Les Dossiers d'Alternatives Économiques, Décembre 2015, Hors-série n°2 bis, Quétigny, 2015 (www.alternatives-economiques.fr), 98 p.    9, 50 €.

Ce numéro, avec un titre accrocheur, implique un discours à la fois historique, sociétal, économique et politique relatif à la multiplicité des formes et pratiques musicales : chansons actuelles, rock, pop, hip hop, hard rock, musiques électroniques… La musique « rythmant la vie des sociétés humaines depuis toujours » a, au cours des siècles, suscité de nombreuses techniques et une grande évolution du goût et de l'émotion. Cette « révolution » de la musique est, en fait, favorisée par l'apport récent de l'informatique et du numérique.

 

Dans son éditorial, partant de l'état de la musique au quotidien, de son écoute, de ses acteurs et des mélomanes, Marc Chevalier observe que « la manne sonore déferle partout », que le numérique « n'est pas qu'une bénédiction » et qu'il « démultiplie les possibilités de la création ». Ce constat est à la fois réaliste et paradoxal. Les modes d'écoute varient selon les publics immergés dans la musique à la maison ou au travail. Les genres musicaux évoluent tout comme les supports : de la cassette au disque compact, puis au fichier mp3, sans oublier la musique électronique, la numérisation et YouTube. Les goûts sont affaire de générations et d'appartenance socioprofessionnelle. Les jeunes privilégient la chanson française, d'autres la chanson internationale ou encore le rock. Le classique est en phase de déclin sauf pour les 60 ans et plus. La musique peut apporter une évasion et une détente. Toutefois, la pratique instrumentale régresse. Il faudrait (cf. p. 19) revenir à un apprentissage traditionnel de l'histoire de la musique et du solfège et ne pas sous-estimer la vocation sociale de l'orchestre. Ce bilan de la situation au début du XXIe siècle suscite de nombreux questionnements. Les 27 contributions — étayées de statistiques, graphiques percutants et grilles par tranches d'âge  — traitent, outre la pratique, « la vie après le disque » (industrie, export, festivals en quête d'un nouveau souffle) ; la menace de la « destruction créatrice » du streaming, le star system, les concerts, l'exemple de David Bowie « portrait d'un artiste entrepreneur ». Plusieurs interviews sont centrées autour du numérique, des problèmes de la protection juridique des auteurs et de leurs droits, du financement de la création, mais aussi de l'« utopie de la création numérique pour tous ». Enfin, la dernière partie de ce volumineux Dossier concerne « le cerveau enchanté », les « vertus thérapeutiques » de la musique (en cas de dépression, d'anxiété, de maladies de Parkinson, d'Alsheimer) pouvant apaiser, détendre ou stimuler.

Selon l'anthropologue et ethnologue Claude Lévi-Strauss (1908-2009), la musique existe probablement depuis la naissance de l'humanité, depuis le Paléolithique supérieur (sifflets, percussions de l'homo sapiens). En conclusion, l'ethnomusicologue Simha Arom, directeur de recherche émérite au CNRS, affirme que « ce qui est universel, c'est l'omniprésence de la musique ; elle est un marqueur identitaire dans toutes les sociétés », mais il déplore qu'elle connaisse « une déperdition liée à la mondialisation ». Approche très éclairante.