Domenico MAZZOCCHI : Sonnets et madrigaux sacrés et profanes extraits des « Musiche Sacre e Morali », des « Madrigali a cinque voci e altri varii concerti » et autres pièces. Lamento della Beata Virgine. Ensemble  ELYMA, dir. Gabriel Garrido. 1CD K617 Chemins du Baroque. CDB004. TT.: 73'05.Au nombre des nouvelles productions du label K617 désormais appelé aussi ''Chemins du Baroque'', voici un CD découverte. Il propose en effet un florilège de pièces du compositeur romain Domenico Mazzocchi (1592-1665), réunies sous le titre « le Temple et le Désir » offrant, selon le chef Gabriel Garrido, un reflet de « la diversité de l'œuvre et de l'invention constante d'un musicien libre de toute contrainte, à la manière d'un Gesualdo ». Elles traduisent les bouleversements musicaux que connut Rome à la fin du 16 ème siècle.

C'est le triomphe du style monodique. On a pu dire qu'après Monteverdi, Mazzocchi était le dernier révolutionnaire de la seconda pratica initiée par les Florentins autour de 1600. Il est l'héritier de Monteverdi dont il poursuit le « stile novo » encore plus loin : utilisation des langues latine et italienne, habile combinaison de la monodie profane et de la polyphonie de la musique sacrée pour aboutir à un mélange donnant naissance à la musique de la Contre Réforme, étrangeté de la ligne instrumentale et vocale jusqu'à la dissonance, couleurs modernes, complètement nouvelles pour l'époque. Le programme imaginé par Gabriel Garrido, qui met en parallèle le sacré et le profane et la perméabilité des deux domaines quant à l'expression presque sensuelle, exalte tour à tour l'amour profane et le désir sacré. L'amour profane est illustré par des madrigaux et sonnets des années 1640. Le désir sacré par des pièces telles que le « Dialogo della cantica » ou le « Dialogo della Maddalena » extraits des Sacrae concertationes publiés à Rome en 1664. Le disque comprend encore des sonnets et madrigaux spirituels tirés des Madrigali a cinque voci et altri varii concerti et des Musiche Sacre et Morali. Il se termine par un beau Lamento della Beata Virgine, un des meilleurs exemples du style résolument spécifique de Mazzocchi que n'effraie pas l'audace du choix des textes évoquant la peur panique de la Vierge cherchant son fils perdu. On perçoit ici une manière bien différente de Monteverdi et de la douleur exprimée dans son Lamento d'Arianna. La description de l'état bouleversé de la Vierge est étonnante : cri éperdu, stridence de l'élocution, intensification de l'émotion dans une déploration presque théâtrale. La réaction de l'entourage est d'une douceur indicible pour tenter de consoler pareil épanchement douloureux. L'interprétation de l'Ensemble ELYMA que dirige Gabriel Garrido est extrêmement pensée dans un souci d'authenticité afin d'en retrouver le style exact. Parmi les solistes vocaux sont particulièrement admirables les sopranos Maria Cristina Kiehr et Claire Lefilliâtre et le baryton Furio Zanasi. L'accompagnement instrumental est d'une rare pertinence.