La pratique du concerto chez Telemann (1681-1767) s'avère d'une extrême richesse dans sa variété, procédant sans doute de bien des influences italiennes, de Corelli, de Torelli et bien sûr de Vivaldi, mais aussi des français dont il admirait la manière calquée sur la danse. Les œuvres enregistrées sur le présent disque se situent entre les années 1710 et 1720. Outre la diversité des instruments solistes choisis et leurs combinaisons pour le moins originales souvent, on est frappé par l'inventivité sans fin de la thématique. Il s'agit de pièces démonstratives pour les solistes réunis et visant à mêler des atmosphères différentes, comme l'intimisme lié à la musique de chambre et l'opulence de ce qui était destiné à des exécutions publiques, le cas échéant à l'extérieur même de toute salle de concert.

D'où la singularité de pièces dont l'effectif instrumental est distribué de manière différentiée selon les mouvements. Ainsi du concerto TWV 54:D3 pour trois trompettes, timbales, deux hautbois, cordes et basse continue qui démarre dans son « Intrada-Grave », sur les fanfares des trompettes et timbales, puis s'alanguit au fil d'un largo où se distinguent les hautbois. Il en va de même du concerto TWV 53:h1 pour deux flûtes et calchedon (sorte de luth), bâti sur le schéma quadripartite lent-vif-lent-vif, et

qui s'ouvre par un « Grave » adorné par les flûtes, et se poursuit par un vivace plus étoffé et ses agréables ritournelles. Un largo de caractère méditatif est au centre de plus d'une pièce, comme le concerto TWV 44:43 pour un concertino de trois hautbois et trois violons, ou le TWV 53:F1 pour mandoline, dulcimer, harpe double, extrait de la Tafelmusik II (Musique de table). Ici la sonorité acidulée de ces trois instruments ajoute quelque étrangeté à la mélodie. On citera encore le concerto TWV 54: D2 pour trois cors et violon, et son étonnant dialogue, au premier mouvement vivace, du Ier cor jouant dans le registre aigu et du violon. Là encore on passe de l'intimisme de la section centrale « Grave », au plus démonstratif des mouvements extrêmes comme le finale paré de sonorités dignes d'une scène de chasse. Toutes ces œuvres sont défendues avec brio et finesse par l'Akamus, formation berlinoise qui n'est plus à présenter.