C’est à partir d’un livre passionnant du père Michel Steinmetz intitulé La fonction ministérielle de la musique sacrée – L’approche originale de la Tradition par Vatican II que se développeront ces quelques réflexions. Disons tout de suite que la « quatrième de couverture » de l’ouvrage est bien discrète sur l’auteur.1 Précisons donc son parcours.
Né en 1977, à Strasbourg, docteur en Sorbonne ès anthropologie religieuse et histoire des religions, docteur en théologie de l'Institut Catholique de Paris, titulaire d'une maîtrise (Arts Sacrés), il a soutenu une thèse sur la « fonction ministérielle de la musique sacrée » (Vatican II, SC 112). Michel Steinmetz est prêtre du diocèse de Strasbourg. Il est actuellement curé de la communauté de paroisses Saint-Maurice et Saint-Bernard à Strasbourg.

« La musique des peuples éloignés par l’espace n’a-t-elle pas les mêmes droits que celle des peuples éloignés par le temps ? »
Julien Tiersot, Notes d’ethnographie musicale, 1905

Dans son dernier ouvrage, Corinne Schneider, musicologue et productrice à France-Musique, nous invite à un voyage dans le temps et les grands espaces, à la recherche des « transferts culturels » musicaux dus à l’itinérance des compositeurs occidentaux. La période qu’elle couvre s’étend, grosso modo du XVe siècle (Jacob Obrecht invité à Ferrare en 1487 par la puissante dynastie d’Este), à nos jours (Voyage par-delà les fleuves et les monts de Hugues Dufourt, 2010), de la musique de la Renaissance à la création la plus contemporaine. Les sources de cette étude, érudite mais parfaitement accessible au grand public cultivé, consistent principalement en écrits intimes, mémoires et journaux de voyage, correspondances, entretiens et articles de presse. La bibliographie (p. 221), rassemble une cinquantaine d’auteurs, de Berlioz à Stockhausen, de Mozart à Ravel, en passant par Chabrier, Wagner, Bartók, Gottschalk, Liszt, Debussy, Steve Reich, Claude Vivier, etc. L’ouvrage aborde tout d’abord les raisons qui poussèrent compositeurs et interprètes à voyager, puis s’intéresse aux moyens de transports utilisés et s’achève sur l’évocation de l’appel de la mer et du grand large.

Cet ouvrage s’étale dans la longue durée, de la Renaissance à la fin du XXe siècle. Il a pour objet de relater les événements, de définir les mouvements, les idéologies qui, depuis l’Europe, ont façonné le monde contemporain. La modernité européenne est étudiée sur les plans philosophique, politique, sociologique et artistique. L’auteur s’interroge : « La modernité a-t-elle (ou non) nourri le monstre du totalitarisme par le biais de sa définition abstraite de l’État ? » « Le modernisme en Art contenait-il (ou non) des éléments du fascisme via l’instauration d’une dictatures des médiocres et des sans-talent ? » (dernière de couverture). La modernité s’est efforcée d’émanciper l’homme et de proposer un discours de raison. Nicolas Papadimitriou — Professeur de Civilisation européenne moderne à l’Université Ionienne — considère la modernité « comme une expérience de vie pour atteindre la création artistique… » ou encore « comme espérance, déception, acte engagé, interprétation » et observe qu’il s’est attaché « à la décrire pour la retrouver. » (p. 7). Il définit donc la modernité européenne « comme position philosophique, bouleversement politique, point de vue social et perspective artistique ».

Jean-Luc Caron, médecin, musicologue et critique musical, s’est hautement spécialisé dans la musique nord-européenne et ses divers contextes historique, artistique et sociologique. Après s’être fait remarquer par ses livres sur Jean Sibelius et Edvard Grieg et La musique danoise et l’esprit du XIXe siècle, dans son nouvel ouvrage préfacé par le Professeur David Fanning (Université de Manchester), il situe Carl Nielsen « entre tradition et modernité ».

Carl Nielsen — le plus célèbre des compositeurs danois — est né le 9 juin 1865 en Fionie près d’Odense et mort le 3 octobre 1931 à Copenhague. En 1897, il est cornettiste à l’Orchestre militaire d’Odense et, quatre ans après, bénéficiera d’une formation musicale à Copenhague. Son œuvre assez hermétique comporte notamment 6 symphonies, 3 opéras, un Concerto pour violon (1911) très remarqué par Yehudi Menuhin, un Concerto pour flûte (1926), un Concerto pour clarinette (1928) et deux Fantaisies pour hautbois...

Musicologue et productrice à France-Musique, Corinne Schneider part du constat que « Les voyages sont inscrits au cœur même de la vie musicale » et que Mendelssohn, Liszt, Saint-Saëns, Rimski-Korsakow… se sont « confrontés à la réalité des cinq Continents ». Elle démontre que les compositeurs y découvriront de nouveaux rythmes, d’autres formes et enrichiront leur paysage sonore.
Les voyages sont utiles pour se former, trouver un poste, répondre à une commande, mais aussi pour pratiquer le tourisme et le thermalisme (H. Berlioz à Plombières en 1856… ; Ch. Gounod à Spa en 1872) ou simplement par curiosité. Une remarquable Bibliographie concerne des écrits des compositeurs (journaux, carnets, mémoires, correspondances, p. 221-226). L’Index très imposant démontrerait à lui seul l’impact des voyages (allant de H. Schütz et de la famille Bach jusqu’aux musiciens contemporains).

Ce deuxième volume des écrits de Jean-Claude Risset (après le premier volume, Composer le son. Repères d’une exploration du monde sonore numérique, publié en 2014 dans la même collection) approfondit la présentation d’un univers musical novateur, fondé sur une nouvelle lutherie et une « nouvelle acoustique », résultant d’une meilleure connaissance physique du phénomène musical. Le numérique change la manière de composer. L’analyse et la synthèse numériques du son exercent un impact sur la perception musicale : les illusions auditives et la psycho-acoustique nourrissent également le travail du créateur, qui dispose de nouveaux outils (contrôle en temps réel, contrôle gestuel, le catalogue des sons synthétisés par l’ordinateur, les sons paradoxaux, etc.). Un grand chapitre est consacré aux textes de J.- C. Risset sur ses propres œuvres.
Jonathan Bell
© L'ÉDUCATION MUSICALE 2019

Avec ses 202 petits morceaux (« morcelets » plus ou moins longs -de 4 à 78 mesures...- et plus ou moins difficiles), ce Manuel de piano original, déjà très diversifié dans le seul vol. 1, offre une vaste mine de perles musicales qui raviront pianistes débutants et chevronnés. Conçu comme « un jardin où il fait bon se promener », le compositeur pédagogue du piano a préféré laisser professeurs et élèves découvrir son univers musical dans l’ordre de création des pièces, tout en proposant un « itinéraire conseillé » (par volume, mais également pour l’ensemble), visant une progression en difficulté croissante. Chaque volume est indépendant, mais le tout constitue une entité pédagogique cohérente et très profitable.

La Revue de l’Association d’histoire de la flûte française, à l’initiative de Pascal Gresset, intéresse non seulement les flûtistes et facteurs, mais aussi les mélomanes. Selon la formule de cette publication très bien imprimée, elle est accompagnée d’illustrations. Les lecteurs y trouveront des contributions plus techniques concernant Une méthode et quelques considérations de Philippe Lesgourges, présentée de façon vivante par le biais d’un entretien avec Émilie Liéven ; un deuxième article sur le flûtiste André Jaunet (1911-1988) relatif à sa carrière en France et en Suisse ; des renseignements sur la facture et les facteurs, sur les Flûtes Boie, les qualités du son, les techniques, L’inventeur de la clé de Si b du pouce (Böhm ou Briccialdi ?) par Ludwig Böhm, sans oublier la démarche comparative entre le Merle Noir (Olivier Messiaen) et les Cinq Incantations pour flûte seule (André Jolivet). Ce numéro continue à relever les œuvres dédicacées à Theobald Böhm). Ces articles de fond, dont l’intérêt n’est pas à démontrer, sont complétés par un regard sur l’actualité éditoriale (2018) : Disques, Partitions, Livres. Publication de bon augure pour l’année 2019…
Édith Weber
© L'ÉDUCATION MUSICALE 2019

 

Paru dans la Collection « Le violon rouge », ce livre s’impose d’emblée par ses sources (André Caplet, Carl Flesch, Dominique Hoppenot, spécialistes et virtuoses du violon) et la solide expérience pédagogique de Maïté Louis, violoniste, concertiste et professeur au CNR de Grenoble, élève des plus grands maîtres, régulièrement invitée en France et à l’étranger. Elle livre un exposé très personnel et « réfléchi d’une démarche synthétique, fruit d’une expérience dans la longue durée qui en fait le prix » (Avant-Propos d’A. Galpérine).
Dans les trois parties, l’auteur traite Les premières années d’apprentissage : lecture, jeu, technique de l’archet, écoute active et qualité sonore, le détaché, le vibrato… ; Le répertoire : recueils techniques, suggestions, question des éditions concernant aussi la musique ancienne ; la dernière partie, abordant divers contextes (coussin, relation aux parents, concert et examen, source d’épanouissement…), aboutit à sa vision très personnelle de l’enseignement, placée sous le signe du « plaisir » qui

Depuis le lancement de l’Esthétique musicale, en Sorbonne dans les années 1950, par le Professeur Étienne Souriau, puis Robert Francès, Michel Imberty, Ivo Supicic…, la discipline a beaucoup évolué et, au XXIe siècle, le langage musical est devenu de plus en plus complexe. C’est pour cette raison qu’Anthony GIRARD et Philippe MALHAIRE ont fondé cette nouvelle Revue d’esthétique et d’analyses musicales des XXe et XXIe siècles, suite à « la nécessité de mieux faire connaître la postmodernité musicale ».

Les deux directeurs ont le même profil de compositeur et d’enseignant, et ont fait leurs études notamment à l’UFR de Musicologie de l’Université Paris-Sorbonne. La revue propose des articles de fond sur des thèmes d’actualité, des analyses

Laurine Quetin, qui dirige avec tant d’autorité la Revue Musicorum, a confié la responsabilité éditoriale du numéro 20 à Pierre Degott et Albert Gier, spécialistes de la civilisation anglophone et du théâtre musical particulièrement vivant et populaire Outre-Manche. Aux XIXe et XXe siècle, la comédie musicale en français est cultivée par Adolphe Adam (1803-1856), Jacques Offenbach (1819-1880), Louis Aubert (1877-1968) ; le genre en allemand est représenté par Johann Strauss (1825-1899) puis Franz Lehar (1870-1948).

En Angleterre, la comédie musicale persiste et se renouvelle dans la plus grande diversité, son pouvoir de fascination est démontré dans les 19 études spécifiques, témoins de l’histoire sociale, culturelle, littéraire et musicale. La visée pluridisciplinaire sert de motif conducteur, dans les articles en français, anglais et allemand. Ce numéro est structuré en 3 parties. La première concerne « Les fondements du genre de James Robinson PLANCHÉ (1796-1880) à G[ILBERT] & S[ULLIVAN] », le théâtre musical,

Ce très bel ouvrage, paru aux éditions Hermann sous la direction de Màrta Grabócz et de Geneviève Mathon, présente les actes du colloque international organisé en hommage à François-Bernard Mâche pour son 80e anniversaire. L’ouvrage est accompagné d’un DVD qui offre des extraits du colloque, ainsi qu’un concert donné à Strasbourg par l’ensemble Accroche Note. À travers plus d’un vingtaine d’interventions regroupées en cinq thématiques, on y découvre comment le compositeur-musicologue né en 1935 s’est frayé une voie tout à fait singulière à une époque ou la création contemporaine se résumait trop souvent à deux camps opposés : celui du sérialisme intégral d’une part, et celui des “néo-classiques” de l’autre. C’est avant tout par le concept de zoo-musicologie que Mâche a pu développer une esthétique du naturalisme sonore, conduite par les analogies de fonctionnement entre musiques humaines, non-humaines, et sons du biotope. Mâche défend l’idée d’une fonction esthétique chez l’animal, et dans plusieurs de ses oeuvres, des instruments dialoguent avec des enregistrements de sons animaux, transcrits très précisément à l’aide de sonagrammes. Ce qu’en science on nommera “schéma invariants”, Mâche le formule plutôt par la notion d’ archétype sonore, qui est au coeur de sa réflexion et de sa création musicale. Cette notion l’amène même à défier la vision historisante de la musique : “On devrait abandonner l’idée que la dimension historique est la seule clef d’interprétation des phénomènes humains [...]

L’auteur, sociologue, est spécialiste du jazz autour de 1950 et de la Nouvelle Vague (New Wave). Il connaît à fond l’univers de John Coltrane (1926-1967), célèbre saxophoniste auquel il a consacré un livre en 2017 (chez le même éditeur). Il plonge les lecteurs dans la culture noire-américaine, caribéenne et africaine et dans le monde du saxophone, sans perdre de vue les divers contextes historiques, sociologiques et culturels.

Roland Guillon présente « deux hérauts de la musique noire » : c’est-à-dire les deux héritiers de John Coltrane : Archie SHEPP et Pharoah SANDERS. Le premier (né en 1937) fait ses débuts en concerts vers 1960. D’abord professeur dans un collège, il s’intègre aussi dans le milieu littéraire et musical noir à New York, il lance de nouvelles formes d’expression de sa communauté aux Etats-Unis, puis en Afrique et aux Caraïbes, au bénéfice de la culture afro-américaine, en insistant sur la sensibilité harmonique d’avant-garde dans laquelle tonalité et atonalité voisinent au milieu de l’effervescence rythmique. Le second, Pharoah SANDERS, (né en 1940) a eu la chance

Depuis les manuscrits médiévaux et les efforts des copistes jusqu’à l’édition (musicale) informatique, de nombreux procédés (voire « astuces ») ont été exploités pour conserver les œuvres (neumes, lettres, syllabes, notes), mais ce rememorationis subsidium restait visuellement inexpressif.

La notation pour le luth possède la particularité « de noter non pas les notes de musique mais la place de la main gauche sur la touche », ce qui permet de préciser les altérations et d’obtenir une « sorte de photographie des pratiques des instrumentistes du XVIe siècle », source également très fiable pour l’interprétation d’œuvres vocales (chansons, motets…) et instrumentales (danses, fantaisies…), étant entendu que certaines altérations font défaut dans les tablatures de clavier. En technicien averti et fin connaisseur du répertoire, Gérard Geay — compositeur, luthiste, musicologue, spécialiste de l’œuvre d’Albert de RIPPE, enseignant, producteur à Radio France, créateur du Département de Musique ancienne au CNSM de Lyon, Doyen du Centre de Musique ancienne de Genève… — traite avec une rare pertinence les

Luc Charles-Dominique, membre de l’Institut Universitaire de France, professeur à l’Université de Nice-Côte d’Azur, cofondateur et Président du Centre International de Recherches Interdisciplinaires en Ethnomusicologie de la France (CIRIEF), est spécialiste des transferts culturels. Il a réalisé une rare prouesse éditoriale (667 p. au format quasi A4, très denses) dans la longue durée (5 siècles), un vaste espace géographique (Europe de l’Ouest, Europe de l’Est), relevant de plusieurs contextes (social, sociologique, sociétal et économique), ayant pour acteurs les tsiganes présents en Europe depuis le XVe siècle et les « Bandes de violons » rayonnant en France depuis le XVIIe siècle.

L’hypothèse concerne « le transfert culturel des anciennes bandes de violons des Tsiganes d’Europe centrale » (p. 573, conclusion). L’auteur propose aussi « une nouvelle approche de la technique et du jeu violonistiques des anciens ménétriers, violonistes notamment à la Cour de France, à partir de l’étude des consorts populaires actuels de violons de certaines régions d’Europe occidentale (Italie), centrale et balkanique ».

Ce petit livre de 149 pages se lit très facilement. Il constitue un guide de poche indispensable à tous ceux qui veulent tout savoir sur l’univers du violon. En effet Régis Boulier expose de manière très condensée et précise les origines de l’instrument, les compositeurs qui ont écrit des œuvres importantes, les grands interprètes qui en ont fait un instrument phare, des indications de représentations remarquables du violon, sa fabrication (comprenant quelques dessins très ludiques), les luthiers et archetiers de renom, ainsi que des citations.
On y trouve également un dictionnaire du violoniste donnant des renseignements sur ce que l’on peut rencontrer comme indications sur une partition. Enfin Régis Boulier termine son livre par une sélection de disques, documentaires, livres, films et liens internet, donnant un éclaircissement global explicite sur l’instrument.
Marie Fraschini.
© L'ÉDUCATION MUSICALE 2018

 

Le numéro 30 de la revue musicale Euterpe (juillet 2018) se consacre à un thème qui paraît déjà fort rebattu : « Nature et musique française de Debussy à nos jours ». Son mérite est précisément de nous apprendre tant de nouveaux détails sur le sujet. Stéphan Etcharry commence par nous éclairer, parfois nous illuminer, quant à la traduction musicale de la lumière dans cette musique, chez d’Indy, Debussy, Ravel, Dukas, bien sûr, mais aussi chez d’autres moins célèbres comme l’excellent Déodat de Séverac, voire l’inconnu (de nous) Gabriel Dupont. La conclusion est le plus intéressant de l’ensemble. On aurait même souhaité qu’elle ouvre une nouvelle partie. Cette recherche de lumière française serait une réaction au « clair de lune allemand », celui de Beethoven, puis probablement de Wagner, en tout cas celui du Kaiser, auquel la France est allergique après 1870. C’est alors aussi, peut-on ajouter, que notre flûte nationale s’envole loin des fanfares germaniques, que légèreté française, prônée par le dernier Nietzsche, s’émancipe des pesanteurs germaniques, accompagnée, donc, apprend-on, par les rayons du soleil.

Quiconque évoque aujourd'hui le nom de Charles Gounod pense aussitôt à Mireille, à Faust, voire à Roméo et Juliette, trois ouvrages lyriques fameux qui tiennent encore la dragée haute à la domination de ses confrères italiens sur nos scènes internationales.

Le principal objet de ce livre consiste donc à extraire des limbes de l'oubli Le Tribut de Zamora, dernier opéra du compositeur, que beaucoup considèrent comme un sinistre pêché de vieillesse. De prime abord, le livre attire l'œil, suscite l'étonnement ; l'illustration surannée de sa couverture, en cartonnage rouge et or, ainsi que le grain ouaté du papier et son délicieux fumet lui confient une solide autorité, ce que corrobore l'excellent contenu.

Rédigé d'une plume élégante et limpide par Gérard Condé, le premier chapitre a le mérite de réconcilier son auteur avec cet opéra, qu'il considérait pourtant dans sa récente monographie sur Charles Gounod, comme un dernier opus faible et conventionnel. Son texte expose les circonstances de la création, les détails de sa commande, le choix des interprètes jusqu'au succès de l'œuvre, souvent cristallisé par le final héroïque des premiers et troisièmes actes, dont il est rappelé à juste titre son lien avec le patriotisme altier de la Troisième République.

Nous nous permettrons de rappeler d’abord que le Père Daniel Moulinet, prêtre du diocèse de Moulins, est un historien, titulaire en 1992 d’un doctorat conjoint en théologie (Institut Catholique de Paris) et en histoire (Université Paris IV-Sorbonne). Il travaille spécialement sur l'histoire religieuse de la France contemporaine, notamment le courant catholique intransigeant du XIXème siècle et le concile Vatican II. Il a publié récemment aux éditions Beauchesne : La liturgie catholique au XX° siècle. C’est en quelque sorte un aspect particulier de cette réflexion qui a fait l’objet des journées d’études dont nous avons ici les actes.

Après une introduction qui dresse un état des lieux qu’on pourrait résumer crument par le titre d’un grand journal italien au lendemain des élections italiennes de mars dernier, une première conférence de fond expose les données du problème. Le titre en est Enjeux théologiques et ecclésiaux du chant liturgique en France cinquante ans après Vatican II. Après s’être demandé « Pourquoi chanter aujourd’hui ? », l’auteur s’efforce, dans un propos un peu caricatural, de nous montrer que ce n’était pas mieux avant. Un peu caricatural parce qu’on ne peut réduire le répertoire d’avant 1945 aux seuls exemples qu’en donne l’auteur. C’est un peu comme si on réduisait tout le renouveau actuel aux chants de Raymond Fau…

Cette excellente revue spécialisée, dirigée par Pascal Gresset, s’adresse non seulement aux flûtistes et facteurs, mais aussi aux historiens et mélomanes. Ils liront avec intérêt des témoignages pris sur le vif de Claire Soubeyran (1949-2018), facteur de flûtes traversières baroques ayant depuis 1979 produit plusieurs milliers d’instruments. Ils y trouveront des précisions sur le « style de facture », la restitution de parties manquantes, les profils et graphes des modèles ainsi que sur le choix du matériau (ébène, buis, olivier, éventuellement ivoire). Ils seront renseignés sur les secrets de fabrication ou de restauration.

Henri Gohin, spécialiste mondialement reconnu, exploite la flûte traversière historique (modèle baroque à une clé) et la flûte conique de Boehm. Il a largement contribué à la redécouverte de la flûte traversière du XVIIe siècle à nos jours.

La carrière de l’auteur de Coppelia — entre la Révolution de 1848 et la Guerre de 1870 — sort de l’ordinaire. Né en 1836 à Saint-Germain du Val (Sarthe), il est mort à Paris en 1891. Son itinéraire artistique le mènera du Théâtre des Bouffes-parisiens au Conservatoire National, puis, en 1884, à l’Institut de France. De son vivant, il avait été quelque peu affublé d’une image dégradante baignant dans l’incompréhension.

Pauline Girard, spécialiste de l’histoire des spectacles, a été Conservateur en chef de la Bibliothèque Historique de Paris et a aussi travaillé à celle de l’Opéra. Ces deux expériences et sa solide formation de chartiste lui ont permis d’aborder avec sérieux et opiniâtreté un sujet aussi neuf que complexe et de rendre justice à Léo Delibes. Ce compositeur a pris ses distances vis à vis de Jacques Offenbach (1819-1880) et deviendra un révélateur de ballets original et un homme de théâtre soucieux de plaire au grand public. Ses œuvres marquées par une certaine complaisance et sentimentalité se distinguent par leur facture vocale souple et font preuve d’un bon sens de la chorégraphie.

Généralement, les autodidactes ont soif d’apprendre et se montrent réceptifs à l’enseignement de la théorie musicale (solfège) qui n’avait pas toujours eu bonne presse. Le voilà réhabilité, bénéficiant d’une remarquable présentation typographique avec d’excellents tableaux synoptiques très instructifs. La consultation est facile et la progression logique. Will Metz va droit à l’essentiel, privilégie un style direct et accessible. Les objectifs sont fixés dès la Préface, le Plan général (p. 16) tient lieu de table des matières, sans renvoi aux pages.

L’auteur dégage 5 composantes de la musique : Notes (y compris la notation à la guitare et la notation anglo-saxonne) ; Rythme ; Mélodie ; Polyphonie ; Harmonie à l’appui de dessins et croquis très suggestifs, sans oublier les différentes modes. (Un regret : l’absence d’un Glossaire des principaux termes techniques). Will Metz est fidèle à son objectif — qui est aussi celui des autodidactes — : « comprendre ce qu’il faut de théorie musicale afin d’avoir une vision limpide de ce que l’on joue (ou écoute),