Ouvertures de Vincenzo BELLINI, Gaetano DONIZETTI, Giacomo MEYERBEER, Saverio MERCADANTE, Gioachino ROSSINI. Orchestre national d'Île-de -France, dir. Enrique Mazzola. 1CD NoMadMusic :  TT.: 57'.

« Ce que je préfère à l'Opéra, c'est le lustre ». Baudelaire n'omettait jamais dans ses écrits d'adopter la posture iconoclaste, ironique, provocatrice, moderne somme toute, en révolte constante contre la pensée unique du Second Empire autoritaire et bourgeois. De même, qu'on a le droit dans Wagner de préférer l'orchestre aux voix (quand ce n'est pas Margaret Price qui chante Isolde), on peut retrouver le chant dans les trouvailles orchestrales des maîtres du bel canto italien.

Le pari réussi de Enrique Mazzola, quant à lui, et de l'Orchestre national d'Île-de-France dont il est directeur musical depuis 2012, est de rendre hommage au bel canto italien à travers un enregistrement symphonique, rassemblant des « tubes » de l'ouverture d'opéra italien (Le Barbier de Séville ou Tancrède de Rossini, Les Capulets et les Montaigus de Bellini, Don Pasquale de Donizetti) et des perles rares (Roberto Devereux de Donizetti, Ugo Comte de Paris de Donizetti, Marguerite d'Anjou de Meyerbeer, compositeur allemand mais qui a toute sa place au cœur du bel canto italien, Emma d'Antiochia de Mercadante).

Pas de voix humaine donc, mais celle, tout aussi chantante, des solistes de l'ONDIF réunis au pays du bel canto, en très grande forme (tempi, équilibres, style), entraînés par le dynamisme et l'enthousiasme qui caractérisent le jeune chef italien. L'ouverture est en quelque sorte le résumé de l'action. Elle donne le ton. Elle ouvre aux grands thèmes de l'opéra. « L'enregistrement est un recueil d'ouvertures car c'est le vrai moment de rencontre entre l'opéra et l'orchestre symphonique ; il n'y a pas de voix. C'est un moment important de l'action, l'instant où le compositeur prépare le public au drame ou à la comédie qui va se dérouler sous ses yeux », écrit le chef dans le livret du CD.

Visuellement, pendant ces quelques minutes d'écoute, de temps ramassé, condensé, contracté, on peut admirer, à l'instar de Baudelaire, le lustre, les cariatides (quand on est dans une salle à l'italienne), le rideau (quand c'est celui de l'Opéra de Paris ou des opéras traditionnels de région, de l'Opéra Comique,  du Châtelet…). C'est souvent préférable pour l'imagination et le rêve, aux quelques bribes de ballet ou de pantomime souvent décevantes ajoutées artificiellement par le metteur en scène. C'est en effet un des rares moments de liberté visuelle pour l'auditeur-spectateur.

On retrouve dans l'interprétation de Mazzola cette liberté retrouvée, au-delà des versions d'anthologie (Abbado pour Rossini notamment) et des enregistrements d'ouvertures un peu trop policées (Karajan). Ici, comme le demande le chef (on salue la dernière plage du CD consacré à quelques minutes de répétition du Barbier de Séville où le « buon umore » de travail et la parfaite entente entre le chef et les musiciens sont palpables), on trouve le juste équilibre, la limite, entre le « style noble » et le caractère de « banda » (fanfare) populaire si typique de ces ouvertures, qui doivent être pour tout public (savant ou populaire) une « captatio benevolenziae » saisissante pour tenir celui-ci en haleine plusieurs heures durant. Le chef n'édulcore pas les batteries qui nous rapprochent de la fosse d'orchestre et transcrit de façon assez magique l'acoustique de la salle à l'italienne où le son se répand du parterre aux galeries et aux loges. On apprécie les passages de franche affirmation des percussions et de l'harmonie, qui nous évoquent le superbe « Fratelli d'Italia », un des plus beaux hymnes nationaux, car le plus opératique.