas de jouer, c’est sa poésie incarnée dans des sons qu’il donne à entendre avec délicatesse à ses auditeurs  » (p. 67).
Ce périple biographique, autobiographique (nombreuses citations du compositeur) et photographique révèle en très peu de pages la vie, les voyages, les circonstances sociologiques et politiques en URSS et la brillante carrière internationale de Youli GALPERINE.
Édith Weber