C'est le mérite de l'Ensemble Stravaganza — se produisant sur instruments anciens ou reconstitués (violons, traversos, dessus et basses de viole, théorbe et guitare), dirigé par Domitille Gilon (violoniste) et Thomas Soltani (claveciniste) — et de Hasnaa Bennani (Soprano) de redonner vie à des Cantates baroques françaises de compositeurs connus : Jean-Philippe Rameau et Michel Lambert (1610-1696), de faire découvrir Philippe Courbois à la brève existence, et de restituer la Sonate n°1 en ré mineur pour violon d'Élisabeth Jacquet de La Guerre et une Chaconne de Marin Marais. Aux XVIIe et XVIIIe siècles, la Cantate profane est un genre très en vogue en France, et les compositeurs sont mentionnés dans le Mercure de France. Le titre : Ariane & Orphée se réfère aux œuvres éponymes d'inspiration mythologique de Philippe Courbois (1705-1730) et de Jean-Philippe Rameau (1683-1764).

 

 

La Cantate Ariane de Philippe Courbois (1705-1730), sur un texte de Louis Fuzellier (plages 15-20) aurait été « publiée par le compositeur en 1710, en collaboration avec Henri Foucault et gravée par Claude Roussel », comme le prétend le texte de présentation (p. 3 et 4), mais il est impossible qu'à l'âge de 5 ans, il l'ait déjà publiée… Il s'agit d'une cantate « à voix seule et un violon ». Le récitatif, de caractère lyrique, exprime la douleur et les soupirs de l'amour ; l'air (« fort lent »), très réaliste, évoque les malheurs et « les yeux qui ne s'ouvrent que pour pleurer » ; le récitatif suivant rappelle le réveil d'Ariane, sa voix plaintive, « les dieux vengeurs » ; l'air suivant (« fort vite »), particulièrement descriptif, concerne les vents furieux, la souffrance et la vengeance. Dans le récitatif, la douleur d'Ariane est apaisée, et l'air conclusif (« tendrement ») invite à une « conquête plus belle de la perte d'un infidèle ». On voit mal comment un tel texte aurait pu être ressenti et mis en musique par un enfant de 5 ans même précoce…

 

La Cantate Orphée « à une voix seule et symphonie » (RCT 27) de Jean-Philippe Rameau est de facture baroque, développée, en 6 parties, avec un contenu mythique : douleurs et passions, tendresse d'Orphée voulant retrouver Eurydice aux enfers, mélange d'ironie et d'humour, le tout est interprété par la voix veloutée d'Hasnaa Bennani et s'achève sur l'air : En amour, il est un moment…, de caractère gai et gracieux. L'amant recherche « l'instant qui doit combler ses vœux ». La conclusion se fait moralisante : « Tel aujourd'hui serait heureux s'il n'avait voulu trop tôt l'être ! ». Dans son Air de cour, Michel Lambert (1610-1696) dépeint musicalement l'« ombre toujours plaintive de mon amant » qui « cède à mes cruels malheurs » et se termine sur un constat tragique : « Hélas ! Que voulez-vous ? Je meurs » : autant de thèmes galants traités dans la littérature musicale française à la charnière entre  XVIIe et XVIIIe siècles. Quant au répertoire instrumental, il est représenté par la Sonate n°1 en ré mineur pour violon, viole obligée et basse continue d'Élisabeth Jacquet de La Guerre (1665-1729), très expressive. Ce disque se termine aux accents de la Chaconne (extraite de la Suite I en Do majeur), avec les Trios pour le Coucher du Roy, de Marin Marais (1656-1728), s'inscrivant dans la tradition du Grand Siècle autour du Roi Soleil, œuvre allante, chatoyante et pleine de vie qui retiendra l'attention. Un beau fil d'Ariane à remonter…