Poursuivant l'exploration de territoires peu labourés, Les Vents Français abordent des pièces de Beethoven rarement jouées. Elle appartiennent aux années de jeunesse, partagées entre Bonn et Vienne, alors que le compositeur était influencé par la musique d'harmonie si en vogue à l'époque. Il bénéficiait des conseils de Joseph Haydn et était impressionné par la virtuosité de musiciens tels le clarinettiste Anton Stadler, le corniste Jan Vaclav Stich, dit Giovanni Punto, ou encore les hautboïstes Johann, Franz et Philipp Teimer. Le Trio WoO 37 pour piano, flûte et basson remonte à 1786 – Beethoven a seize ans -, mais publié op. posthume, voit le clavier mener la danse quoique l'écriture pour les deux bois soit habile, en particulier le joyeux babil de la flûte dans l'allegro initial. Au fil d'un adagio mélancolique, flûte et basson se partagent la mélodie tandis que le piano renforce ce dialogue original.

Le finale, enchainé après une belle pirouette de la flûte, offre la première série de variations composées par Beethoven ; un thème clair ouvre la voie à sept variations mettant en valeur l'un ou l'autre des trois partenaires avant qu'ils ne s'unissent dans la dernière pour une fin en apothéose. Le Trio op. 87, de 1795, originellement pour

deux hautbois et cor anglais, joué ici dans la transcription de John P. Newhill pour hautbois, clarinette et basson, montre une inédite et séduisante association des trois timbres ; en particulier au long du bel adagio cantabile et du Menuetto, plus scherzo que menuet d'ailleurs, vraiment pétillant, tandis qu'un alerte presto conclut ce qui demeure un merveilleux divertissement. La Sonate op. 17 pour piano et cor, créée en 1800 par l'auteur et Giovanni Punto, pour qui elle avait été écrite, exploite la technique éprouvée du fameux corniste, notamment dans le registre grave. C'est particulièrement significatif aux premier et dernier mouvement. Mais la partie de piano n'est pas moins magistrale. Au milieu, un bref et poignant poco adagio nimbe la pièce d'un instant de grâce. Enfin, les Variations WoO 28, sur « Là ci darem la mano », le duo Zerlina-Don Giovanni de l'opéra de Mozart, conçues pour trois hautbois, et seulement publiées en 1914, sont ici jouées dans un arrangement de Fritz Stein pour hautbois, clarinette et basson. Ce qui leur donne une tonalité haute en couleurs. Si le thème est lent, les huit variations sont plutôt sur le versant vif, sauf la cinquième. Elles sont d'une belle fraicheur dans cet arrangement et surtout au regard de la présente interprétation. C'est qu'ici, comme dans toutes les autres pièces du programme, Les Vents Français montrent une élégance vraiment gallique, une finesse et une musicalité transcendant toute virtuosité. Comme ils le dispensent chaque été au Festival de l'Empéri. Rafraichissant!