Josquin DESPREZ : Messes Pange lingua ; de beata Virgine.  Ensembles Métamorphoses & Biscantor, dir. Maurice Bourbon. 1CD AR RE –SE (www.arre-se.com ): AR 2015-1. TT : 66'26.

Le texte d'accompagnement — initiative originale du Label AR RE-SE — convie d'abord les discophiles à un dialogue très imaginatif (daté du 3 janvier 2015) entre le chef Maurice Bourbon et Josquin  : « Sais-tu que j'ai le même âge que le tien quand tu as composé la [Messe] Pange lingua ? C'est peut-être pourquoi j'y suis si sensible et me suis tant régalé à la diriger » : c'est ce qui sera d'ailleurs confirmé à l'audition.

Le chef ajoute qu'il « a travaillé avec passion les tempi et les équivalences quasiment pendant un an » et, plus loin, précise que, pour le canon à la quinte du Benedictus, « les chanteurs (y) ont fait preuve d'une stupéfiante maîtrise dans la conduite piano… ». Josquin Desprez — né à Beaurevoir vers 1450 et mort à Condé-sur-l'Escaut, le 27 août  1521 —, musicien franco-flamand, tant admiré par Martin Luther, éminent maître de la Renaissance, est en fait un « européen avant la lettre ». Il a composé de nombreux Motets et des Messes (parodie, sur cantus firmus, en canon), entre autres.

Dans sa tardive Messe Pange lingua — selon Jacques Barbier —, il reprend la mélodie de l'hymne éponyme « utilisée comme un fil conducteur dans toutes les sections de la messe, mais nullement à la manière d'un cantus firmus ». Josquin fait appel au contrepoint note contre note et au traitement syllabique pour une meilleure intelligibilité du texte notamment pour les articles du Credo. Quant à la polyphonie, elle est assez homogène. Bénéficiant d'une remarquable acoustique, les voix des Ensembles vocaux Métamorphoses et Biscantor ! (quatuor) s'imposent par leur plénitude, leur justesse, leurs timbres chaleureux. La Messe de beata Virgine se situant dans la mouvance du culte marial, exploite les tessitures aiguës (évoquant peut-être le ciel) et repose sur des mélodies grégoriennes. Josquin spécule sur le nombre des voix : 2, 4, 5 ; la technique du canon dans le Credo avec, comme le souligne judicieusement J. Barbier, « l'indication humoristique Le premier va devant puis le devant va derrière » (partie finale). Le Sanctus et l'Agnus Dei comportent l'indication « vous jeûnerez les 4 temps ». Excellente paraphrase liturgique.

D'un côté, la Messe Pange lingua — souvent interprétée de nos jours frappe par sa simplicité et son économie de moyens ; de l'autre côté, la Messe de beata Virgine, sans fil conducteur mélodique, est marquée par une logique plus liturgique que musicale. À tous points de vue (livret avec dialogue imaginé, excellente analyse, interprétation hors du commun) : disque à acquérir impérativement.