« Demi-jours ». Mélodies de Reynaldo HAHN, Jean CRAS, Gabriel FAURÉ.  Mario Hacquard, baryton, Claude Collet, Véronique Briel, piano. 1CD POLYMNIE (www.polymnie.net ) : POL 602 11. Distribution : DISTRAT. TT : 58' 12.

Le baryton français Mario Hacquard est spécialiste de la mélodie française dont il respecte parfaitement la tradition. Élève notamment de Maria Branèze et Jean-Christophe Benoît, il a été entre autres conseillé par Lili Laskine, Jean Hubeau ou Geneviève Joy, et très motivé par les cours sur la musique française  donnés en Sorbonne par Vladimir Jankélévitch. Il est accompagné par la pianiste Claude Collet, élève d'Yvonne Loriod, actuellement professeur d'accompagnement au Conservatoire Maurice Ravel.

En parfaite connivence, ce duo restitue le calme, la douleur, le dépouillement et l'intériorité, mais aussi l'atmosphère spécifique de ces 21 mélodies brèves. Sous le titre Demi-jours, ils ont sélectionné quatre Études latines de Reynaldo Hahn (1874-1947) — mieux connu par ses opérettes — ; des mélodies sur les paroles de Charles Marie Leconte de Lisle (chef de file des Parnassiens), de Charles d'Orléans (1394-1465), de Paul Verlaine (rattaché au Symbolisme), d'Alphonse Daudet, de Théophile Gautier et du romancier et essayiste André Theuriet (1833-1907), ainsi que trois Chansons bretonnes sur les paroles et la musique de Jean Cras (1879-1932), à la fois officier de marine et compositeur dont la musique n'est pas assez largement diffusée.

Dans ces extraits des Études latines, la voix chaude du baryton recrée à merveille le sens du mystère à propos de Néère, personnage de la mythologie grecque ; elle évoque l'ancienne cité grecque de Tyndaris, Lydé (également présente dans la Pavane op. 50 de Gabriel Fauré), Phyllis et ses amours. La mélodie : Quand je fus pris au pavillon…, particulièrement enlevée et accentuée au piano, contraste avec l'atmosphère langoureuse émanant de L'offrande bien connue (Voici des fruits, des fleurs…), alors que la mélodie : Trois jours de vendange fait appel au dynamisme entrecoupé d'interludes au piano ; L'infidélité s'impose par son caractère lent et suspendu comme d'ailleurs la mélodie Paysage avec quelques modulations à des fins expressives.

Les Chansons bretonnes de Jean Cras, œuvre ultime de ce musicien marin, également auteur des paroles, évoquent trois thèmes : La Rencontre (lyrique et nostalgique), L'Aveu (très volubile, de caractère presque dansant et des nuances variées) contrastant avec l'atmosphère grave de La Mort. Le thème de la mort, « poussière d'étoiles », repris par Gabriel Fauré, est traduit avec infiniment de sensibilité par Mario Hacquard. Dans Le Secret, plus énigmatique, bénéficiant d'une remarquable diction, le piano crée l'atmosphère. Il évoque l'amour au matin, thème qui sera repris dans Chanson d'amour avec une insistance particulière sur « j'aime… ». Le plus doux chemin mène à la porte de ma belle… est empreinté sans relâche par l'amant bien qu'éconduit. Clair de lune est introduit au piano avec transparence et un thème caractéristique préparant l'entrée de la voix. Ce volet comprend encore 3 mélodies : la Chanson du pécheur, Danseuse et Lydia. Mario Hacquard interprète encore avec infiniment de musicalité le Pie Jesu du Requiem de Gabriel Fauré (1845-1924). En plus, Claude Collet et Véronique Briel (élève de Gabriel Taquino, actuellement pianiste de l'Ensemble 2e2m) font preuve de tous leurs talents dans la Pavane pour piano à 4 mains de Gabriel Fauré. Les atmosphères de cette réalisation sont conformes au titre  Demi-jours : remarquable évocation de la France à la Belle Époque et pendant l'Entre-Deux-Guerres.