René de BOISDEFFRE : Works for Piano Trio. ACTE PRÉALABLE (www.acteprealable.com ). AP 0446. TT : 80’ 43.

Jan A. Jarnicki, directeur du Label polonais Acte Préalable, met son point d’honneur à diffuser l’œuvre de René de BOISDEFFRE, compositeur français injustement tombé dans l’oubli. Né à Vesoul en 1838 et mort à Vézelise (en Lorraine) en 1906, René de BOISDEFFRE a étudié la musique auprès de Charles Wagner et la composition avec Auguste Barbereau. Le Prix Chartier, obtenu en 1883, atteste sa prédilection pour la musique de chambre. Son esthétique se ressent de l’influence du langage polyphonique de J. S. Bach, C. Saint-Saëns et F. Mendelssohn ou encore de la facture mélodique de Ch. Gounod et de J. Massenet.

Katarzyna Dondalska : Me and My World. ACTE PRÉALABLE (www.acteprealable.com ). AP0430. 2018. TT : 70’ 54.

Ce CD fait la part belle à l’univers musical éclectique de la soprano polonaise Katarzyna Dondalska : il réunit certaines de ses dilections, allant d’une version rock de Der Hölle Rache… (La flûte enchantée) de W. A. Mozart au Monde de Warcraft (R. Brower, D. Duke, J. Hayes) en passant par l’Adagio du Concerto pour violon n°4 de Nicolo Paganini (interprété par Maksym Dondalski), Out of my dreams (Richard Rodgers), le Carnaval de Venise (Julius Benedict), Le Jazz hot ! (Henry Mancini) et des pages du chef Stefan Johannes Walter, à la tête de l’Orchestre Philharmonique Koszalinskiej. Carte blanche à la cantatrice réussie.
Édith Weber

Otton Mieczyslaw ZUKOWSKI : Opera omnia saecularia 2. ACTE PRÉALABLE (www.acteprealable.com ). AP0442. 2018. TT : 61’ 59.

Ce 2e CD contribuant à l’Intégrale des œuvres profanes d’Otton Mieczyslaw ZUKOWSKI intercale trois danses pour piano d’Aleksander Zukowski (1879-1911) : Mazurka (pl. 5), Polonaise, op. 18 (pl. 12) et Mazurka op. 15 (pl. 18), interprétées tout en finesse par Ewa Rytel. Plus généralement, les œuvres vocales d’O. M. ZUKOWSKI puisent leur thématique dans la foi et le patriotisme (combat pour la libération et l’indépendance polonaise, la place du polonais dans la vie publique et la prise de conscience historique de ses compatriotes). La mezzo-soprano Beata Koska, le baryton Robert Kaczorowski, le Chœur Kameralny Insieme interviennent ici avec tout leur savoir-faire, selon les configurations requises par les pièces et dirigés d’une main de maître par Monika Bachowska.


Édith Weber

Otton Mieczyslaw ZUKOWSKI : Opera omnia saecularia 1. ACTE PRÉALABLE (www.acteprealable.com ). AP0441. 2018. TT : 63’ 48.

Otton Mieczyslaw ZUKOWSKI est né à Belz en 1867 et mort à Lwow en 1942. Les thèmes abordés par le compositeur relèvent du contexte guerrier : Feu et sang ; Soldat inconnu ; Aux armes, frères ; Notre bannière ; Marin polonais ; Dernier vœux, mais aussi des impressions ressenties au fil des heures : Jour heureux, Bonne nuit. La fête religieuse n’est pas oubliée : À la Saint-Nicolas, Santa Claus ainsi que la douceur dans un monde pénible : Berceuse polonaise. La réalisation de ce programme vocal a associé un nombre important d’intervenants talentueux et investis : 5 solistes vocaux (soprano, 2 mezzo-sopranos, ténor et baryton), 3 pianistes, 2 Chœurs : Podkarpacki Chor Meski et Strzyzowski Chor Kameralny, tous dirigés avec autorité par Grzegorz Oliwa.
Édith Weber

Zygmunt NOSKOWSKI : Complete Songs (vol.) 1, 2 et 3. ACTE PRÉALABLE (www.acteprealable.com ). AP0421. 2018. TT : 64’ 46 ; AP0422. 2018. TT : 64’ 49 ; AP0423. 2018. TT : 55’ 34.

Jan A. Jarnicki a produit, la même année, 3 disques regroupant les pièces vocales du compositeur polonais Zygmunt NOSKOWSKI (1846-1909). Les deux premiers suivent l’ordre numérique d’opus dans son Catalogue, de l’op. 1 (Bajki) à l’op. 77, rendant compte de l’évolution de l’écriture du compositeur pour le répertoire vocal intime. Le dernier CD regroupe les chants sans opus.

Raul KOCZALSKI : String Concertos. ACTE PRÉALABLE (www.acteprealable.com). AP0504. 2018. TT : 47’ 43.

Le pianiste compositeur, davantage connu de son vivant à l’étranger qu’en Pologne, a également écrit d’autres Concertos que les 6 pour piano et orchestre. Son vaste catalogue instrumental comprend, outre deux Symphonies et des pages symphoniques et de chambre…, 4 Sonates pour violon et 2 pour violoncelle. Ce disque permet de découvrir son Concerto pour violon en ré mineur (op. 84), en 3 mouvements : Moderato, Lento sostenuto et Maestoso. Il est interprété par Agnieszka Marucha accompagnée par l’Orchestre Philharmonique de Lublin que dirige Wojciech Rodek. Son Concerto pour violoncelle en Mi majeur (op. 85) est également tripartite : Maestoso, Lento sostenuto, Allegro vivace. Il est interprété avec enthousiasme par Lukasz Tudzierz accompagné par le même Orchestre.


Édith Weber

Raul KOCZALSKI : Piano Concertos 2. ACTE PRÉALABLE (www.acteprealable.com). AP0502. 2018. TT : 56’ 11.

Très jeune, le compositeur et pianiste Raul KOCZALSKI (1885-1948) est considéré comme le « Mozart polonais ». Il connaît un grand succès dans le monde sauf dans son pays natal. Il se perfectionne en piano auprès d’Anton Rubinstein ; vers 1903, il se consacre davantage à la composition, puis revient à une carrière européenne de concertiste mais — interné au début de la Première Guerre mondiale et coupé du monde artistique — il composera des œuvres de musique de chambre. Après un premier CD consacré à sa musique de chambre (Chamber Works 1, APO 383, 2017) par le Label ACTE PRÉALABLE, le Volume 1 comporte deux de ses Concertos pour piano interprétés par Joanna Lawrynowicz — de nos jours, l’une des plus éminentes pianistes polonaises — : le Concerto pour piano n°1 en si mineur (op. 79) de Raul Koczalski (en 3 mouvements), d’esthétique classique et le n°2 en Sol majeur (op. 83), également tripartite (dont le finale Allegro energico se réfère nettement au Concerto en si mineur de Tchaikovsky).
Avec le Volume 2, les deux Concertos pour piano suivants (sur les 6 composés par Raul Koczalski) sont désormais accessibles en premier enregistrement mondial. Joanna Lawrynowicz (piano) les interprète, cette fois accompagnée par l’Orchestre Philharmonique de Lublin (Pologne occidentale), dirigé par Wojciech Rodek, tous deux infatigables promoteurs de la musique polonaise, ont répondu avec enthousiasme à la poursuite du projet d’exhumation de cette musique concertante injustement tombée dans l’oubli. Le Concerto pour piano n°3 en Ut Majeur (op. 125), est structuré en 4 mouvements contrastés : Andantino, quasi allegretto ; Allegretto, deciso ; Lento ; Tempo di marcia ; le Concerto pour piano n°4 en Si b Majeur (op. 130) est également structuré en 4 mouvements : Moderato, Scherzo-Allegretto ; Lento ; Viva con anima, ma non presto.
Édith Weber

Christoph GRAUPNER : For viola d’amore & more. ACTE PRÉALABLE (www.acteprealable.com ). DVD APV002. 2018. TT : 90’ 47.

L’infatigable directeur du Label polonais a consacré ce DVD de plus d’une heure 30 à la recrudescence d’intérêt pour la viole d’amour et la remise à l’honneur du compositeur saxon Christoph GRAUPNER. L’instrument très prisé aux XVIIe et surtout XVIIIe siècles comportait 7 cordes mélodiques et 5 à 7 — voire davantage — cordes « sympathiques » (cordes en métal passant sous les cordes frottées vibrantes par sympathie, sans les toucher, dès qu’on actionne les premières cordes). On compte parmi les compositeurs pour cet instrument Heinrich Biber, A. Vivaldi, J. S. Bach, J-M. Leclair, Joseph Haydn…

Andrzej CWOJDZINSKI : Chamber Music. ACTE PRÉALABLE (www.acteprealable.com ). AP0439 . 2018. TT : 48’ 50.

Ce CD profite des 90 ans du compositeur polonais contemporain pour mettre en valeur et diffuser sa musique de chambre. Andrzej CWOJDZINSKI (né en 1928) a étudié la composition et la direction auprès d’Artur Malawski. Encore étudiant, il dirige le chœur de la Philharmonie de Cracovie. Dès 1967, il est directeur artistique du Festival de piano polonais à Slupsk et le restera 23 années. Il sera à l’origine des Concerts d’orgue à Koszalin. Organisateur musical, il s’est également distingué comme enseignant (Cracovie, Lublin et Gdansk). Il est membre de l’Union des Compositeurs Polonais.

Joanna BRUZDOWICZ : In Memoriam. ACTE PRÉALABLE (www.acteprealable.com). AP0436. 2018. TT : 60’ 53.

Joanna Bruzdowicz (née en 1943 à Varsovie) a étudié notamment au Conservatoire de Varsovie, puis à Paris, auprès de Nadia Boulanger, Pierre Schaeffer et d’Olivier Messiaen. Adhérent au Groupe de Recherches Musicales, elle a soutenu sa Thèse en Sorbonne portant sur « Mathématiques et logique dans la musique contemporaine ». Elle s’installera en Belgique, puis en France. Compositrice engagée, elle a été considérée comme dissidente dans le mouvement d’émancipation polonaise des années 1970. Son catalogue s’étend de l’opéra (La Colonie pénitentiaire, Les Femmes de Troyes, Les Portes du Paradis), à la musique symphonique et de chambre, en passant par des pièces pour enfants, la musique de film et de télévision (en Belgique, France, Allemagne et Pologne).

La pratique musicale scolaire, en France, connaît actuellement un regain d’intérêt pour le chant choral, alors qu’en Suisse, la poésie est encouragée dans les écoles publiques. Ce disque paraît à l’occasion des Soixante ans (1958-2018) de la Fondation du Gruppo Vocale di Ispirazione popolare (Torre Pellici). Ce « Concert des 60 ans » réalisé par le Chœur d’hommes Valpellice (Vallée du Piémont) présente donc des chants d’inspiration populaire (poésies, histoires de toujours) dirigées avec ardeur par Ugo Cismondi.
Le programme des Fables et Récits respecte l’ordre chronologique de leur mise au répertoire ; il démontre l’évolution du groupe et sa capacité d’adaptation. Les thèmes sont : la guerre, la paix, l’amour, la foi, les souvenirs… La première partie (1958-1982) : « l’enfance, l’adolescence, la jeunesse » concerne des chants connus : À la claire fontaine, Chevaliers de la Table Ronde, Mon père avait 500 moutons

Enregistré non pas dans un studio classique mais au « Studio des forces motrices » par Benjamin Vicq et mixé par ce dernier au Studio Holophonik, ce disque pour le moins insolite voire inattendu comprend 10 pièces parmi lesquelles : Déjeuner sur l’herbe (mélopée de saxophone (Joël Musy) sur un délicat fond de marimba joué par Aïda Diop), The Tambourine Man (même instrumentarium, mais avec un rythme plus affirmé et quelque peu lancinant), Barge 3.6.11. 17 h., plus développé (s’animant progressivement), Le dos du Do, 4 des 6 pièces de Joël Musy ; ou encore Rain Forest (légèrement mélancolique) de Kai Stengaard, Nature Boy d’Eden Ahbez (où la trame mélodique plus présente se développe au gré du traitement improvisé). Source de délassement : à écouter avec curiosité.
Édith Weber
© L'ÉDUCATION MUSICALE 2019

René GERBER (1908-2006) et quelques unes de ses œuvres pour piano ont déjà été présentés dans la Lettre d’information n°123 (« Autour du piano »). Il est considéré comme le « plus français des compositeurs suisses ». Un critique américain souligne que « la musique de René Gerber est celle d’un homme qui sait ce qu’il veut dire, et le dit sans hésitation dans une musique attractive et tonifiante. »

Le Trio Artus est formé de Esti Rofé (flûte), Krzysztof Kaczka (flûte) et Perry Schack (guitare) accompagné pour certaines pièces par Tatiana Chernichka (piano), en fait appartenant à 3 nationalités : Israélienne, Polonaise et Allemande. Les camarades d’études ont été formés à Munich. Ce premier enregistrement mondial a pour arrière-plan la Deuxième Guerre mondiale. Le CD s’ouvre sur Wiegala d’Ilse Weber (1903-1944), arrangé par Tomer Kling pour flûte et guitare. Cette poétesse juive, transportée au camp de Theresienstadt, puis à Auschwitz, y sera gazée avec son fils. Le disque se termine avec Ade, Kamerad (d’où son titre : Au revoir, camarade) aussi d’Ilse Weber. Il comprend également Kaddisch composé en 1914 par Maurice Ravel, prière associée à la mort, au deuil et au rite juif, Esti Rofé l’interprète avec émotion, en pensant à la sœur de sa grand-mère disparue. La douce Méditation de Lukasz Wos fait s’entrelacer les mélodies aux deux flûtes. Il comporte des œuvres classiques : Sonate en trio en Fa majeur de G. Fr. Haendel et Sonate d’église d’A. Corelli. Émouvant document historique partagé entre Pologne, Allemagne et Israël.
Édith Weber
© L'ÉDUCATION MUSICALE 2019

Le « charme de la virtuosité » — dans le choix des œuvres de Luigi BOCCHERINI (1743-1805), compositeur et violoncelliste apprécié par W. Chr. Gluck, dans celui du violoncelle de Francesco Goffriller (1737) et dans le programme redoutable — résumerait déjà à lui seul l’apport exceptionnel de ces deux disques (enregistrés respectivement à Paris en l’Église luthérienne St-Pierre et à l’Hôtel de l’Industrie). La violoncelliste Ophélie Gaillard et le Pulcinella Orchestra qu’elle dirige interprètent, entre autres, 2 Concertos, la 6e Symphonie en mineur et le Quintette à cordes en mineur. Avec Sandrine Piau (soprano), elles donnent une émouvante version du Stabat Mater vivement ressenti. Accompagnée au pianoforte, la Sonate pour violoncelle et pianoforte en ut mineur brille par la clarté de sa structure. Cette synthèse esthétique entre style galant et classique souligne l’originalité, l’élégance et l’inspiration de L. Boccherini. En 2019, les discophiles l’apprécieront à sa juste valeur. Réalisation hors pair.
Édith Weber
© L'ÉDUCATION MUSICALE 2019

Grâce à cette nouvelle réalisation originale, voici un concert Bach comme jadis, à Leipzig, au célèbre Café Zimmermann, le vendredi soir, dès 1738. L’Ensemble Café Miry a repris cette tradition à Gand « pour la récréation [Ergötzung] des amateurs ».
Ce disque illustre les nombreuses possibilités du Traverso (flûte traversière) avec le concours de Patrick Beuckels (flûtiste belge), d’Élisabeth Joyé (claveciniste française), de Romina Lischka (gambiste autrichienne), de Dirk Vandaele (violoniste belge) et de Toshiyuki Shibata (flûtiste japonais) : bref, un plateau international. Ils jouent des instruments historiques (vers 1730) — donc contemporains de J. S. Bach — ou reconstitués. Le clavecin franco-allemand et la basse de viole (d’après un modèle français à 7 cordes) datent de 2001.

En 2018, Jean de Spengler — premier violoncelliste solo à l’Orchestre symphonique et lyrique de Nancy — a enregistré une version très personnelle des redoutables Suites pour violoncelle (BWV 1007-12) de J. S. Bach, lors de concerts dans la Chapelle du Château de Lunéville contemporain de ces œuvres et en public, ce qu’il considère comme « une partie intégrante du processus d’interprétation » (idée à retenir). Entendues dans sa jeunesse, il les avait ensuite étudiées avec André Navarra. S’imposant par sa grande rigueur, il ne fait aucune concession à la facilité et réussit merveilleusement à faire passer l’émotion (bien entendu, sans legato ou vibrations romantiques). L’enregistrement en concert a été légèrement remanié à la suite d’un orage. J. de Spengler joue un piccolo à 5 cordes de Wilbert de Roo (copie d’un Stradivarius). Sa réalisation, sous le Label FORGOTTEN RECORDS faisant honneur à l’école française de violoncelle, ne sera certes pas oubliée.
Édith Weber
© L'ÉDUCATION MUSICALE 2019

La version historique (1984) de référence de cet important Recueil de Motets interprétés par le Chœur de garçons de Hanovre, sous la direction de son fondateur Heinz Hennig (1927-2002), vient de reparaître remasterisée en 2018, sous le Label leipzicois RONDEAU PRODUCTION, soit 34 ans après. L’œuvre a aussi fait l’objet, dans le cadre de l’Intégrale Schütz (28 vol.), du Volume 1, aux Éditions Carus (2009), avec le Dresdner Kammerchor sous la direction de son fondateur (en 1985), Hans Christoph Rademann (né en 1965). La comparaison des conceptions et parti-pris esthétiques des deux chefs, du Knabenchor Hannover (avec notamment le jeune soprano Sebastian Hennig) et du Dresdner Kammerchor est donc désormais possible.

Rappelons que H. Schütz (1585-1672), né un siècle avant J. S. Bach, est mort un siècle après Claude Goudimel. Il a été considéré comme le « père de la musique allemande » et musicus poeticus. Écrits respectivement à 5, 6 et 7 voix, ses 29 Motets (1648) marquent la fin de l’interminable Guerre de Trente Ans (1618-1648) avec toutes ses conséquences.

Le dénominateur commun entre le hongrois Franz LISZT (1811-1886) et le russe Modeste MOUSSORGSKI (1839-1881), contemporains, est évidemment leur atavisme slave, leur esthétique romantique, leur expression dramatique, bien qu’appartenant à deux écoles nationales différentes et — sur le plan pianistique — leur virtuosité. La jeune japonaise Yuki Kondo (née en 1984) ayant reçu en cadeau un mini piano, s’intéresse à ce jouet d’enfant et sera formée, dès l’âge de 4 ans, par Junko Nakane, ainsi qu’en improvisation et en composition, puis elle se perfectionnera à l’Université Nationale des Beaux-Arts et de la Musique de Tokyo, puis au CNR de Paris et à la Schola Cantorum.
Son programme, placé sous le double signe de la haute technicité pianistique et de la transcendance, est redoutable. Les œuvres (20 plages) sont présentées et analysées avec citations musicales par Lionel Pons qui met aussi l’accent sur le renouveau de l’écriture pianistique au XIXe siècle : c’est ce qui ressort de La Campanella et de la Danse des Morts (Totentanz) avec la citation martelée du thème du Dies irae, encore suivie par 2 Rhapsodies (espagnole avec des traits perlés, hongroise faisant appel à la virtuosité) de Fr. LISZT.

Daniel Propper, pianiste suédois, élève de Gunnar Hallhagen, s’est ensuite perfectionné à la Julliard School (NewYork), au Conservatoire Royal de Stockholm, au CNSMDP. En 1990, il avait obtenu la plus importante bourse jamais octroyée par l’Académie Royale de Musique de Suède. Il se produit comme concertiste aussi bien à Pékin qu’à Londres, Abu Dabi, Paris, Porto ou Montréal.
Il a entrepris l’enregistrement intégral de l’œuvre pour piano d’Edvard GRIEG (né à Bergen en 1843 et mort dans cette ville en 1907). Sa musique se situe dans le courant romantique, son écriture harmonique fait preuve d’une certaine audace ; il puise son inspiration dans l’histoire et le folklore nordiques.
Ce Volume 5 propose la Suite n°1 (op. 46, 1888) de Peer Gynt. L’argument est tiré du drame de Henrik Ibsen (1828-1906) décrivant un jeune farfelu qui, au lieu du sérieux, privilégie le « bagout » et — après de nombreuses aventures en Scandinavie — s’installe en Afrique comme marchand d’esclaves, puis reviendra vers le Nord.

Les mélomanes écouteront avec une indicible émotion le dernier récital de Dinu Lipatti (1917-1950) au Festival de Besançon, le 16 septembre 1950 dans la salle du Parlement. Cet enregistrement historique et intégral à l’initiative du Label Solstice et de sa directrice Yvette Carbou qui, grâce à l’INA, ont retrouvé la bande originale de la Radiodiffusion Française (1950), puis retravaillé la bande son alors à ses débuts (7 bandes magnétiques) : une réelle prouesse technique.
Les discophiles imagineront à peine l’état de santé de Dinu Lipatti, terrassé juste avant le récital par une crise (maladie d’Hodgkins). Né en 1917 à Bucarest, ce pianiste roumain exceptionnel, filleul de Georges Enesco, a étudié à Vienne, puis avec Alfred Cortot. Il a été professeur au Conservatoire de Genève où il est mort le 2 décembre 1950.
La conception du livret est du plus haut intérêt : illustrations variées, évocation de la situation et de l’atmosphère pathétique de ce dernier récital, lettres autographes, critiques, programme… : une qualité rarement atteinte.

On connait le merveilleux organiste qu’est Éric Lebrun. C’est le pianiste improvisateur qu’on est invité à découvrir ici, et c’est un vrai régal. Trente-six chansons enfantines ou comptines sont revisitées par l’invention à la fois respectueuse et évocatrice d’Éric Lebrun. De délicates harmonies, les formes les plus diverses d’improvisation habillent ces airs venus du plus loin des provinces françaises jusqu’à des comptines beaucoup plus récentes en passant par la fameuse Pavane de Thoinot Arbeau, n’en déplaise à Frère Blaise, à Kaamelott et Alexandre Astier ! Saluons aussi la présence d’A la claire fontaine et d’Alouette, à la fois si français et si québécoises… Comment ne pas évoquer ici cette œuvre délicieuse et malheureusement bien oubliée aujourd’hui de D.-E. Inghelbrecht La Nursery. On y retrouve le même esprit, la même délicatesse, la même compréhension en profondeur de ces chansons dont la plupart sont bien ignorées aujourd’hui par défaut de transmission… Humour, tendresse, tout est là. C’est un disque à écouter sans modération, tout d’une traite, ou à petites gorgées… Un disque rare qui plaira autant aux enfants qu’à leurs parents et qui amènera peut-être ces mêmes parents à faire redécouvrir à leurs enfants ces trésors, pour la plupart trop oubliés.

Daniel Blackstone
© L'ÉDUCATION MUSICALE 2019