Voici un disque qui présente nombre d’œuvres de musique de chambre, à l’exception du quatuor à cordes Ainsi la nuit, composées par Henri Dutilleux (1916-2013) tout au long de sa période créatrice étendue sur plus de soixante ans, de 1942 à 2010. Ne boudons pas notre plaisir à l’écoute de ces quelques œuvres de jeunesse, quatre pièces (Sarabande et cortège pour basson et piano, Sonatine pour flûte et piano, Sonate pour hautbois et piano, Choral, cadence et fugato pour trombone et piano) que le compositeur renia par la suite au point de demander qu’on les retirât de son catalogue car ne correspondant pas véritablement à « sa » musique. Des pièces de concours, certes, empreintes d’une indéniable fraicheur et interprétées ici par des musiciens prestigieux comme Nora Cismondi (hautbois), Emmanuel Curt (percussions), Alexis Descharmes (violoncelle), Mathieu Dupouy (clavecin), Fany Maselli (basson), Magali Mosnier (flûte), Jonathan Reith (trombone), Axel Salles (contrebasse) et Sébastien Vichard (piano).

S’y ajoutent des compositions plus tardives, non apocryphes celles-là, comme les Trois Strophes sur le nom de Sacher pour violoncelle solo et Les Citations, dyptique pour

hautbois, clavecin, contrebasse et percussions qui nous permettent de retrouver le Dutilleux bien connu. Si ces œuvres du « Dutilleux avant Dutilleux » écrites entre 1942 et 1950, résultant de commandes du conservatoire, correspondent bien à une sorte d’apprentissage où se lisent les influences de Fauré, Ravel ou encore Poulenc, les pièces de la maturité, Trois Strophes sur le nom de Sacher furent écrites initialement (1e strophe) en 1976 pour le 70e anniversaire du chef d’orchestre suisse Paul Sacher, grand ami de Dutilleux, secondairement complétées (2e et 3e strophes) et créées dans leur forme définitive en 1982 par le dédicataire. Les Citations, quant à elles (For Aldeburgh 85 et Interlude-II. From Janequin to Jehan Alain), sont une sorte d’hommage rendu au ténor Peter Pears pour son 75e anniversaire ainsi qu’un regard tourné vers le passé faisant référence à la mort héroïque de l’organiste et compositeur Jehan Alain en 1940, composé sur un thème du compositeur du XVIe siècle Clément Janequin. Un disque qui vaut par la grande qualité de ses exécutants, assez anecdotique dans la fabuleuse carrière d’Henri Dutilleux dont les œuvres majeures furent essentiellement composées pour l’orchestre.