Un disque superbe du clarinettiste français Patrick Messina, associé au pianiste Fabrizio Chiovetta et pour quelques pièces à l’altiste Pierre Lenert. Un enregistrement qui reprend tous les incontournables du répertoire schumannien pour la clarinette (Drei Romanzen op. 94, Fantasiestücke op. 73, Marchenerzählungen op. 132) auxquels s’ajoutent des pièces moins connues comme les Drei Romanzen op. 22 composées par Clara et dédiées au violoniste Joseph Joachim, ainsi que trois pièces résultant de transcriptions à partir des Pièces à quatre mains pour petits et grands enfants (Trauer op. 86 n° 6 et Abenlied op. 85 n° 12) ou encore de Lied comme In der Nacht op. 74 n° 4. Un CD magnifique où la prouesse technique (rondeur de la sonorité, legato, souplesse de la ligne, complicité et équilibre) le dispute à la qualité superlative de l’interprétation capable de rendre toutes les facettes de la personnalité complexe de Robert Schumann.

Les Trois Romances de l’opus 94, datant de 1849, offertes en cadeau de Noël à Clara figurent les temps heureux dans un climat toutefois teinté de mélancolie, de candeur enfantine et d’élan romantique, ce clair obscur caractéristique à travers lequel semble filtrer une indicible inquiétude qu’on retrouvera par instants dans les

Fantasiestücke, plus véhémentes et lyriques, incisives, et riches en couleurs. Les Märchenerzählungen, plus tardives (1853), paraissent à l’évidence plus tourmentées, féeriques voire hallucinatoires, l’anxiété du compositeur s’y affirme face aux prémisses de la maladie qui l’emportera trois ans pus tard. En contraste, les Trois Romances op. 22 dues à Clara semblent plus lumineuses et sereines. Un disque remarquable qui s’achève sur In der Nacht, Lied crépusculaire comme un adieu à la vive clarté du jour pour un retour à la douceur de la nuit, nuit d’amour si chère au Romantisme allemand. Indispensable !