« Vous portez en vous une œuvre authentique ». Franziska Badertscher, flûte, Anne de Dadelsen, piano. 1CD VDE GALLO (www.vdegallo-music.com) : CD 1424. TT : 75' 56.

En effet, ce titre concerne des chefs-d'œuvre de la musique suisse entre 1921 et 1989 pour flûte et piano. À l'instar de la Collection « Musique suisse » parue sous le label de la Migros, les interprètes ont, pour VDE GALLO, regroupé des œuvres de sept compositeurs helvétiques d'orientations très différentes. Le plus connu est Julien-François Zbinden (*1917), suisse par sa formation — il est à la fois pianiste, compositeur assez autodidacte, passionné par le jazz — et par ses responsabilités : 

il a été Président de l'Association des musiciens suisses (1873-1979) et de la SUISA (1978-1991). Il a pratiqué divers genres : opéra, musique de scène, musique de film, mais aussi symphonie, musique chorale… proches de l'esthétique néoclassique. Dans sa Sonatine pour flûte et piano, op. 5 (1945), en 3 mouvements contrastés : Passionné (faisant appel à la virtuosité), Pastorale (avec une mélodie très prenante) et Presto (avec des entrées successives très rapides), la flûte volubile égrène sa mélodie, alors que le piano assure non seulement un accompagnement syncopé influencé par le jazz, mais aussi un fond sonore indépendant.

Parmi les musiciens suisses moins connus en France, se trouve Werner Wehrli (1892-1944), condisciple de Paul Hindemith, professeur de musique, collectionneur de chansons populaires. Sa Suite (op. 16), datant de 1921, est structurée en 5 parties : Un peu lent, Animé, Lent, Expressif et Lent. Les interprètes ont trouvé le juste mouvement et le tempo permettant de mieux saisir l'originalité de la partition. Raffaele d'Alessandro (1911-1959) est représenté par  Sonate pour flûte alto et piano (op. 68A), composée un an avant sa disparition, faisant appel à la virtuosité, une grande indépendance des instruments, une progression dynamique toujours en mouvement. La flûtiste Franziska Badertscher s'impose par sa sonorité exceptionnelle ; la pianiste Anne de Dadelsen, par sa précision d'attaque. Elles forment une belle équipe en parfaite connivence. Jean Binet (1893-1960), compositeur genevois diplômé de l'Institut Jaques-Dalcroze et de l'Université de Genève — après avoir collaboré à la fondation du Conservatoire de Cleveland (Ohio) — s'est installé à Bruxelles, puis en Suisse où ses œuvres symphoniques ont été créées par Ernest Ansermet. Il compose en 1945 Kaval par allusion au kaval (ou kawala), flûte oblique (diatonique ou chromatique) appartenant aux musiques traditionnelles, notamment des Balkans et de Roumanie. Cette pièce exige une grande maîtrise technique (souffle, coups de langue…), de même que sa Sonatine pour flûte et piano (1952).

La Grande Sonate, op. 53, écrite en 1937 par Joseph Lauber (1864-1952) — élève des Conservatoires de Zürich, puis de Paris — est plus développée. Elle sollicite de nombreux contrastes d'atmosphère : pathétique, pastoral, burlesque bien rendus par les interprètes qui judicieusement respectent les tempi : Allegro moderato ; Andante con moto ; Presto. Cette belle réalisation se termine par deux pièces brèves de René Gerber (1908-2006) — élève du Conservatoire de Zürich, puis de l'École Normale à Paris, auprès de Paul Dukas, Nadia Boulanger, entre autres — : la Pavane pour flûte et piano (1963), particulièrement intériorisée  et sa brève Valse pour flûte et piano (1989), bien scandée à la partie de piano au-dessus de laquelle évolue librement la flûte. A