KOŽELUCH : Six sonates faciles pour clavier édité par Christopher Hogwood. Urtext Bärenreiter : BA 11565.

Succédant à Mozart en 1792, Léopold Koželuch (1747-1818) est une figure musicale parmi les plus importantes de Vienne. Excellent pianiste, professeur, il est le compositeur « le plus aimé des jeunes » dont la musique « pure » et « agréable » aurait inspiré la « vogue du piano-forte ». Ses cinquante sonates pour clavier sont considérées comme des « modèles de perfection classique dans la forme, la ligne et la fluidité ».
Les sonates 37 en Sol M (1807), 47 en Mib M, 7 en Ré M (vers 1781), 46 en Do M (Arietta con variazioni )10 en Fa M, 14 en Sol M ont été sélectionnées spécialement pour les jeunes pianistes.
Aucun manuscrit autographe de ces Six sonates faciles n’est connu à ce jour. Les sources sont composites et les propositions de l’éditeur sont notées entre crochets ou par des liaisons en pointillé. L’écriture de ces sonates composées « pour clavecin ou piano » (sauf la sonate 37 attribuée au piano), montre une manière de jouer encore bien « 18ème » et « clavecin » : aucune indication de pédale, différentes sortes de staccato, arpègements, appoggiatures, préparations et terminaisons de trilles ; mais le peu de signes de dynamique conduit l’interprète à une certaine liberté d’expression.
Ces sonates faciles, charmantes et agréables à jouer sont à mettre au répertoire des jeunes pianistes à partir de la fin du premier cycle.

Sophie Jouve-Ganvert
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Alexandre FLENGHI : Rorschach pour piano. Delatour : DLT2814.

Laissons l’auteur présenter lui-même son œuvre : « Les taches de RORSCHACH constituent un test de type projectif composé de dix planches symétriques. Étant présentées une à une à un patient qui les interprétera librement sous l’écoute d’un psychologue : ce dernier pourra alors émettre un diagnostic de personnalité en explorant l’inconscient de l’individu. Les dix pièces de ce recueil livrent un regard inspiré de ces fascinantes et inquiétantes éclaboussures : leur brièveté ne laissera à l’auditeur qu’une simple impression, comparable à l’illusion d’un rêve qui s’évanouit au petit matin. Dénuées volontairement de titres afin de ne pas éveiller la moindre influence, à vous d’explorer les profondeurs de l’esprit en dévoilant votre exécution pianistique. »
Certes, ces dix pièces ne comportent pas de titre, mais à la place du titre se trouve précisément la tache évoquée par la musique. C’est donc à une mise en œuvre fascinante des taches qu’est invité l’interprète.
Daniel Blackstone
© L'ÉDUCATION MUSICALE 2020

Antoine REICHA : 34 Études dans le style fugué opus 97 Cahier 4 : livre 2 – Études 27 à 34. Édition Michael Bulley. Symétrie : ISMN 979-0-2318-0841-4.

Voici la publication du quatrième et dernier cahier des 34 études dans le genre fugué op. 97 de Reicha. Il contient les études 27 à 34. Cette édition est fondée sur celle d’Érard parue en deux volumes en 1820. L’œuvre fut rééditée en 1840 par Schonenberger. Comme dans les précédents cahiers, chaque étude se présente en deux pièces : « une étude qui n’est pas fuguée » et un « morceau fugué qui n’est pas une étude ».
En tant que professeur de fugue et de contrepoint, Reicha avait déjà publié 36 Fugues en 1803 et 6 Fugues en 1810 puis une autre en 1824.
Même si l’on peut faire un rapprochement avec les Préludes et Fugues du Clavier bien tempéré de Bach, par la présentation, l’esprit est beaucoup plus léger et le style varié, plein d’inventions : on y trouve une Folie d’Espagne, un « air entendu dans une rue de Paris », une Enharmonique (souvenir de Rameau ?), un Andante maestoso dans le style des mouvements lents de Bach, des variations, un petit souvenir d’une célèbre passacaille de Haendel (Étude 32) …Il se permet même ce que l’on pourrait prendre pour un clin d’œil : terminer cette longue série de pièces fuguées par une simple cadence parfaite formée de deux simples accords plaqués. Dans ses « remarques sur quelques morceaux », (Études 1, 2, 3, 5, 6, 7, 8, 11, 15, 16, 17, 20 24, 26, donc dans les précédents cahiers), Reicha conseille et instruit les « jeunes compositeurs » en expliquant, proposant, analysant quelques passages typiques de ses études. Il nous renseigne aussi de ce fait sur l’évolution du langage et de l’écriture.
Il serait temps de redécouvrir les œuvres pédagogiques de Reicha, remarquables par leur efficacité, leur inventivité, leur intérêt, leurs qualités techniques et musicales. N’oublions pas que Berlioz, Liszt, Gounod, Onslow et Franck figurent parmi ses élèves.
Sophie Jouve-Ganvert
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Mike CORNICK : Ragtime blues and more. Pour niveau intermédiaire et au-dessus. Universal : UE 21780.

Précisons d’abord que ce « niveau intermédiaire correspond pour nous à une fin de premier cycle. L’ensemble des onze pièces présentées ici constitue un panorama allant du ragtime au be-bop et aux autres formes de jazz. Agréables et fort bien écrites, elles peuvent facilement constituer une véritable initiation à ces différentes formes de musique qu’on ne peut en aucun cas ignorer et qui procureront à leurs jeunes interprètes beaucoup de plaisir. Elles constituent aussi une invitation à l’improvisation qu’il ne faut jamais négliger. Bref, on ne peut que remercier cet auteur de fournir ainsi aux élèves une musique de qualité et pour tous niveaux.
Daniel Blackstone
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Matthieu STEFANELLI : Ombres chinoises 7 études – pantomimes pour piano. Lemoine : 29479 H.L.

Ce recueil fait suite à Jeux de mimes dont nous avons rendu compte dans la lettre 101 de mars 2016.Le propos de l’auteur est de « résoudre des difficultés techniques par la gestuelle avec du théâtre musical ». On pourra écouter l’ensemble du recueil sur YouTube https://www.youtube.com/watch?v=5j_NCQhe_OU ce qui permettra de se rendre compte de la qualité musicale des œuvres proposées. Bien loir de l’exercice d’école, chaque pièce est un petit tableau poétique et évocateur. Toutes sont précédées d’un petit « chapeau » technique donnant les indications pour vaincre les difficultés qu’elles recèlent. Elles sont classées par niveau de difficulté et commencent par le début du deuxième cycle pour finir par une étude de virtuosité. Mais l’ensemble a suffisamment d’unité pour constituer une partie d’un récital…
Daniel Blackstone
© L'ÉDUCATION MUSICALE 2020

Hans-Günter HEUMANN : Mini Maestro 3. 50 petites pièces pour piano. De facile à moyen. Schott : ED 23200

Comme les deux précédents, ce volume contient cinquante pièces allant de Pachelbel à… Hans-Günter Heumann en passant par Bach, Mozart, Beethoven, Chopin, Grieg, et bien d’autres. Précisons qu’il ne s’agit pas ici d’arrangements mais que les pièces sont publiées dans leur texte original. Ajoutons que si les auteurs sont célèbres, les pièces ne le sont pas forcément et qu’on découvrira ainsi tout un répertoire trop méconnu. Ajoutons qu’on trouvera également en prime trois pièces surnuméraires pour piano à quatre mains. Tout cela constituera une source de répertoire pour les professeurs mais pourra constituer aussi une occasion intéressante de déchiffrage pour les élèves.

Daniel Blackstone
© L'ÉDUCATION MUSICALE 2020

Hans-Günter HEUMANN : Pianotainment Christmas 100 célèbres pièces de Noël de Haendel à Mariah Carey. Schott : ED 23068.

Nous sommes toujours heureux de retrouver depuis tant d’années les transcriptions et adaptations de Hans-Günter Heumann faites avec tant de goût et de respect des originaux. Ce copieux album ne déroge pas. C’est tout un panorama des chants et airs de Noël que nous brosse l’auteur. Nous ne citerons évidemment pas les cent titres proposés. Nous y retrouvons bien entendu Es ist ein Ros’entsprugen (en français : Dans une étable obscure) qui, au passage, date de 1599 : on voit que la référence à Haendel ne marque pas forcément une date précise de début de la sélection…, mais aussi un Noël angevin dans la version de César Franck extraite de « L’organiste » qu’on est heureux de retrouver ici. Bien sûr, ce recueil fait la part belle aux Noëls allemands, mais qui sont devenus universels, et puis on retrouve au passage le White Christmas de Bing Crosby. On y trouve aussi des pièces qui ne sont pas des Noëls mais qui se trouvent cependant dans l’ambiance de Noël telles que plusieurs extraits du Casse-Noisette de Tchaïkovsky. L’ensemble est abordable pour un bon pianiste amateur et devrait permettre d’animer joyeusement les fêtes de Noël. De quoi oublier un peu l’ambiance peu festive dans laquelle nous risquons de passer ce Noël. A consommer sans modération !
Daniel Blackstone
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Aldo SCELLI : Selina Song pour piano. Élémentaire. Lafitan : P.L.3688.

Voici un beau cadeau de naissance pour la petite Sélina, fille de l’auteur… Cette réjouissante partition lui plaira sûrement quand son papa la lui jouera et, peut-être, quand elle la jouera elle-même, nettement plus tard ! Construite en bonne partie sur le rythme 2 croches 2 croches croch’ deux doubl’ deux doubl’ croche qui lui donne un air dansant et sautillant fort agréable, la pièce module avec élégance et un petit air dégingandé bien sympathique. Trois parties avec reprises se succèdent, donnant à l’ensemble une grande variété dans l’unité rythmique. L’interprète pourra y déployer toutes ses qualités musicales.

Daniel Blackstone
© L'ÉDUCATION MUSICALE 2020

Hans-Günter HEUMANN : Galaxy piano. 20 pièces galactiques faciles pour piano. 1 vol. 1 CD. Schott : ED23203.

On est toujours très heureux de retrouver les productions de Hans-Günter Heumann qui invite ici ses interprètes à entreprendre un voyage dans les étoiles. Chacune des pièces comporte un titre évocateur : Promenade sur la lune, rencontre d’extra-terrestres, voyage vers la grande ourse, tout est permis à notre jeune pianiste voyageur autant que rêveur. Malgré la facilité, chaque pièce permet de recréer une ambiance. Souhaitons que beaucoup de jeunes pianistes entreprennent ce voyage, aidés par le CD remarquablement enregistré par l’auteur.

Daniel Blackstone
© L'ÉDUCATION MUSICALE 2020

Tristan MURAIL : Le rossignol en amour pour piano. Lemoine : 29504 H.L.

Créée le 15 septembre 2019 au Festival « Les solistes à Bagatelle » par Fabrizio Chiovetta, cette pièce est ainsi présentée par l’auteur : « Au mois de mai, dans la haie de chênes verts, en face de la terrasse, un rossignol a élu domicile. Tout le mois, jour et nuit, il a chanté : il était très amoureux. Hormis le titre, cette pièce n’a aucun rapport avec la pièce homonyme de François Couperin… Les chants du rossignol – qui sont d’une grande variété et d’une grande fantaisie – ont été analysés à l’aide de logiciels d’analyse spectrale, puis traités par divers algorithmes (transposition, dilatation temporelle, « stretching » séquentiel…).
Ainsi apparaissent éléments mélodiques, couleurs harmoniques, etc., tous extraits et dérivés du chant du rossignol ».
L’ensemble correspond bien au langage habituel de l’auteur, plein de délicatesse et jouant avec bonheur des timbres et des diverses possibilités de l’instrument. C’est donc une pièce à déguster sans modération…
Daniel Blackstone
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Florent NAGEL : Pièces jointes – 7 études pour piano. Combre : CO 6824.

Élève d’André Dumortier puis de Marcel Bitsch et Claude Ballif, ce compositeur, auteur de nombreuses pièces pour piano, de mélodies, d’œuvres de musique de chambre, a été découvert par le grand public en raison du succès considérable qu’il a obtenu avec Alice au Pays des Merveilles pour piano à quatre mains et récitant. Toutes ces sept études ont un titre et constituent chacune un paysage, une ambiance musicale de grande qualité. On pourra s’en faire une idée précise en en écoutant quelques-unes sur YouTube interprétées par le compositeur qui est en même temps un remarquable pianiste qui mène également une belle carrière de soliste.
Daniel Blackstone
© L'ÉDUCATION MUSICALE 2020

Tristan MURAIL : Cailloux dans l’eau pour piano. Lemoine : 29394 H.L.

Tristan Murail nous offre, avec ces « cailloux » une relecture des Reflets dans l’eau de Debussy, une relecture très inspirée qui met en jeu toutes les possibilités poétiques du piano. François-Frédéric Guy nous en livre une interprétation très inspirée sur YouTube https://www.youtube.com/watch?v=mefDFOvt5A4
On y retrouve toute la poésie et la délicatesse de l’écriture du compositeur. C’est vraiment une œuvre à découvrir au plus vite même si, évidemment, elle suppose une maitrise technique absolue. L’auteur précise lui-même les différentes notations qu’il utilise pour recréer les effets et l’ambiance qu’il souhaite et on aura intérêt à suivre à la lettre ces indications.
Daniel Blackstone
© L'ÉDUCATION MUSICALE 2020

Servane MORDACQ : Highlands pour piano. 2e cycle, 3e/4e année. Lafitan : P.L. 3527.

Avec son ambiance un peu folklorique, cette pièce n’est pas sans évoquer certaine ambiance de la musique d’Amélie Poulain, même si Montmartre n’a qu’un lointain rapport avec les Highlands. La Main gauche égrène d’un bout à l’autre des arpèges en doubles croches avec parfois les basses octaviées, tandis que la main droite nous distille une mélodie d’allure folklorique scandée sur un rythme récurent de croche pointée double croche. L’ensemble est dépaysant et traduit bien une atmosphère à la fois mélancolique et envoutante qui peut effectivement évoquer ces paysages sauvages de l’Écosse profonde. L’ensemble est très plaisant et devrait ravir l’interprète.
Daniel Blackstone
© L'ÉDUCATION MUSICALE 2020

Arletta ELSAYARY : Danse des pantins pour piano. Débutant. Lafitan : P.L. 3426.

Construite sur un rythme récurrent sur deux mesures de trois fois deux croches et trois noires, cette charmante petite danse, par des notes altérées judicieusement choisies, est à la fois très classique et un peu surprenante. L’ensemble est plein de bonne humeur et offre à la main gauche l’occasion de chanter de façon un peu lyrique qui contraste avec le rythme obstiné de l’ensemble. Ce sera certainement un véritable plaisir pour les débutants que de découvrir cette pièce pleine à la fois de charme et de surprises.
Daniel Blackstone
© L'ÉDUCATION MUSICALE 2020

Portraits, 45 morceaux originaux pour piano. Edité par Monika Twelsiek. Schott : ED 22632.

Ce florilège invite « à un voyage à travers les époques à la rencontre des personnages les plus divers. Il revient aux pianistes, au gré de leur interprétation, de leur donner vie par la force de leur imagination ». Les auteurs sont classés chronologiquement de François Couperin (1668-1733) à Emile Naoumoff (l962). Le choix des oeuvres est intéressant et sort un peu de l’ordinaire, courant au travers de bon nombre de volumes de ce genre et offre un ensemble de pièces agréable à jouer. Ainsi, nous côtoyons avec plaisir des auteurs anciens comme Reichardt ou Burgmüller, des auteurs modernes comme Satie ou Turina et des contemporains comme E. Toch, D. Dushkin ou K-H. Pick. Mais comment peut-on encore aujourd’hui maltraiter à ce point les « très » anciens Couperin, Rameau en les affublant d’ornements fantaisistes, en gommant ce qui dérange, en inventant des doigtés inutiles, en donnant des traductions approximatives… De grâce ! Aux pédagogues de choisir une édition respectueuse des écrits des anciens maîtres (qui ont laissé des traités et des tables d’ornements), une édition respectueuse des travaux des musiciens qui travaillent à des éditions musicologiques, une édition respectueuse des éditeurs qui proposent des éditions critiques (avec notes, corrections, sources…). Cette partie de recueil est tout à fait dommageable et devrait faire l’objet de corrections sérieuses et appropriées.
Sophie Jouve-Ganvert
© L'ÉDUCATION MUSICALE 2020

 

Ludwig van BEETHOVEN : Klaviersonate opus 27/2, Mondscheinsonate. Wiener Urtext Edition : UT 50433. Édition Hauschild/Reutter/Bloch/Czerny.

La seconde sonate de l’opus 27 fut composée en 1801, après la Sonata quasi una fantasia. Son surnom de Sonate au clair de lune n’est pas de Beethoven et s’est imposé vers 1830. Carl Czerny, élève de Beethoven, parle de « scène nocturne dans laquelle résonne au loin une voix plaintive fantomatique ». Beethoven avait pensé le premier mouvement (sans forme sonate !) comme une pièce séparée ; une annotation visible sur le manuscrit (conservé presque intégralement) le prouve. A cette époque, Beethoven souffre déjà d’une audition défaillante, qui rend sa vie « vide et triste » et le fait passer pour un misanthrope. De plus, il ne peut épouser, n’étant pas de son rang, la comtesse Guilietta Guicciardi, jeune élève à qui il dédiera la sonate (en « seconde main » d’ailleurs !). Les tonalités de do # mineur et de Réb Majeur reflètent cet état de tristesse. Cette nouvelle édition est enrichie grâce à la consultation de plusieurs sources et de courtes notes sur l’interprétation et de commentaires critiques
Sophie Jouve-Ganvert
© L'ÉDUCATION MUSICALE 2020

Pierre BOULEZ : Fragment d’une ébauche, pour piano (1987). Universal Edition : UE 36 098.

Pierre Boulez et Jean-Marie Lehn étaient tous deux enseignants au Collège de France. A l’occasion de son prix Nobel de chimie, le chimiste reçoit en cadeau cette très courte pièce de son collègue musicien. « Le fragment d’une oeuvre à venir pour piano et ensemble instrumental, encore à l’état d’ébauche. Mais pour un prix Nobel, on peut bien faire une exception et livrer une simple ébauche en témoignage de sympathie et d’admiration ». Boulez, lors de la création en 2013 à Strasbourg, explique à son dédicataire présent : « …il y avait ces esquisses qui étaient là, qui attendaient quoi ? rien du tout ! (…). Avec votre nomination (…), il [fallait] faire un cadeau et le cadeau était tout prêt, heureusement (…). Il n’y avait aucune intention (…), c’est un « objet trouvé ». Espérons que ces trente secondes agressives et décousues auront contenté le nouveau prix Nobel !
Sophie Jouve-Ganvert
© L'ÉDUCATION MUSICALE 2020

Ludwig van BEETHOVEN : Klaviersonate, Band 2. Wiener Urtext Edition, Schott/Universal Edition : UT 50428. Edité par Hauschild/Reutter

Ce deuxième volume contient, outre les dix sonates des op. 26, 27/1 (Sonata quasi una fantasia) et 2 (Sonate au clair de lune), op. 28 (Sonate Pastorale), op. 31/1-3 (dont La Tempête), 53 (Walstein), 54 et 57 (Appassionata), composées entre 1800 et 1806, ainsi que l’opus 49 (les deux Sonates faciles).
Contrairement aux sonates du premier volume, nous possédons les manuscrits de travail de la main de Beethoven, de cinq opus, (26, 27/2, 28, 53 et 57) ce qui permet d’en apprécier les techniques de correction. Les erreurs des premières éditions étant très nombreuses, il a été indispensable de comparer nombre d’autres sources pour ce nouveau travail éditorial. Les ajouts y sont indiqués entre crochets ou entre parenthèses.
Ce volume contient une centaine de pages de nombreuses et précieuses notes critiques (versions allemand-anglais) se rapportant à chaque sonate. Ce qui représente un outil de travail indispensable pour tout interprète scrupuleux. Précisons que les doigtés sont de H. Kann (opus 57), de N. Taneda (opus 26), de B. Bloch (opus 27), de P. Gililov (opus 28 et 54) et de G. Ludwig (opus 31), de L. Hokanson (opus 49), et de J. Lateiner (opus 53). Ce « nouveau testament de la musique pour piano » (Hans von Bülow), volume très épais (333 pages) d’une telle qualité éditoriale mériterait une couverture cartonnée rigide.
Sophie Jouve-Ganvert
© L'ÉDUCATION MUSICALE 2020

K 2019 : Mirage, 4 (Hommage) Etudes, Tacto, pour piano. Universal Edition UE 36 069.

Cet intéressant volume recueille les compositions de trois des lauréats du Concours de composition Mauricio Kagel de 2019.
Mirage (d’une durée de 6 minutes) de Ayaz Gambarli (2018) qui a reçu le premier prix, sonne tendrement dans une atmosphère personnelle avec des jeux d’accords, de pizzicati, des jeux de doigts sur les cordes, enveloppés d’un fond de pédale.
4 (Hommage) Etudes de Dimitris Maronidis a obtenu le troisième prix. Chaque courte étude rend hommage à quatre compositeurs en initiant les jeunes étudiants à l’esthétique de la musique moderne de manière agréable. La première rappelle Lachenman, (chef de file du mouvement Klang) en proposant un travail sur les propriétés sonores des agrégats avec une précision rythmique et un jeu très léger de la main accompagnante.
La deuxième est un hommage à György Ligeti en proposant de travailler sur l’exécution de figures rythmiques inégalement longues, en les chevauchant, sur des mouvements pratiquement conjoints et cycliques, notes tenues d’une main sur l’autre, ce qui produit un halo sonore.
Conçue mécaniquement, sur une basse répétitive et staccatissimo, la troisième pièce est un hommage à Steve Reich. La partie supérieure explore les registres aigus sur un seul rythme qui doit être clairement articulé. Avec de jeunes élèves, cette étude peut être jouées à quatre mains.
Forme ouverte pour la quatrième pièce : hommage à Gundega Smite (Shadow Clock in C). Sur une harmonie douce et égrenée, une mélodie ponctue dans le suraigu ses rythmes irréguliers. A chacun de trouver un bon équilibre entre les différentes parties, sans les contrarier.
Tacto, Six etudes for young musicians de Ignacio Brasa Gutierrez (récompensé par une « mention honorable ») est un ensemble de six études aux titres très évocateurs et très bien illustrés : I. Walking on dry leaves, II. On the ice, III. Passacaglia below stalactites, IV. Barefoot on a stony river bed, V. Under shooting stars, VI. On the seashore.
Ces pièces écrites par de jeunes compositeurs méritent d’être proposées à un large éventail de jeunes (et moins jeunes) pianistes, non débutants.
Sophie Jouve-Ganvert
© L'ÉDUCATION MUSICALE 2020

 

Arnold SCHÖNBERG : Sechs kleine Klavierstücke opus 19, pour piano. Universal Edition : UE 37 224.

1. Leicht, zart (léger, délicat)
2. Langsam (lent)
3. Sehr langsam (très lent)
4. Rasch, aber leicht (rapide mais léger)
5. Etwas rasch (assez rapide)
6. Sehr langsam (très lent)

Datées de 1911 (un an avant Le Pierrot lunaire), créées en 1912 à Berlin par Louis Closson, ces six pièces extrêmement courtes, répondent par leur forme dépouillée et leur caractère intimiste, au travail de Schönberg sur la « petite forme ». (On rappellera ici les oeuvres de Webern (opus 5…, 11) qui correspondent à une recherche similaire). En 1909, le compositeur écrit à F. Busoni : « ma musique doit être courte. Maigre ! En deux notes, non pas bâtie, mais « exprimée ». Et le résultat est, je l’espère, sans sentimentalité stylisée et interminablement stérile. C’est ainsi qu’un homme ressent ». Cette miniature intense et subtile dégage lyrisme, drame, poésie, éléments propres à émouvoir, sans pourtant aucun concept de tonalité, ni de mélodie.
Sophie Jouve-Ganvert
© L'ÉDUCATION MUSICALE 2020

Martin STATFELD : Händel Variations. Transcriptions pour piano solo. Schott : ED23283.

Ne nous y trompons pas, plus que des transcriptions, ce sont des réécritures que le compositeur nous propose ici : il ne s’agit pas de variations de Haendel mais de variations sur des thèmes de Haendel. Haendel lui sert de support pour réexprimer dans son propre langage la « substantifique moëlle » des oeuvres transcrites. Quand nous disons « son langage », nous voulons dire un langage qui se situe entre Bach, Beethoven et bien entendu Händel. L’auteur s’en explique dans une longue préface où il précise et justifie ses choix. Il s’agit donc d’une réécriture à la fois fidèle à un certain esprit et en même temps originale. Le tout n’est évidemment pas facile : il s’agit en fait de pièces de concert.
Daniel Blackstone
© L'ÉDUCATION MUSICALE 2020

Servane MORDACQ : Hilltop pour piano. Élémentaire. Lafitan : P.L.3417.

Voici une agréable colline que les élèves se feront certainement un plaisir de gravir. Larges arpèges et octaves risquent de leur rendre l’ascension moins aisée, surtout pour les petites mains. Mais cela fait partie du jeu. Lorsque la main gauche n’est pas arpégée, elle se déploie en pompes qui soutiennent toujours la mélodie. Celle-ci, un peu répétitive (mais ce n’est pas un reproche !) se déploie largement. Le tout sonne comme une rapsodie un peu mélancolique qui ne manque pas de charme.
Daniel Blackstone
© L'ÉDUCATION MUSICALE 2020