On connait le merveilleux organiste qu’est Éric Lebrun. C’est le pianiste improvisateur qu’on est invité à découvrir ici, et c’est un vrai régal. Trente-six chansons enfantines ou comptines sont revisitées par l’invention à la fois respectueuse et évocatrice d’Éric Lebrun. De délicates harmonies, les formes les plus diverses d’improvisation habillent ces airs venus du plus loin des provinces françaises jusqu’à des comptines beaucoup plus récentes en passant par la fameuse Pavane de Thoinot Arbeau, n’en déplaise à Frère Blaise, à Kaamelott et Alexandre Astier ! Saluons aussi la présence d’A la claire fontaine et d’Alouette, à la fois si français et si québécoises… Comment ne pas évoquer ici cette œuvre délicieuse et malheureusement bien oubliée aujourd’hui de D.-E. Inghelbrecht La Nursery. On y retrouve le même esprit, la même délicatesse, la même compréhension en profondeur de ces chansons dont la plupart sont bien ignorées aujourd’hui par défaut de transmission… Humour, tendresse, tout est là. C’est un disque à écouter sans modération, tout d’une traite, ou à petites gorgées… Un disque rare qui plaira autant aux enfants qu’à leurs parents et qui amènera peut-être ces mêmes parents à faire redécouvrir à leurs enfants ces trésors, pour la plupart trop oubliés.

Daniel Blackstone
© L'ÉDUCATION MUSICALE 2019

 

 

Jan A. Jarnicki, l’intrépide directeur du Label polonais « ACTE PRÉALABLE », met son point d’honneur à relancer les œuvres de René de BOISDEFFRE, en premier enregistrement mondial. Après les œuvres pour violon, flûte (cf. Lettres d’information 108, 116), alto et chœur, c’est au tour de ses œuvres pour violoncelle et piano, grâce au concours du violoncelliste italien Luca Fiorentini, titulaire de nombreuses distinctions internationales et du pianiste polonais Jakub Tchorzewski, spécialisé notamment dans la musique de chambre.

René de BOISFDEFFRE, né à Vesoul en 1838 et mort à Vézelise (en Lorraine) en 1906, a étudié la musique auprès de Charles Wagner et la composition avec Auguste Barbereau. Le Prix Chartier, obtenu en 1883, atteste sa prédilection pour la musique de chambre. Son œuvre néoromantique se situe quelque peu dans le sillages de Charles Gounod, Jules Massenet ou encore Édouard Lalo et Camille Saint-Saëns. Cette figure marquante du XIXe siècle en France, célèbre en son temps, était injustement

Christoph Prégardien, l’inégalable ténor allemand, spécialiste entre autres de la Passion selon Saint Jean de J. S. Bach, et le pianiste franco-chypriote Cyprien Katsaris, invité par les plus grands orchestres internationaux, ont signé, sous le titre Auf den Flügen des Gesanges (Heinrich Heine) — Sur les Ailes du chant — un programme romantique original mettant en miroir le Lied (Mélodie) et sa transcription pour le piano. 28 plages au total révèlent des thèmes bien connus : Die Forelle (La Truite) : SCHUBERT/LISZT ; Frühlingsnacht (Nuit de Printemps) : Robert/ Clara SCHUMANN ; Träume (Rêves) : WAGNER/STRADA, entre autres et, en point d’orgue, l’emblématique Wiegenlied (Berceuse) : BRAHMS/Gerald MOORE (mort en 1987).

Leur conception et leur collaboration forcent l’admiration sans réserve, tant pour l’originalité de leur démarche que pour la qualité de l’interprétation : un régal de 72 minutes, une époque révolue mais toujours présente, une intelligence musicale à toute épreuve. Disque à entendre, réentendre sans modération…

Édith Weber
© L'ÉDUCATION MUSICALE 2019

 

 

« EX TENEBRIS » est le nom d’un trio formé de Gaëll Lozac’h (compositeur, claveciniste, organiste), Xavier Truong-Fallai (sopraniste) et Louise Pierrard (viole de gambe) qui — avec une réelle connivence — proposent une sélection de Leçons de Ténèbres baroques composées par Michel-Richard DELALANDE (1657-1726), Jean-Baptiste GOUFFET (1669-1729) tombé dans l’oubli et à redécouvrir ainsi que François COUPERIN (1668-1733) et, en miroir, la seconde version (2016) de Leçons de Ténèbres pour sopraniste, viole de gambe et clavecin de Gaëll LOZAC’H (né en 1983), œuvre de commande marquée par l’influence de Fr. Couperin (modalité, ornementation, facture mélodique pour les lettres hébraïques introduisant les Lamentations, accords arpégés pour la basse continue, associés à l’esthétique moderne pour la viole de gambe). Autre mérite : le compositeur a largement tenu compte des capacités vocales du sopraniste. Beau programme pour le temps liturgique de la Passion, d’après les Lamentations du Prophète Jérémie, (chapitre 1…), impressionnantes, dramatiques, riches en émotions, dominées par l’injonction conclusive à l’impératif : Jerusalem

Gabriel Fumet (né en 1937), flûtiste de réputation internationale, rend un hommage appuyé à deux de ses ancêtres : son grand-père Dynam Victor FUMET (1867-1949) et son père Raphaël FUMET (1898-1979). En tant que Président de l’Association Dynam-Victor Fumet, il a regroupé une intéressante sélection d’œuvres marquantes injustement tombées dans l’oubli, et — accompagné par Jean-Paul Imbert — il interprète le Lacrimosa pour flûte et orgue de son père. Judicieusement placé sous le signe de la Quintessence et de la Musique de l’âme, le programme de ce disque est éclectique et très révélateur. Les discophiles découvriront 9 œuvres respectivement pour orchestre, chœur, piano, orgue, quatuor pour bois, quatuor à cordes, piano et orgue.

Dynam Victor FUMET, né à Toulouse en 1867, est mort à Paris en 1949. Compositeur et organiste, il a été l’élève de César Franck et, de 1910 à sa disparition, organiste de l’Église Ste Anne de la Maison Blanche, à Paris. Ce remarquable improvisateur a composé entre autres des œuvres de musique de chambre, des pièces pour orgue, le

Louis VIERNE (né à Poitiers en 1870, mort à Paris en 1837) est surtout connu comme célèbre organiste de la Cathédrale Notre-Dame, improvisateur et compositeur dans la mouvance de « l’Orgue symphonique ». Ses études à l’Institut National des Jeunes Aveugles en piano, orgue et violon lui ont permis de réaliser des œuvres de musique de chambre oubliées, mais qui, notamment grâce aux Éditions HORTUS, connaissent heureusement un regain d’intérêt.

Le violoniste Dominique Hofer (élève de Dominique Hoppenot) et la pianiste Frédérique Troivaux (disciple de Bruno Rigutto) ont le mérite de présenter, en premier enregistrement mondial, sa Ballade (op. 52, 1926), œuvre marquante dédiée à Jacques Thibaud qui, à elle seule, résumerait ses nombreuses qualités compositionnelles : clarté, précision, concision, pureté, intériorité, style très personnel déjà souligné par la critique d’époque. Comme le rappelle Francis Besingrand, elle « devait être le pendant du Poème [1896] d’Ernest Chausson ».

Les Abendmusiken (Musiques du soir) ont été fondées en 1673 par Franz TUNDER (1614-1667), depuis 1641 organiste titulaire à la célèbre Marienkirche de Lubeck. Elles avaient lieu d’abord le jeudi, puis les 2e, 3e et 4e dimanches du temps liturgique de l’Avent. Destinées aux marchands et négociants qui transitaient par cette ville hanséatique pour se rendre à la Bourse de Hambourg, elles étaient soutenues par les riches bourgeois et d’abord dévolues à la musique d’orgue. Toutefois, Dietrich BUXTEHUDE (v. 1637-1707), successeur de Fr. Tunder, les transformera en cycles de Cantates qui sont, en fait, à l’origine des concerts avec oratorios, passions, cantates. Cette institution s’est maintenue jusqu’en 1810 et sa réputation dépassera largement la ville de Lubeck.

Pour son second disque sous le Label MUSO, l’Ensemble Stravaganza, spécialisé dans le répertoire baroque — comprenant Domitille Gilon (violon, direction), Louis Creac’h (viole), Robin Phato (basse de viole), Vincent Maurice (théorbe), Thomas Soltani (clavecin et direction) et Chloé Sévère (orgue) — a retenu la formule instrumentale des

Après s’être fait remarquer à 11 ans en soliste dans le Concerto pour piano et orchestre n°23 (KV488) de W. A. MOZART, avec l’Orchestre de la Radio roumaine, puis avoir bénéficié d’une exceptionnelle formation internationale au Conservatoire George Enescu de Bucarest, à la Haute École de Lausanne, à l’École Normale de Musique de Paris et au Conservatoire Royal de Bruxelles, Axia Marinescu se produit dans de nombreux Festivals. Artiste, elle est aussi une philosophe avertie (études à Paris) et conférencière maîtrisant 5 langues.

Le choix de son programme n’est pas le fait du hasard car le projet, longuement mûri, est conforme à sa recherche de la beauté : « Je me souviens que le chef d’orchestre me dit lors de la dernière répétition : Tu partages avec Mozart son esprit de musicalité ravissante. Je ne comprenais pas tout à fait en quoi cet esprit se traduisait à l’époque, mais j’ai associé cela à la joie et au bonheur que la musique de Mozart me procurait en la jouant » (p. 2). C’est cette connivence joviale qui émane de

Jerzy Gablenz — né à Cracovie, le 23 janvier 1888, dans une famille de musiciens, disparu lors d’un tragique accident d’avion, le 11 novembre 1937 — a retenu l’attention de Jan A. Jarnicki qui, grâce à Tomaz Gablenz (son fils), a obtenu de nombreuses partitions.

Après Songs 1 (cf. LI 120, juin 2018), ce Volume 2 présente 17 mélodies profanes et 3 chants spirituels de ce compositeur particulièrement inventif. Il est introduit par deux œuvres d’orgue : Romanza (op. 2) et une transcription de sa Lamentation : Tu ne peux pas savoir combien je suis misérable, interprétées par l’organiste bien connu, Stanislaw Diwiszek. Les mélodies suivantes sont centrées sur le thème de l’amour, suscitant présence ou absence, énergie ou désespoir. Le lyrisme émane des textes concernant Le printemps (1925) après la froidure de l’hiver, ou encore Les Chrysanthèmes (1924). Le titre Triolet V (1925) traduit la confession d’un homme profondément touché et passionné par la présence d’une fille. En revanche, un autre Triolet, composé l’année suivante, relate l’histoire d’un amant, « histoire qui ne fut

Philippe CHAMOUARD (né en 1952), a été, en piano, élève de Guy Lasson ; en harmonie, contrepoint et composition, de Roger Boutry. Il a enseigné l’écriture musicale à l’UFR de Musicologie. Sa Thèse de Doctorat concernant l’orchestration des symphonies de Gustav Mahler a été brillamment soutenue à l’Université Paris-Sorbonne. Il a surtout composé des partitions orchestrales : 10 Symphonies, des œuvres concertantes pour trompette, violoncelle, violon, orchestre à cordes, voix et chœurs, mais aussi pour harpe celtique et koto (instrument japonais à cordes). Ses Symphonie n°5 : Le Manuscrit des Étoiles et n°6 : Les Rêves de l’ombre ont déjà été recensées dans de précédentes Lettres d’information.

En créations mondiales, la Symphonie n°4 et le Madrigal d’été pour violoncelle et orchestre sont interprétés par l’Orchestre Philharmonique de Plovdiv, en Bulgarie, sous la direction de Nayden Todorov (novembre 2017). Ce disque contient aussi l’antienne grégorienne Salve Regina — œuvre environnée de douceur —, chantée par le Madrigal

Cédric Burgelin, né à Nantes en 1970, est depuis 2000 le titulaire des Grandes Orgues historiques Jehan Ourry (1627) à la Cathédrale de Saintes (restaurées en 1985 par Yves Sévère), instrument à 3 claviers et pédalier avec système mécanique à doubles soupapes permettant un toucher expressif.

Après avoir été remarqué par Gaston Litaize, il devient son élève et, à 20 ans, est admis au CNSMDP. Il y obtient les Premiers Prix d’orgue et de basse continue ainsi que le Diplôme de Formation supérieure en orgue. Enseignant au Conservatoire de Saintes, il s’est beaucoup investi en faveur de l’Orgue en Saintonge. Cédric Burgelin continue son exploration de l’univers organistique de Jean Sébastien Bach après ses deux disques : Au-delà du silence (c’est-à-dire autour du « choc de la création » selon ses propres termes) et Épures méditatives et mondes en devenir (frayant « un chemin de méditation » dans l’œuvre du Cantor). Il a enregistré en 2017 son 3e volet intitulé Consolation, concernant « les plus doux Chorals » du Petit Livre d’Orgue et notamment, en conclusion le Choral pour le temps de l’Avent et de Noël : Nun Komm, der

L’œuvre d’orgue de Max REGER (1873-1916) n’était guère enseignée en France, sauf au Conservatoire municipal de Strasbourg par le professeur Charles Muller dans les années 1950. En fait, le contrepoint très poussé semblait avoir découragé les organistes mais, grâce à Jean-Baptiste Dupont, né en 1979, organiste de la Cathédrale de Bordeaux, une brillante Intégrale discographique est en cours de réalisation (cf. LI nos 59 et 85). Elle a atteint le Volume 5 avec les CD n°7 et 8.

Trois instruments contemporains de Max REGER — correspondant donc à la configuration sonore pour laquelle il a pensé ses œuvres —, de manufactures allemandes, ont été retenus : à la Marienkirche de Landau dans le Palatinat, l’Orgue Steinmeyer (1927) restauration Seiffert (2012) ; à la Stadtkirche de Pössneck en Thuringe, l’Orgue Kreutzbach (1896) restaurations Jehmlich (1926) et Eule (2014) ; et, à la Pauluskirche d’Ulm, l’Orgue Link (1910) restauration Gaida (2014), imposant et complexe (cf. livret, p. 28-29) avec de très nombreuses possibilités de registrations.

Les artistes sud-coréens se distinguent de plus en plus sur la scène internationale et lors de redoutables concours. Ji Won Song (née à Séoul) a été initiée au violon dès l’âge de 5 ans, à l’Université Nationale des Arts, puis auprès de maîtres réputés à l’Institut de Musique de Cleveland. Elle est titulaire de nombreuses distinctions : Premier Prix du Concours international Leopold Mozart, prix des Concours internationaux de violon Tibor Varga, Yehudi Menuhin entre autres. À 26 ans, elle donne des concerts avec de nombreux orchestres en Corée, Chine, Allemagne et au Canada. Elle forme un duo d’exception avec le pianiste argentin José Gallardo (né en 1970, à Buenos Aires), ayant étudié au Conservatoire de sa ville natale, puis à l’Université de Mayence. Titulaire de nombreuses récompenses internationales, il se produit notamment en Allemagne, Asie, Israël, Amérique du Sud, et a été professeur à l’Université de Mayence et, à Augsbourg, au Centre Leopold Mozart.

Un autre musicien polonais — né 35 ans après la mort de W. GAWRONSKI — à découvrir : Michael KIMBER (né en 1945), enseignant, compositeur et soliste international, défenseur acharné de l’alto, dont Acte Préalable a déjà publié 7 CD consacrés à l’instrument… Le 8e regroupe ses meilleures productions avec le concours de plusieurs altistes — dont Marcin Murawski (alto) — et de deux orchestres : l’Orchestre de chambre Concertino (sous la direction de Marek Siwka) et l’Orkiestra Dyplomantow (dirigé par Eugeniusz Dabrowski). Des éléments stylistiques polonais (Variations, pl. 1, très développées) côtoient Échos de Grèce (pl. 2), Deux Pièces en style espagnol (La Nuit et Danse) (pl. 3, 4) et Trois Impressions arméniennes (pl. 5-7), auxquels s’ajoutent des pages descriptives : Winter Awakening (Éveil de l’hiver), Travelling (Voyage) pour orchestre à cordes et harpe, et Night Music (Musique de nuit, 2013) pour alto solo et orchestre à cordes… De quoi s’immerger à nouveau dans l’univers chatoyant de Michael Kimber qui conclut son texte de présentation dans l’espoir que ses pièces serviront à développer « la brillance technique, la beauté tonale et l’expression musicale ».
Édith Weber
© L'ÉDUCATION MUSICALE 2019

 

 

Comme le rappelle Jan A. Jarnicki, directeur du Label polonais Acte Préalable : Wojciech GRAWRONSKI, mort prématurément, a peu composé et est rapidement tombé dans l’oubli. Il est né en 1868, près de Vilnius et mort en 1910, près de Poznan. Après ses études à Vilnius, Varsovie, Berlin et Vienne, il s’installe à Varsovie où il enseigne le piano, tout en s’adonnant à la composition (seulement 20 opus) et en voyageant. De minutieuses recherches d’archives dans des Bibliothèques en Pologne et à l’étranger ont abouti à la constitution d’un programme varié, pour alto et piano : Marcin Murawski (alto), intervenant à 6 reprises, est accompagné au piano par Anna Starzec-Makandasis qui a étudié en Pologne et aux États-Unis. Elle interprète aussi 9 morceaux en soliste. Parmi les titres français figurent une œuvre de jeunesse, Berceuse (op. 2, n°3), à l’origine pour violon, s’imposant déjà par sa facture mélodique et ses accents romantiques ; sa Sérénade, morceau caractéristique (op. 18, n°3) et sa Sérénade antique (op. 24 n°2), genre de miniature pour piano, de structure classique, dans le sillage des Sonates de Domenico Scarlatti (1685-1757) ; Quatre

Le célèbre pianiste Aldo CICCOLINI, né en 1925 à Naples, est mort en 2015 à Asnières-sur-Seine. Il a été l’élève notamment d’Achille Longo, de Marguerite Long et d’Alfred Cortot. En 1949, il s’installe à Paris et obtient le Premier Grand Prix du Concours Marguerite Long-Jacques Thibaud. Il a joué sous la direction des plus grands chefs internationaux. Naturalisé français en 1971, remarquable pédagogue, il a enseigné au CNSM jusqu’en 1987 et participé à de nombreuses master classes.

Ce précieux coffret comprend 8 disques enregistrés respectivement en 1956, 1961, 2002 et 2005 (CASCAVELLE). Joël Perrot a assuré la direction artistique et l’enregistrement de ceux effectués entre 1996 et 2014 et réédités en 2018 pour le Label GALLO. Cette réalisation représente en quelque sorte le testament pianistique du maître, une synthèse de ses conceptions interprétatives très personnelles résultant de sa connaissance si approfondie de nombreuses œuvres des sept compositeurs.

Dans son cas, le titre Art revêt aussi son sens latin de science (ars musicae) et la notion allemande d’Aufführungspraxis (pratique de l’interprétation). Comme le souligne Joël Perrot : « Chaque disque d’Aldo Ciccolini est unique et ne ressemble jamais à ce que l’on croit savoir d’une œuvre ». Il ne cherche pas à séduire les auditeurs, il souhaite avant tout rester fidèle aux intentions des compositeurs. Pour lui, les esthétiques baroque, romantique et impressionniste n’ont aucun secret.

Autre preuve de l’intérêt de René GERBER pour la France : ses 6 Sonatines du Terroir parisien composées à Paris en 1934, alors qu’il suivait les cours de composition de Paul Dukas à l’École Normale de Musique. Comme le souligne le texte de présentation : « Ressortissant au cadre habituel (sauf la dernière, constituée de trois fugues), elles offrent une captivante synthèse entre le style linéaire et lumineux de l’auteur et les allusions à des thèmes de la tradition populaire ». La 5ecomprend notamment un thème avec variations et la 6e : Prélude-Fugue-Musette. D’une manière générale, les indications de tempi sont précisées, avec, en principe, un mouvement lent central. Catherine Aubert-Tackett fait preuve d’un toucher délicat, du respect des nuances.

Dans son ouvrage : Les exigences de l’art, paru aux Éditions Papillon (Genève/Drize, 2003), René GERBER résume sa démarche forte de 60 ans d’expérience et s’interroge sur l’essence même de l’art paradoxalement « indéfinissable dans son essence, sa source affective et imaginative et, en même temps, définissable dans sa réalisation, dans

René GERBER, né à Travers en 1908, a fait ses études à l’Université de Zurich, puis au Conservatoire de cette ville et ensuite à l’École Normale de Musique de Paris, avec Paul Dukas, tout en suivant des cours chez Nadia Boulanger et Robert Siohan. De 1947 à 1952, il a été directeur du Conservatoire de Neuchâtel. Il a composé des œuvres d’orchestre, de musique de chambre, vocales et pianistiques, ainsi que 2 Opéras.

La pianiste suisse Catherine Aubert-Tackett, diplômée du Conservatoire de Neuchâtel, titulaire de la Licence ès-Lettres classiques, d’un diplôme de pédagogie du piano, a aussi étudié à Washington. Elle donne de nombreux concerts aux Etats-Unis et en Europe. Elle est spécialiste de la Méthode Suzuki appliquée à l’enseignement du piano et de la musique de René GERBER. Commençant aux accents de la Fantaisie sur un air de Bach pour laquelle René GERBER a tiré son thème du Menuet de la Quatrième Partita que J. S. BACH considérait comme « exercice » de piano. Le programme se poursuit avec Douze Divertissements aux titres et sous-titres évocateurs (Le vielleur, Le moutier, La pastourelle, La belle Aude, Les commères…) représentant des « impressions du pays de France cher à l’auteur ». Les Quatre cahiers pour jeunes pianistes, de

Anna Zassimova, pianiste de concert, pur produit de l’école russe, a — dès l’âge de 6 ans — commencé le piano à l’École Gnessin, puis à cette Académie d’élite auprès du maître moscovite Vladimir Tropp, ensuite à l’École Supérieure de Musique de Karlsruhe avec Michael Uhde et Markus Stange. Tout en sillonnant la Russie, les Etats-Unis, la Chine et participant à de nombreux Festivals internationaux, elle enseigne à la Musikhochschule de Karlsruhe. Musicologue et musicienne dans l’âme, il lui tient à cœur de révéler les compositeurs russes de la fin du XIXe et de la première moitié du XXe siècle, dont les œuvres baignent dans le Romantisme tardif. À aucun moment, elle ne verse dans la sentimentalité débordante mais privilégie l’expressivité et l’émotion contenue.

Le programme — concernant la Sonate n°3 en fa # mineur d’Alexander SCRIABINE (1872-1915), de facture classique en 4 mouvements, la Valse de Vladimir REBIKOV (1866-1920) et Deux Préludes d’Anatoly LJADOW (1855-1914), compositeurs connus — permet de découvrir en premiers enregistrements mondiaux : Rêverie, Contraste

Sortie en octobre 2018 comme le CD consacré à Franz LISZT (cf. supra), cette réalisation du pianiste argentin Nelson Goerner démontre combien il a assimilé l’âme slave enrobée de mélancolie et de tristesse exprimée par Sergei RACHMANINOV (1873-1943) qui « note sur le papier la musique intérieure qu’il entend aussi naturellement que possible ».

Le disque 1 propose le Concerto n°3 en ré mineur (op. 30) créé à New York en 1909, exigeant une maîtrise technique de très haut niveau. Accompagné par l’Orchestre Symphonique de la BBC, sous la baguette précise de Vassily Sinaiski, Nelson Goerner réserve un sort royal à cette œuvre monumentale. Suivent 3 Préludes dont le 12e en sol # mineur souvent interprété bénéficie d’une facture mélodique aux accents orientaux, évoluant comme une plainte et se terminant perdando. À retenir l’Étude pour la main gauche en Lab majeur de Felix BLUMENFELD (1863-1930), pianiste russe, chef d’orchestre, accompagnateur, professeur aux Conservatoires de Saint-Pétersbourg et de Moscou : véritable prouesse technique.

Jozef WIENAWSKI, pianiste, pédagogue et compositeur polonais, est né en 1837 à Lublin où, après une première formation, il étudie le piano au Conservatoire de Paris auprès d’Antoine François Marmontel et de Charles-Valentin Alkan, et la composition auprès de Félix Le Couppey, puis la théorie musicale à Berlin. À Paris, il rencontre Rossini, Gounod, Berlioz et deviendra l’un des artistes favoris de Napoléon III. Après avoir enseigné au Conservatoire de Moscou, il s’installe

Antoni KATSKI (alias Chevalier Antoine de Kontski), né à Cracovie en 1817 dans une famille de musiciens (enfants prodiges) est mort à Ivanytchi (Ukraine) en 1899. Il a étudié le piano à Moscou avec John Field, à Vienne avec Sigismond Thalberg, puis a donné des concerts à Paris, en Espagne et au Portugal. Il a été pianiste à la Cour de l’Empereur de Prusse à Berlin. Après avoir beaucoup voyagé, il s’est installé à Londres, puis aux Etats-Unis où il est naturalisé. Véritable globe-trotteur, il sillonnera le monde entier, tout comme son remarquable interprète, le pianiste Slawomir Dobrzanski qui, d’entrée de jeu, avec la Polka nationale variée (op. 81), fait montre de toute sa dextérité et illustre à merveille le caractère cabotin du compositeur, personnage hors norme et haut en couleurs. Il montre une tout autre facette avec L’isolement–méditation (op. 47) sur une mélodie italianisante et mélodramatique, proche la Méditation Toujours seul (n°3, op. 57), en forme de rondo, avec une conclusion assez