Chœur grégorien de Paris, dir. Xavier Chancerelle. 1CD DOM (www.disquesdom.com) : DOM 1254. TT : 52'48.

Erik Feller, pianiste, organiste et compositeur, ayant effectué ses études notamment auprès de Francis Chapelet, André Isoir, Pierre Cochereau…, collabore avec de nombreuses chaînes de télévision en France et à l'étranger. Depuis 1994, il a composé environ une centaine d'œuvres : musiques symphoniques, musiques symphoniques avec chœur, musiques de ballet et électroacoustiques. Il est aussi orchestrateur et, d'une manière générale, spécialisé dans la musique de film et la musique contemporaine.

 

Le titre si original de son nouvel album : Gregorian Orchestra pourrait surprendre. En fait, Erik Feller précise qu'il a « utilisé le chant grégorien comme une source sonore d'esthétique forte, qui vient dialoguer et se fondre avec l'orchestre, ce dernier portant à lui seul cette cargaison visuelle, cinématographique. Chacun peut y voir ce qu'il veut, c'est le but, la musique est ici volonté d'un voyage fantastique, seul a prédominé un souci d'esthétique et d'imaginaire ».

Le compositeur fait appel à un orchestre symphonique, à 5 membres du Chœur Grégorien (de Paris) et à un support informatique. Les différentes parties sont dotées de titres familiers : Kyrie (IV, XVII), Pange lingua, Ave Maris Stella, Ubi caritas, entre autres.  Suivent le répons pour la Semaine Sainte : Potum Meum et la Messe de Requiem selon la structure habituelle : Requiem, Kyrie, Dies Irae, Sanctus, Agnus. Les mélomanes retrouveront donc des références liturgiques et constateront la préoccupation de grandeur, mais aussi l'effet de surprise.

Certains puristes s'étonneront peut-être de cette juxtaposition d'un orchestre puissant et coloré estompant quelque peu des voix d'hommes. Selon le regretté Marc Honegger, Erik Feller privilégie « le sens des vastes espaces, des architectures monumentales ». Ces pièces brèves font preuve d'une grande curiosité artistique et de l'exploitation du langage de notre temps, pourtant associé au chant grégorien multiséculaire mais décontextualisé. La Messe de Requiem (plages 10-14) est plus recueillie, intériorisée ; elle contraste ainsi avec le tumulte des œuvres précédentes. Véritable prouesse : Erik Feller non seulement dirige le chœur et l'orchestre, mais encore assure la partie informatique.

À écouter certes avec une indispensable curiosité, à réécouter pour mieux cerner les multiples objectifs esthétiques et émotionnels du compositeur et apprécier sa musique délibérément du XXIe siècle, pour, finalement, constater que c'est bien le « chant grégorien dans un univers cinématographique ». Pari soutenu par un compositeur et chef d'une incontestable profusion et générosité.