Ludwig van Beethoven (1770-1827) s’est lancé très tôt dans la musique de chambre, notamment avec ses 3 Quatuors avec piano (WoO 36). Dans l’esprit du concerto de chambre, le piano est accompagné par un trio à cordes. Il s’agit d’œuvres précoces composées en 1785 et publiées post mortem en 1832 à Vienne. Ces Quatuors sont très différents des Trios de la maturité.
Le Milander Quartet comprend Milana Chernyavska (piano), Lisa Schatzmann (violon), Alexander Moshnenko (alto) et Beni Santora (violoncelle) — ou Rupert Buchner dans le 1er Quatuor de l’op. 36. Ils interprètent les 3 Quatuors avec piano (WO 36, 1785) respectivement en Do Majeur (n°3 — en fait chronologiquement le premier —), en Ré Majeur (n°2) et en Mi b Majeur (n°1), structurés selon la tradition (entre autres mozartienne) en 3 mouvements contrastés. Cette équipe devra résoudre le problème de l’équilibre entre les 4 instrumentistes et le rapport entre les cordes et le clavier, ce qui sera définitivement réalisé dans les Trios avec piano composés vers la fin de sa vie.


Dans le Quatuor en Do Majeur, les exégètes discerneront certaines similitudes avec la Sonate pour violon et piano (KV 296) de Mozart et des reprises par Beethoven pour sa première Sonate de piano. L’Allegro vivace comprend un premier thème enjoué auquel succède un thème secondaire avenant et fluide. L’Adagio con espressione est de caractère plus intériorisé, et le Rondo : allegro conclusif baigne dans l’allégresse. Le deuxième Quatuor, en Ré Majeur, moins élaboré, comporte un Adagio con moto expressif encadré par un Allegro moderato et un Rondo : allegro. Dès les premières mesures, le piano sera suivi par les cordes, donnant lieu à un dialogue. Dans l’Adagio, piano et violon se répartissent le thème ; enfin, le Rondo met en valeur le piano avec un thème de valse repris au violon mais, bizarrement, il appartient aux cordes (et non au piano) de conclure cette page de jeunesse. Le Quatuor avec piano en Mi b Majeur, également tripartite, se termine non pas sur un Rondo mais sur un Thema cantabile aboutissant sur un Allegretto. Le Trio avec piano en Mi b Majeur (WO 38 n°9), composé en 1790-1791, sera seulement publié en 1830. À l’Allegro moderato succèdent le Scherzo : Allegro ma non troppo, puis, selon l’usage : le Rondo : Allegretto. Il s’agit vraiment d’une œuvre de jeunesse.
Le Trio pour piano, violon et violoncelle en Si b Majeur (WO 39, n°8), en un seul mouvement : Allegretto, date de 1812 ; il est dédié à la jeune Maximiliane Brentano. Cette page relativement facile, éditée en 1830 à Francfort, s’apparente à la forme sonate avec coda. Elle baigne dans le charme et la douceur et a dû ravir sa dédicataire. Éloquente démonstration de l’évolution d’un compositeur de la jeunesse à la maturité.