Entretiens avec Philippe MANOURY. Coll. Musique en questions. Château-Gontier, AEDAM MUSICAE (www.musicae.fr ). 2020. 212 p. – 28 €.

Philippe MANOURY (né à Tulle en 1952) a suivi des cours (piano avec Pierre Sancan, composition avec Max Deutsch) et à l’École Normale de Musique, entre autres, et obtenu des prix dans les disciplines concernées. Il s’immergera dans l’univers de la musique contemporaine (festivals de créations musicales…, rencontres avec Jean-Claude Eloy, Mauricio Kagel, Luciano Berio, Tristan Murail, Gérard Grisey, Karlheinz Stockhausen, Paul Mefano et les deux Ensembles de référence : 2e2m et L’Itinéraire). Il intègre le Conservatoire de Paris notamment dans la classe de Michel Philippot, sera auditeur libre dans celle d’Olivier Messiaen et s’intéresse à l’informatique musicale encore balbutiante, au calcul des probabilités et à la théorie de l’information. Il suivra les cours d’analyse de Claude Ballif et fréquentera la classe de Pierre Schaeffer (Groupe de Recherche Musicale). Il effectuera l’analyse « probabiliste » de la Grande fugue de Beethoven. Il rencontre Michel Fano, Iannis Xenakis. Pierre Barbaud l’initie à la composition à l’aide d’ordinateurs. Il obtient les 1ers Prix d’analyse et de composition, marquant la fin de sa vie estudiantine. Avec le développement de l’IRCAM (Institut de Recherche et Coordination Acoustique/Musique), de retour d’un séjour de 2 ans au Brésil, Ph. MANOURY se perfectionnera dans la musique électronique, participera à des réunions de travail avec Pierre Boulez, et souffrira des querelles de chapelle autour des mouvements d’avant-garde. En France, une situation personnelle difficile l’incite à rejoindre les États-Unis pour y enseigner et enfin pouvoir vivre et composer. Le musicien introduit les lecteurs dans son atelier de travail. Dès les premières pages de cet ouvrage foisonnant, servi par des interlocuteurs pertinents, il nous initie à sa vision du monde, à sa démarche intégratrice (ce qu’il nomme volontiers « transsubstantiation », à la manière de la cortesia selon G. Steiner) et à son modus operandi. Il est impossible de résumer la richesse et la diversité des concepts approfondis au cours des divers entretiens qui gravitent autour de ses œuvres phare : K… (2001), La Frontière (2003), Kein Licht (2017), Ring... À coup sûr : voici, dévoilé, un pan non négligeable d’une démarche créatrice protéiforme à nulle autre semblable.
Édith WEBER
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Tempo flûte. Revue de l’Association d’Histoire de la Flûte française, n°22, second semestre 2020, Saint-Clair-sur-Epte (www.tempoflute.com ), 64 p. (18 €/an).

Paru sans retard — malgré la propagation du virus — grâce à la détermination de Pascal Gresset, ce numéro tenant compte de l’actualité (partitions, livres), assorti de nombreuses illustrations, comprend entre autres son entretien avec le concertiste Jean-Michel Varache à propos notamment du rétablissement des Concours internationaux de flûte parisiens, l’année dernière. Interprètes et facteurs apprécieront également le rôle des « artisans de flûte en temps de pandémie » avec leurs adresses (Paris, Genève, Le Mans) et le « Regard sur l’enseignement de Roger Bourdin » (1923-1976) au Conservatoire de Versailles, par Madeleine Chassang.
Édith WEBER
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Catherine LECHNER-REYDELLET : Les Légendes françaises du piano (racontées par leurs élèves). AEDAM MUSICAE (www.musicae.fr ) . 2020. 346 p. – 30 €.

Sous ce titre plus recherché, Catherine Lechner-Reydellet propose en fait un dictionnaire des pianistes français nés entre 1846 (Marie Jaëll) et 1952 (Brigitte Engerer) actifs depuis la deuxième moitié du XIXe siècle jusqu’en 2012, donc dans la longue durée. Ce guide a la particularité de faire appel à leurs élèves, donc aux sources authentiques relevant d’intenses témoignages, pour un total de 50 entrées.
La publication est abondamment illustrée et bénéficie d’un très copieux Index des noms. Elle pourrait servir de prétexte à d’autres investigations comparatives, par exemple sur le problème du trac qui démolit nerveusement ; sur la qualité de l’accueil des élèves (choc d’une rencontre avec Yves Nat) ; sur le « charme miraculeux » de Ginette Doyen ; sur les spécialités et particularismes des professeurs (dont l’enseignement novateur de Lazare-Lévy) ; sur l’exigence de l’ordre et de l’efficacité dans la classe de Jeanne-Marie Darré ; sur l’héritage de Reine Gianolli et son énergie débordante… Pour la préparation d’un concours, Yvonne Lefébure fait entrevoir le génie de BEETHOVEN. Les divers enseignants avaient leurs exigences : Alfred Cortot insiste sur le sens de chaque œuvre ; Brigitte Engerer, sur l’importance du rythme, de la construction du discours musical et de la faculté de s’émouvoir (facteur indispensable).
Il serait aussi instructif de considérer les techniques de Marie Jaëll (1846-1925, élève de Franz Liszt), sensible aux recherches neuropsychologiques, et de Blanche Selva (1884-1942) dans le domaine de la sonorité pianistique : elles obtiennent la même qualité chantante et sonore par des moyens opposés : d’un côté « caresser » les touches et, de l’autre, « appuis spectaculaires du poignet ». La tradition de la grande École française, magistralement révélée par ces « Légendes », pourra susciter d’autres études.


Édith WEBER
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Jean-Noël VON DER WEID : Luis de Pablo, bâtisseur d’essentiel. Château-Gontier, AEDAM MUSICAE (www.musicae.fr ), 2020. 143 p. – 18 €.

Ce livre comble une lacune dans les publications françaises sur la musique espagnole. Luis de PABLO est né le 28 janvier 1930 à Bilbao. Installé à Madrid en 1939, il commence des études musicales et juridiques. Il participera à la fondation du Grupo nuova musica, organisera des concerts pour promouvoir la musique contemporaine. Grand voyageur, il séjournera au Mexique, à Berlin, en Argentine, à Ottawa et Montréal, en Ukraine, en Inde…, fondera à Madrid un studio électronique. Pour ses compositions, il s’inspire de R. Leibowitz, d’O. Messiaen et du Doktor Faustus (Thomas Mann).
En introduction, J.-N. von der Weid retrace brièvement la vie du compositeur jusqu’à leur première rencontre. Ils entretiennent alors une abondante correspondance, de 1995 à 2014 (puis passeront aux échanges téléphoniques), faisant l’objet de cette publication, révélant notamment leurs goûts respectifs, affinités et projets. Les lecteurs trouveront en filigranes l’évolution de la situation politique en Espagne, des renseignements concernant l’écriture et la réception de son œuvre ; d’autres plus anecdotiques notamment sur la Patum — très ancienne fête populaire catalane avec monstres, recherche du grotesque dans le pathétique — scandée par le tabal (grand tambour) (6 juin 2005, p. 124) ; une description du Pays basque... Par son corpus de plus de 200 œuvres (la plus récente en 2020) — dont plusieurs opéras —, Luis de PABLO confirme son appartenance à l’avant-garde sérielle et postsérielle, allant « d’un sérialisme avec des éléments aléatoires à une synthèse personnelle — flamenco des soleils, grandes fugues intimes —, dans laquelle se fondent la consonance, les micro-intervalles, la forme libre, la métrique complexe et certaines musiques extra-occidentales » (dernière de couverture). Sans Table des matières (la chronologie sert de fil conducteur), cet ouvrage, de lecture instructive, rédigé dans un langage recherché et très imagé, présente un compositeur éclectique en quête de son espagnolité.
Édith WEBER
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Sylvain SAMSON : L’œuvre musico-théâtrale de Luigi Dallapiccola. Une esthétique de sacré et de l’initiatique. Sampzon, DELATOUR FRANCE (www.editions-delatour.com ), Coll. Pensée Musicale, BDT0040, 2020, 333 p. – 35 €.

Luigi DALLAPICCOLA (1904-1975) a étudié le piano et la composition à Florence et à Graz et enseigné les deux disciplines au Conservatoire de Florence puis à Tanglewood (Etats-Unis), au Queen’s College de New York et à l’Université de Berkeley (1961). Sa musique se veut abstraite et concise, sa facture mélodique marquée par l’influence de R. Wagner, ce qui ne l’empêche pas de privilégier par exemple le dodécaphonisme, les quartes superposées, les intervalles dissonants.
Sylvain Samson, musicologue averti et philosophe insatiable, a mis à profit son savoir encyclopédique pour dégager la personnalité et l’immense apport intellectuel de ce grand compositeur italien, également auteur de ses propres livrets d’opéras, dont le héros représente l’une des problématiques.
Les Annexes sont d’une exceptionnelle richesse : Bibliographie : manuscrits de Dallapiccola, livres imprimés, livrets, partitions, écrits divers, sur des œuvres notamment Il Prigionero (chant), Job, Ulisse (et les références littéraires qu’il a brassées) et aussi d’autres sources inattendues : Nietzsche voisinant avec Ovide, Saint Exupéry avec Sénèque, Dante côtoie Thomas Mann… ; Discographie et même Webographie. Autant de sources de première et de seconde main exploitées par l’auteur — « une vraie gageure » — que d’années de travail intense et suivi. Pour entrer en perspective, les lecteurs pourront suivre notamment le cas d’Ulisse particulièrement significatif, avec figures et exemples musicaux illustrant la pensée concentrique de L. Dallapiccola.
La démarche si dense de l’auteur est vertigineuse et intradisciplinaire : musicale, littéraire, historique, philosophique, théologique et anthropologique. Initiations et horizons multiples. Un modèle à suivre.
Édith WEBER
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Bruno MONSAINGEON : Les bémols de Staline. Conversations avec Guennadi Rojdestvensky. Paris, FAYARD (www.fayard.fr ), 2020, 336 p. – 24 €.

D’entrée de jeu, quelques précisions sont indispensables : Bruno Monsaingeon, violoniste réputé, est aussi essayiste et même cinéaste ayant réalisé de nombreux films sur des musiciens : Glenn Gould, Sviatoslav Richter, Yehudi Menuhin…, sur le chef d’orchestre russe G. Rojdestvensky (1931-2018)d’après leurs échanges portant sur la triste réalité quotidienne et l’oppression des consciences à l’époque stalinienne, la situation au Bolchoi, l’existence tragique du peuple russe. Au fil des chapitres, les lecteurs seront renseignés sur la doctrine du réalisme soviétique et ses répercussions quotidiennes pendant 25 ans. Un condensé d’émotions non exempt d’un certain humour. Captivant.
Édith WEBER
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Danièle PISTONE : Prospectives musicologiques. aris, L’Harmattan (www.editions-harmattan.fr ), Coll. Musiques en question(s), 2019, 201 p. - 26 €.

Préfacée par Catherine Massip, cette rétrospective situe les nombreuses publications de Danièle Pistone, professeur émérite (Sorbonne Université), notamment responsable (1980-1999) de l’Observatoire musical français. Passionnée par les sciences humaines, les neurosciences, la sociologie de la musique, l’esthétique, la philosophie, la linguistique, le piano, la méthodologie et l’intradisciplinarité, elle a fondé la Revue internationale de musique française (1980-1997), privilégiant le XIXe siècle, encouragé la constitution des catalogues d’œuvres en insistant sur leur classification. Elle a ainsi forgé des outils de recherche en Musicologie dépassant le cadre de la musicologie historique.
Les lecteurs apprécieront la nouveauté et l’actualité de ses propos. La première partie est intitulée : « Entre histoire sociale et sociomusicologie » ; la deuxième : « Propositions méthodologiques » évoque le catalogage, la « titrologie appliquée aux œuvres musicales », la contextualisation à la lumière de l’herméneutique ; la troisième traite l’esthétique à l’exemple des « musiques de l’eau », propose des éléments pour une étude lexicologique et aborde encore « la musique et l’imaginaire dans la France contemporaine ». Chaque partie, avec tableaux, exemples musicaux, nombreux encadrés (statistiques et pourcentages) est suivie d’une orientation bibliographique circonstanciée. À noter un apport original : La thématique de l’eau dans une approche pluridisciplinaire et surtout la technique de l’enquête.
Bel exemple d’ouverture d’esprit, de croisements des méthodes et des disciplines.
Édith WEBER
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Pascal GRESSET (éd.) : Tempo Flûte. Paris, Revue de l’Association d’Histoire de la Flûte française (www.tempoflute.com ; Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser. ; 7, rue Louis Pasteur 95770 Saint-Clair-sur-Epte), numéro 21, premier semestre 2020, 11e année, 64 p. – 12, 12 €.

Les flûtistes et historiens apprécieront à leur juste valeur ce nouveau numéro contenant des renseignements si intéressants : Entretiens avec Emily Beynon à propos de sa formation, ses activités à l’Orchestre du Concertgebouw, avec ses impressions et réaction en tant que jurée à divers concours : aspect rarement abordé. Ce volume est accompagné de nombreuses photos de terrain.
Pascal Gresset s’est entretenu avec Nina Pollet et Ludwig Böhm, respectivement au sujet du 4e Concours Maxence Larieu (Nice et Munich). Il signale également deux Premiers Prix français au Concours Carl Nielsen. Deux problèmes sont posés : la paternité Quantz et Agricola, une controverse ; Alain Fourchotte ou l’expression du discours. Sur le plan organologique, Pierre Helou présente une Flûte Parmenon, avec toutes les cheminées alignées.
À noter les informations précises sur le Conseil Européen de la Flûte (EFC) et ses priorités stratégiques. L’actualité concerne les Festivals, la discographie, la bibliographie et les partitions. Revue toujours très enrichissante.
Édith WEBER
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Michel SCHMITT : Les 120 ans de l’Orchestre symphonique. La Philharmonie. Hipsheim, Bastian Éditions (www.bastian-editions.fr ), 2019, 434 p. – 31, 50 €.

Michel Schmitt, spécialiste incontesté de l’histoire de la vie musicale à Strasbourg et en Alsace, a marqué le 120e anniversaire (en 2020) de l’Orchestre symphonique « La Philharmonie », c’est-à-dire de Strasbourg (à ne pas confondre avec La Philharmonie de Paris, inaugurée en 2015, dotée d’un Orgue prestigieux, bénéficiant d’une remarquable acoustique et ayant intégré l’Orchestre de Paris en 2019). L’auteur a brassé et ordonné une information extraordinaire (Archives de Strasbourg, revue de presse locale, programmes et procès-verbaux, statuts), portant sur la longue durée et la spécificité historique de l’Alsace sous les aspects politique, militaire, économique, culturel, sociologique avec son destin oscillant entre l’Annexion allemande, le retour à la France, l’Entre-deux Guerres, puis l’Annexion de 1940 à 1944 et allant jusqu’au profil de l’Orchestre en 2019. Le brassage d’une telle masse de documents, de faits et d’événements est un vrai tour de force.
Au fil des pages et du temps, les lecteurs curieux et admiratifs sont mis au courant de la genèse de cette Institution avec ses difficultés et réussites. Cette somme contient aussi des éléments bibliographiques, des Annexes concernant les présidents, chefs, membres d’honneur, musiciens, solistes et une sélection d’articles (presse locale) très révélateurs ; surtout les Dernières Nouvelles d’Alsace (p. 426-7), Le Nouvel Alsacien, Der Elsässer et, plus rares, quelques publications parisiennes (1926). Des photos (par exemple : chefs René Matter et Philippe Acker dont nous avions suivi les concerts jusqu’en 1958… ; la Philharmonie, l’année du centenaire, Concert du 9 décembre 1999, au Palais des Fêtes de Strasbourg) illustrent significativement le propos. Actuellement plus de 100 musiciens marqués par l’excellence biculturelle française et allemande, proposent programme éclectique allant du XVIIIe siècle à nos jours.
Michel Schmitt a signé un document sociologique portant sur la pratique d’amateurs à un haut niveau et dans la longue durée et le « témoignage de la vie artistique d’un collectif humain avec ses caractéristiques propres et ses personnalités qui ont contribué à forger l’identité de la Philharmonie ». Enthousiasme partagé.
Édith WEBER
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Michèle BUS-CAPORALI : C’est l’âme qui chante. Sampzon, DELATOUR FRANCE (www.editions-delatour.com ), BDT 0170, 2019, 209 p. – 15 €.

Plusieurs éditeurs mettent actuellement le rôle de l’âme en valeur, comme c’est le cas de la musique de Chopin (cf. CD : Le chant de l’âme, HORTUS, LI 127).
Michèle Bus-Caporali — pianiste, chanteuse, chef de chœur, très sensible aux émotions — évoque « l’arrivée d’un personnage étrange bouleversant les activités d’un ensemble vocal » : Ambroise Berger, chanteur lyrique, ayant vécu loin de son violoniste de père, atteint d’un mal inexorable, malgré les péripéties de l’existence « ayant mis leur âme à nu »… « Ils se rejoignent dans la musique ».
En un style direct, élégant, descriptif, le parcours d’Ambroise se déroule comme un roman, de lecture agréable, avec, en filigranes, des allusions autobiographiques (à la première personne) ; l’auteure veut communiquer avec le public en tant que formatrice (éducation musicale), faire des expériences sonores et se remettre en cause.
Modèle d’expression et de style, l’ouvrage réussit à camper les personnages entre avenir « plombé » du protagoniste, magnétisme, musicothérapie… : vertige au bord de l’âme qui, finalement, déchante.
Édith WEBER
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Élisabeth BRISSON : Alban BERG au miroir de ses œuvres. Château-Gontier, AEDAM MUSICAE (www.musicae.fr ), 2019, 357 p. – 28 €.

Disciple d’Arnold Schönberg (1874-1951), Alban BERG, né à Vienne en 1885 dans une famille mélomane, mort en 1835 à l’âge de 50 ans, a relativement peu composé : 13 œuvres au total, dont Wozzeck, la plus connue. Ce musicien passionné se situe encore quelque peu dans l’héritage de Schumann, Beethoven, Mahler… Il mise sur l’émotion et le fantasme.
Son Concerto pour violon « à la mémoire d’un ange » (dem Andenken eines Engels), composé en 1935, édité en 1936 (Universal Edition), a été créé le 25 octobre de la même année à Vienne, sous la direction d’Otto Klemperer, avec Louis Krasner en soliste. Élisabeth Brisson, Docteur en Histoire, en retrace la genèse (cf. p. 308 sq), la structure bipartite : Praeludium - Scherzo traduisant par une marche la vie sur la terre, Allegro - Adagio avec citation du Choral luthérien So nimm, Herr, meinen Geist (Seigneur, prends mon esprit), d’après la mélodie (1662) de Johann Rudolf Ahle, faisant l’objet de variations (cf. J. S. BACH, Cantate BWV 160) se présentant comme un cri. Ce Concerto oppose donc la vie et la mort (cf. p. 311 sq).
Le livre, accompagné d’une chronologie détaillée et d’une utile sélection discographique, révèle le processus créateur, reflète « ce qui animait A. Berg » : son désir de nouer la sensualité, la spiritualité et la pensée… et sa prédilection pour la sonorité (cf. 4e de couverture). Approche transparente : « en miroir ».
Édith WEBER
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Henri-Claude et Anja FANTAPIÉ : Une histoire de la musique finlandaise. Paris, L’HARMATTAN (www.editions-harmattan.fr ), 2019, 325 p. – 34 €.

La musique finlandaise nordique rencontre actuellement un regain d’intérêt. Après la musique suédoise romantique (cf. J.-L. CARON, NL 127), voici une histoire de la musique finlandaise. Si les mélomanes connaissent le nom de Jean SIBELIUS (1865-1957), les plus avertis s’intéressent à Joonas KOKKONEN (1921-1996) et Einojuhani RAUTAVAARA (1928-2016), mais ignorent généralement le mouvement concernant la musique populaire. Henri-Claude (chef d’orchestre et compositeur) et Anja Fantapié (journaliste, traductrice et professeur à l’INALCO) — en collaboration avec Erkki (compositeur, professeur à l’Université d’Helsinki) et Pan Salmenhaara (guitariste, jazzman pratiquant le country-blues) — proposent un panorama très documenté de la musique finlandaise, de ses acteurs illustrant cette longue tradition. De nos jours, la Finlande occupe, avec ses compositeurs et interprètes, une large place dans le monde musical international.
La typologie indispensable distingue musique traditionnelle orale et musique folklorique subissant le métissage culturel ainsi que l’influence des médias. Après un rappel autour de J. Sibelius, la musique évolue en fonction des événements (Indépendance, renaissance après 1945) et des tendances du postsérialisme et de la tentation dodécaphonique, sans oublier l’électroacoustique. Les musiques populaires (tango, jazz, jazz rock, pop, punk, New Wave… mais aussi le « blues finlandais ») sont présentes dans les salons. Le rôle du Kalevala — épopée élaborée par Elias Lönnrot (1802-1884) s’inspirant de la mythologie finnoise, avec un barde comme protagoniste central ­— dans la musique savante finlandaise est abordé notamment (Annexe 1, p. 261 sq). À noter la présence d’éléments bibliographiques en français et anglais, de nombreuses illustrations (photos), tableaux synoptiques et citations d’époque significatives.
De quoi satisfaire la curiosité des mélomanes attirés par la Finlande, tout en s’instruisant
Édith WEBER
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Pascal KAELBLEN, Irina KIRCHBERG, Alexandre ROBERT (dir.) : Bourdieu et la musique. Enjeux et perspectives. Sampzon, DELATOUR FRANCE (www.editions-delatour.com ), BDT 0177, 2019, 130 p. – 24 €.

Pierre Bourdieu (1930-2002), auteur d’une sociologie générale, considère la musique comme objet d’investigation. Il entretient avec elle un rapport scientifique « à la fois enthousiaste et hésitant ». Il prend ses distances avec la vision scholastique, insiste en précurseur sur les tendances qui n’ont fait que se renforcer : consommation des produits culturels, rôle des médias audiovisuels, diversification des goûts musicaux, mode de réception de la musique, socialisation expérimentale, intelligence pratique, théorie de la légitimité culturelle. Le livre, présenté par Pascal Kaelblen, Irina Kirchberg et Alexandre Robert, comprend des études éclairées de 7 spécialistes, avec également 6 enquêtes (p. 112 sq), des notes statistiques et diagrammes. Cet ouvrage de la Collection « Pensée Musicale », prend aussi en considération l’avant-garde artistique d’alors, c’est-à-dire le jazz dès 1960 (jazz hard bop, jazz modal, free jazz, be pop — autour de John Coltrane, Duke Ellington, le rock aux Etats-Unis et en Angleterre), les Inrockuptibles (p. 33 sq), l’attitude des fanatiques, des amateurs éclairés, le star system, les jazzophiles.
Synthèse quasi exhaustive des cogitations bourdieusiennes autour de la « socialisation musicale ».
Édith WEBER
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Musique et Littérature en Guyane - Explorer la transdiction Paris, Plon, mai 2019

Terra incognita , "terre sacrée" que Christophe Colomb avait cru reconnaître, mais aussi terre du bagne, la Guyane est aujourd'hui la terre de l'innovation du spatial. Dans cet univers en mutation l'auteur pointe une nouvelle genesis du postcolonial engendré par les hybridations successives et les métissages : le chaos-monde de la “créolisation”.
Au croisement de la logosphère et de la sonosphère, l'auteur explore sur le terrain cette nouvelle "tonalité“ par le biais de la ”transduction" : intertexte -au delà ou sur le texte- qu'il repère dans l'expression sonore et corporelle de ces cultures croisées , machines vibrionnantes résonnant au coeur du conte créole et du "halètement " du conteur.. Nicolas Darbon nous fait ainsi découvrir l'ineffable création sonore issue des profondeurs, depuis le fleuve et les bruissements de la forêt amérindienne, refuge des Bushinenghe (noirs marrons fuyant l'esclavage) . De ces mouvements organiques monte une pulsation qui, du tam-tam au blues se prend à résonner dans la “houle” de la grand strophe damasienne, Damas se situant lui-même à la rencontre de trois fleuves ( amérindien, nègre, blanc) . Ce poète -"le plus nègre d'entre nous" disait Césaire-, est ici révélé dans toute sa dimension sonore -au confluent des empreintes de l'âme des esclaves africains et du rythme naturel du tambour.
Catherine Tarrit

Yann OLLIVIER : En Attendant Boulez Paris, Plon, mai 2019

«  Voici une plaisanterie musicale pour tenter de découvrir si la musique adoucit les meurtres  »

Que l’on se rassure, à l’approche des grandes vacances, période bénie pour se lancer dans de gros livres faciles à lire et divertissants, En attendant Boulez n’est pas un pesant pamphlet contre la relégation de la musique contemporaine ! Bien au contraire, il s’agit d’un polar pour mélomane, (le lien www.enattendantboulez.com renvoie à la playlist des nombreuses œuvres citées dans le roman), bien ficelé et qui se dévore sans nul doute avec plus d’aisance que la partition d’Explosante fixe (Pierre Boulez, 1972-1993), œuvre dont il n’est d’ailleurs pas question dans le roman ! On y évoque, en revanche, un projet d’opéra du compositeur du Marteau sans maître (Pierre Boulez, 1954), jamais abouti, qui se fût inspiré d’En attendant Godot (1952), de Samuel Beckett. Un algorithme nommé Chopart, parce qu’il peut composer comme Chopin et Mozart à la fois, constituant un redoutable enjeu diplomatico-juridico-financier (la Chine s’en mêle…) ; trois meurtres assez horribles et une ravissante enquêtrice, Jade Valois (tiens, comme la rue !), que n’attirent pas que les hommes ; un privé qui se fait appeler Philippe Marleau (sic) ; plusieurs pittoresques figures de «  professionnels de la profession  », comme disait Jean-Luc Godard (l’un d’entre eux s’appelle Dandelot…), tout cela à Paris essentiellement, dans les nouvelles salles de concert de la capitale, la Philharmonie, la Seine musicale (et de plus anciennes, comme Gaveau), un peu à Lille. Voilà !

Stéphane UDOVITCH : Les pouvoirs du piano. Apprentissage musical et transformation intérieure Paris, VAN DE VELDE, (www.van-de-velde.fr ). VV 416. 2019, 159 p. –19, 50 €.

Actuellement, les chercheurs s’intéressent beaucoup aux causes et aux effets de l’émotion (cf. Marc-Mathieu Münch : théorie de l’« effet de vie » ; Alain Joly : Bach, maître spirituel, Paris, Tallandier, 2018). Relatif au piano, ce livre en révèle sa potentialité et son impact insoupçonné à partir de 30 composantes assorties de questionnements et de constats.

Tamara BELITSKAÏA : Youli Galperine, Portrait d’un musicien voyageur. Sampzon, DELATOUR FRANCE (www.editions-delatour.com ). BDT 0151. 2019, 99 p. –16 €.

Traduite du russe, cette monographie succincte allant droit à l’essentiel, en un style alerte non dénué d’un certain humour, est complétée par de nombreuses photographies significatives se déroulant comme un film illustrant, au fil des années, l’entourage du musicien et par l’Appendice de ses principales œuvres, la liste des 29 partitions publiées à Kiev et Moscou depuis 1974 et sa discographie (8 CD, interprètes russes).

Michèle FRIANG-Pierrette GERMAIN : Louise BERTIN, compositrice, amie de Victor Hugo. Sampzon, DELATOUR FRANCE (www.editions-delatour.com ). BDT 0165. 2019, 114 p. –15 €.

Ce livre pose le problème : « être femme et créer » (musique et poésie au XIXe siècle) autour de Louise BERTIN (1805-1877), « première femme à avoir abordé le théâtre lyrique » et qui s’intéressa aussi à la peinture. Initiée à la composition par Antoine Reicha (1770-1836), elle compose à l’âge de 20 ans l’opéra Guy Mannering d’après Walter Scott (1771-1832), puis Le Loup Garou (livret d’Eugène Scribe (1791-1861)) sera créé avec succès en 1827 à la Salle Favard, et Fausto en 1831 au Théâtre italien sera considéré comme « une œuvre d’envergure » notamment avec La prière de Marguerite.

Laurence Benveniste : Le violon d’Abraham – Sur les traces de Salomone Rossi «  Hebreo », MkÉditions©2018

En tant que musicologue, et surtout en tant que musicien, ma lecture du livre «  Le violon d’Abraham  » passe avant tout par une vision personnelle, celle donnée par mon «  filtre musical  ». Mais pas seulement. Il y a aussi ma curiosité naturelle qui me pousse à découvrir et imaginer les circonstances historiques et sociales de la création de musiques ayant vu le jour à une époque très éloignée de nous dans le temps, mais proche de notre perception actuelle de la musique européenne du XVIIe siècle. Nous avons la chance de pouvoir l’apprécier interprétée par d’excellents musiciens «  baroqueux  », des spécialistes dans la restitution de ces musiques que l’on entendait dans la France des «  trois Louis  », tout au long de la période baroque. Il s’agit donc dans ce livre d’interroger des musiques qui, encore aujourd’hui, présentent de nombreuses zones d'ombre, surtout parce que, tout en étant européennes, elles sont aussi juives, ou plutôt hébraïques, car chantées et composées sur des textes en hébreu. L’auteure tente ainsi d’imaginer des réponses possibles à ces quêtes. Le livre nous relate, nous raconte, les péripéties qui ont entouré la composition d’une sorte de cantate hébraïque destinée à fêter la circoncision à venir d’un nouveau-né dans le ghetto de la ville provençale de Carpentras dans la seconde moitié du XVIIe siècle, ville faisant partie du Comtat Venaissin, où vivaient plusieurs communautés juives que l’on nommait «  Les Juifs du Pape  » [d’Avignon]. La partition dont on parle ici existe bel et bien : elle est intitulée Canticum hebraicum. Elle a été révélée au public au milieu des années 1960 grâce aux recherches du musicologue israélien Israël Adler et rapportée dans son ouvrage «  La pratique musicale dans quelques communautés juives en Europe aux XVIIe et XVIIIe siècles  », Paris-La Haye 1966. L’édition de la partition, publiée en Israël l’année précédente par «  Israeli Music Publications  » est signée Ludovico Saladin, et laisse ainsi deviner un compositeur italien qui aurait travaillé en Provence. La première page de la partition se présente – globalement – ainsi :

Jean-Marie LONDEIX : Pour une histoire du saxophone et des saxophonistes. Livre 2 (1900 à 1942) : Internationalisation du saxophone. Sampzon, Éditions DELATOUR FRANCE (www.editions-delatour.com ). BDT0090. 2019, 243 p. – 25 €.

Si la clarinette est très en vogue actuellement (2019), le saxophone continue à bénéficier d’un regain d’intérêt, même au plan international, grâce à Jean-Marie Londeix qui vient de publier le deuxième volume de sa trilogie consacrée à son instrument. Né en 1932, formé par Marcel Mule et Jean Rivier, premier Prix du CNSM en 1953, il enseignera le saxophone au Conservatoire de Dijon, puis à celui de Bordeaux. Il assume de nombreuses missions à l’étranger (Etats-Unis) et a fondé plusieurs Ensembles et l’Association des Saxophonistes de France. Auteur notamment d’une méthode, il a aussi enregistré de très nombreux disques.

Sophie ROUSSEAU, Romain PANASSIÉ, Martine TRUONG TAN TRUNG : Temps, Rythme et Mouvement. Sampzon, DELATOUR FRANCE (www.editions-delatour.com ), Coll. Musique et Danse, 2019, 195 p. – 29 €.

Depuis plus d’une décennie, Sophie Rousseau — directrice de la Collection « Musique et Danse » du prolifique Label DELATOUR FRANCE, mais d’abord formatrice musicale pour les danseurs au CNSMDP et à l’institut supérieur des Arts de Toulouse (isdaT), auteur d’O’nomatopées en collaboration avec Denis Lamoulère, associant déjà mouvement dansé et geste vocal (même éditeur, 2/2014) — s’attache avec Romain Panassié — danseur, notateur du mouvement, spécialiste d’Analyse Fonctionnelle du Corps dans le Mouvement Dansé (AFCMD) — à développer chez leurs étudiants la pratique conjointe de la danse et de la musique. Ainsi, expériences rythmiques, auditives et corporelles menées en collaboration avec Martine Truong Tan Trung — formatrice en AFCMD, spécialiste en pédagogie de l’éveil-initiation, coordinatrice des études et responsable de la formation continue (danse) à l’isdaT — leur permettent non seulement l’appropriation de la notion de posture, mais également l’intégration des processus de chute, de rebond, de suspension, d’accent… communs aux deux disciplines. Temps (notamment les Chapitres VI et VII. « Le système nerveux et la perception du temps en lien avec la pédagogie ») et rythme y sont donc questionnés dans le cadre transdisciplinaire. Des outils : « comptes rendus d’ateliers », « grille de lecture des relations dynamiques danse/musique », « transcription du temps dans l’écriture Benesh » (codification à la manière de la musique du mouvement dansé, inventée en 1955 par Juan et Rudolf Benesh et publiée l’année suivante, faisant pendant à la notation Laban (publiée en 1928)) font avancer la transmission des expérimentations. Discographie, Bibliographie, Vidéographie et annexes enrichissent encore cette mine de découvertes multisensorielles. Tout un univers sensible, sensationnel élargi s’ouvre ainsi au lecteur, à la confluence de la danse et de la musique et visant à la formation plus globale de l’artiste.


Édith Weber

Mathilde CATZ : Enseigner la culture musicale : aux miroirs du réel. Sampzon, DELATOUR FRANCE (www.editions-delatour.com ), Coll. Pensée musicale, BDT0149, 2019, 451 p. – 33 €.

Correspondant aux Actes du congrès de l’Association des Professeurs de Culture Musicale tenu en avril 2016, cette publication y adjoignant de nouvelles réflexions se veut le miroir actuel des pratiques d’enseignement de la discipline notamment dans les Conservatoires et autres pôles supérieurs.
Précédée d’un Avant-Propos d’Anne Roubet, Mathilde Catz introduit par un indispensable état des lieux : « La culture musicale au prisme de la postmodernité » la vingtaine de contributions d’auteurs spécialisés qui suivent, structurée en 5 parties. La première partie interroge la place de la musique dans la société postmoderne et les enjeux de la médiation musicale face aux contextes en pleine mutation. La deuxième partie dresse un panorama des pratiques d’analyse harmonique en Europe, puis se focalise sur deux approches spécifiques, en Hongrie et en Palestine.