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Catégorie : Orgue

Julien BRET : d’après le Quatuor à cordes n°8 de Dimitri CHOSTAKOVITCH. Paris, Le Chant du Monde (www.lechantdumonde.com ), OR4992, 2016, 62 p.

L’orgue, avec ses deux claviers et son pédalier (pour tenir les valeurs longues) — grâce à une registration minutieuse et des sonorités variées — permet, en fait, de rendre une œuvre préalablement prévue pour un quatuor à cordes. Julien Bret (né en 1974) — à ne pas confondre avec Émile Bret (cf. CD Romances et mélodies) —, élève de Louis Thiry et Susan Landale, est actuellement titulaire du Grand Orgue Merklin de l’Église Saint-Ambroise à Paris. Il a réalisé une vraie prouesse dans l’art de la transcription. En hommage à Irina et Dimitri Chostakovitch (1906-1975), il a intitulé cette partition d’orgue : DSCH (représentant sa signature avec quelques lettres de son patronyme et en liaison avec la notation musicale allemande : Ré Mib Do Si, motif qui circulera à travers l’œuvre à la pédale, puis au second et au premier claviers).



Cette Symphonie pour orgue, pièce de concert, est un arrangement d’après le Quatuor à cordes n°8 du compositeur russe. Elle est structurée en 5 parties privilégiant les mouvements lents et expressifs. I. Largo avec entrées successives du motif, de caractère méditatif (sans difficulté de lecture). II. Allegro molto sur un rythme dactylique, puis en mouvement de noires avec une mélodie chromatique aboutissant à des accords bien scandés ff au clavier et un parcours chromatique à la pédale faisant alterner passages à découvert, changements de tonalités, introduction de triolets jusqu’au point d’orgue longuement tenu. III. Allegretto (pour jeux de flûtes) avec trilles, changements de mesures, retour de longs traits en triolets planant au-dessus de la pédale (basse 8’), opposition de nuances dans une vaste progression dynamique comprenant des traits en quintes parallèles aux deux mains, puis sextolets de croches pour la main gauche relayée par la main droite et une longue péroraison au superius. IV. Largo, de caractère pesant, avec accords accentués, opposition de nuances extrêmes (ff et pp) traduisant la douleur et la force. V. Largo avec la voix supérieure à découvert, de longues tenues à la pédale, main gauche et main droite, et rappel du motif initial à la partie supérieure et en imitations.

L’organiste qui abordera cette œuvre monumentale devra notamment être attentif à la lecture des passages chromatiques, respecter scrupuleusement les contretemps et les longues tenues, faire preuve d’une grande agilité digitale, ne pas perdre de vue les sonorités d’un quatuor à cordes et — compte tenu de la longueur de cette Symphonie de concert — rester très concentré. En fait, cette transcription est un défi et son interprétation, une gageure.