Quintette Aquilon : Hommage au Quintette à Vent Français

S’attaquer au répertoire français du XXème siècle, avec Jolivet en tête de file, qui plus est en hommage au Quintette à Vent Français de Jean-Pierre Rampal est une entreprise ambitieuse tant on sait que ces compositeurs ont livré des pages redoutables aux instrumentistes à vent. Le Quintette Aquilon réussit pleinement ce projet, et donne à entendre les couleurs harmoniques riches, les articulations ciselées, le style « sautillant » et ironique très caractéristique de cette époque et de cette veine de compositeurs. Si la prise de son ne permet pas toujours de goûter tous les reliefs et toutes les nuances, on est séduit par la vivacité des rythmes, par l’apparente facilité et la cohésion des contours, véritable signature de la virtuosité de ce quintette.

Olivier CALMEL - Double CELLI : Immatériel

Olivier Calmel signe chez Klarthe un disque de « Jazz de chambre composé » : Immatériel, sous-titré Double Celli. La pochette, arborant les volutes et les chevalets des violoncelles, dans des teintes de bois, très classique, ne laisse pas présager de cette esthétique « jazzy » : pourtant les premières secondes du disque donnent le ton, notamment avec la batterie caractéristique du style. Ce sont donc quatre instruments à cordes, violon, alto et deux violoncelles comme l’annonce le sous-titre, parfaitement maîtrisés par Johan Renard, Frédéric Eymard, Xavier Phillips et Clément Petit, la batterie et les percussions de Antoine Banville, classique et fidèle à l’attente de l’accompagnement rythmique du Jazz, et enfin Olivier Calmel au piano ainsi qu’à la signature des compositions (sauf deux) qui sont à entendre dans cet enregistrement. L’effectif est bien utilisé, varié entre les pistes, mettant tour à tour en valeur chaque instrument, sans oublier le plaisir du son de groupe.

Marouan MANKAR-BENNIS : Pièces de Caractère Jean-François Dandrieu (1682-1738)

Avec une grande sensibilité et une grande créativité, Marouan Mankar-Bennis enregistre chez L’Encelade un disque qui rétablit la lumière sur un compositeur parfois trop peu connu, au confluent chronologique et stylistique de François Couperin et Jean-Philippe Rameau : Jean-François Dandrieu. D’emblée on est séduit par l’emploi du jeu luthé, qui se poursuit ici sur une bonne partie du disque, permettant à l’auditeur de profiter de toutes les couleurs de son timbre léger et envoutant, la liberté et la finesse du toucher rappelant l’instrument qui a donné son nom à ce jeu : le luth. Un autre parti pris de l’interprète organise le disque comme une tragédie lyrique imaginaire, encourageant une écoute continue, conférant à l’ensemble une forme très convaincante. Astucieusement programmé et poétiquement présenté, ce disque agit donc comme une double révélation : celle d’un compositeur à mettre au panthéon des musiciens baroques, et celle d’un interprète talentueux et créatif, dont on attend de nouvelles créations phonographiques avec impatience.
Jean-Étienne Sotty

Klaus WÜSTHOFF : Die Regentrude. KLANGLOGO (www.klanglogo.de ) (www.rondeauproduction.de ), KL 1525. 2018. TT : 68’ 30.

Klaus WÜSTHOFF (né en 1922), fait prisonnier de guerre par l’armée russe, a pu bénéficier durant sa captivité de l’enseignement du contrepoint grâce à Hans Vogt. À sa libération, il a pu entreprendre des études à Berlin, entre autres auprès du compositeur Boris Blacher (1903-1975).

Die Schelde (L’Escaut), composé en 1956 pour une compétition à Radio Bruxelles, rend un joyeux hommage au fleuve prenant sa source en France, traversant la Belgique et se jetant dans la Mer du Nord à Flessingue (Pays-Bas). Cette œuvre de caractère descriptif, toujours en mouvement, comprend 3 parties : Ouverture : Trajet sur l’Escaut ; Nocturne : Clair de lune et Rondo. Finale : Anvers, page tonitruante. Les auditeurs s’y sentiront ballottés.

Danza de la Vida. Jürg Eichenberger (violoncelle) et Eriko Kagawa (piano). SOLO MUSICA (www.solo-musica.de ), SM 278. 2018. TT : 68’ 49.

Danza de la Vida, titre symbolique, se veut un hommage de Jürg Eichenberger à José BRAGATO (1915-2017), violoncelliste argentin né en Italie, compositeur, chef, arrangeur et archiviste, qu’il a rencontré lors d’une tournée en Amérique du Sud. Il l’a ensuite invité à Lucerne en 2005 et ils se sont retrouvés trois ans plus tard avec sa femme Graciela. L’ami des deux interprètes, à l’origine du projet, est mort peu avant l’enregistrement de sa musique.

Le programme comporte une page envoûtante de José BRAGATO : Graciela y Buenos-Aires (plage 8) et Adios Nonino (pl. 13) — œuvre composée en 1959 par A. Piazzolla en hommage à son père Vicente « Nonino » — arrangée pour violoncelle et piano, de même que Introduccion al Angel, Milonga del Angel, La muerte del Angel (pl. 1-3), Oblivion (pl. 9), La resurreccion del Angel (pl. 19), toutes des pièces à succès du fondateur du Nouveau Tango argentin. Cette réalisation se termine avec le Grand Tango (pl. 27) d’Astor PIAZZOLLA (1921-1992), incisif, déhanché et haut en couleurs.

Duo ARNICANS : Enchanted Works for Cello and Piano. SOLO MUSICA (www.solo-musica.de ), SM288. 2018. TT : 71’ 02.

Le Duo Arnicans comprend Florian Arnicans (violoncelle), formé en Namibie, à Weimar et Dusseldorf, puis à Lausanne et Lucerne, et sa femme d’origine lettone, Arta Arnicane (piano), ayant étudié à Glasgow, Riga et Zurich. Ces deux interprètes ont réalisé une Anthologie de pièces à succès et d’arrangements allant de Jean Sébastien BACH à Astor PIAZZOLLA en passant entre autres par Robert SCHUMANN, Felix MENDELSSOHN, Maurice RAVEL, Antonin DVORAK, Serge RACHMANINOV, Manuel De FALLA, Edward ELGAR… soit un parcours allemand, français, tchèque, russe, espagnol et anglais. 24 œuvres au total illustrent des formes très variées : arioso, berceuse, élégie, habanera, romance, suite ou encore l’hymne Ave Maria (Astor Piazzolla, 1921-1992) : autant d’esthétiques spécifiques.

L’Écho des Batailles (1800-1815). Daniel PROPPER - Daniel STEIBELT – Louis Emmanuel JADIN - Jean-Frédéric-Auguste LE MIÈRE – Jan Ladislav DUSSEK – Christian Friedrich RUPRE - Ignace MOSCHELES. FORGOTTEN RECORDS (www.forgottenrecords.com). fr 16/17 P. 2 CD : 65’ 40 ; 78’ 23.

Daniel Propper, suédois par sa mère, autrichien par son père et français d’adoption, poursuit une brillante carrière européenne de concertiste. Formé en Suède, à la Julliard School (New York) puis au CNSM (Paris), il est professeur au Conservatoire de Dourdan, organise des masterclasses même à Pékin et se produit aussi avec orchestre. Il compte déjà une abondante discographie à son actif. Ce coffret se veut d’abord une leçon d’histoire napoléonienne couronnée par le Prix 2012 de la Fondation Napoléon, évoquant 15 ans de Batailles et une période tourmentée de l’Histoire de France.

Les mélomanes pourront revivre la Grande Bataille d’Austerlitz (Bataille des « trois Empereurs », 1805) avec la cavalerie française, les roulements de tambour, la confrontation avec l’ennemi, les fusillades, la mêlée, les armées française et russe jusqu’à la victoire et la marche triomphale traduits avec réalisme par Louis Emmanuel JADIN (1768-1863).

Georg MUFFAT (1653-1704) : Apparatus Musico-Organisticus (1690). CAPELLA SACRA (www.capellasacra.com ), FCMUFF. 2 CD : 40’ 33 – 51’ 36.

Cyril Pallaud, professeur agrégé, docteur en musicologie, chef d’orchestre, chef de chœur, brillant organiste, s’est spécialisé entre autres dans la facture d’orgue alsacienne et la musique baroque (Schola Cantorum de Bâle), et s’intéresse tout particulièrement à l’œuvre de Georg MUFFAT (1653-1704). Il enseigne depuis 2017 à Strasbourg. Pour interpréter ses Toccatas, il a retenu à juste titre l’orgue Jaque Besançon (1773) en l’Église Saint-Michel à Sierentz (Haut-Rhin) : instrument historique à deux claviers (Grand Orgue, Positif) et pédalier (avec quelques éléments anciens des facteurs Silbermann et Calinet, accordé au diapason 392 Hz). Il a été restauré en 2014 par la Manufacture Jean-Christian Guerrier.

Aleksandra GARBAL : Mysterious Garden of 20th and 21st Century’s Miniatures. ACTE PRÉALABLE (www.acteprealable.com ), AP0416. 2018. TT : 78’ 15.

La pianiste, claveciniste, organiste, soprano et théoricienne polonaise, Aleksandra Garbal (née en 1970) est également compositrice. Cette réalisation, en premier enregistrement mondial, témoigne de sa polyvalence compositionnelle : musique vocale, œuvres pour : piano (1997/2010), saxophone alto et piano (2011), clarinette (1994/2009, Incantation pour clarinette solo), marimba (1997), flûte (2005/2016), violoncelle (2010) — poignant Recitativo e Arioso per violoncello solo à la mémoire des victimes de l’accident d’avion à Smolensk, traduisant ses sentiments personnels de solitude et d’impuissance face à cette tragédie — ; soprano, baryton et piano (2014), et aussi orgue (2017). Elle cultive les formes traditionnelles : Préludes pour piano (2011-13), Valse (2013), Toccata Sursum corda-Habemus ad Dominum pour orgue (2017), où se manifeste sa joie de vivre et sa vision mystique du monde. Ces Miniatures s’insérant dans la longue tradition du folklore polonais, et témoignant de l’attachement de la musicienne à son pays et à sa langue, sont émaillées de nombreuses réflexions sur l’existence. Compositrice polonaise gagnant à être connue (et reconnue).
Édith Weber

Jozef WIENIAWSKI : Complete Vocal Works. ACTE PRÉALABLE (www.acteprealable.com ). AP0410. TT : 72’ 37.

Jozef Wienawski, pianiste, pédagogue et compositeur polonais, est né en 1837 à Lublin où, après une première formation, il étudie le piano au Conservatoire de Paris avec Antoine François Marmontel et Charles-Valentin Alkan, et la composition avec Félix Le Couppey, puis la théorie musicale à Berlin. À Paris, il rencontre Rossini, Gounod, Berlioz et deviendra l’un des artistes favoris de Napoléon III. Après avoir enseigné au Conservatoire de Moscou, il s’installe à Bruxelles où il meurt en 1912. Bien que très apprécié de son temps, il est quand même tombé dans l’oubli, et c’est le mérite de Jan A. Jarnicki d’avoir relancé son œuvre vocale en polonais et allemand, sur les thèmes : amour, matin, nature et mois de mars, de mai, alouette et oiseaux… (d’après V. Hugo, H. Heine, J. W. von Goethe, entre autres). Cinq solistes et le Chœur de l’Académie Sztuki de Stettin placés sous la direction autorisée de Barbara Halec permettent enfin de redécouvrir son œuvre vocale empreinte de sensibilité et de sentimentalité.
Édith Weber

Constance Heller - Gerold Huber : Lieder von Hans SOMMER. SOLO MUSICA (www.solo-musica.de ). SM 281. TT : 63’ 02.

L’enregistrement des Lieder de Hans SOMMER (1837-1922) est réalisé par la mezzo-soprano Constance Heller (née à Laufen, en Bavière) qui, après ses études au Mozarteum de Salzbourg, devenue Master of Art, a fait ses débuts à l’Opéra dans le rôle de La Muse (Contes d’Hoffmann) et se produit sur le plan international tant dans les salles d’opéra que de concert. Elle est accompagnée au piano par Gerold Huber (né à Munich), élève en piano au Conservatoire de Munich et ayant bénéficié, à Berlin, des cours de Lieder de Dietrich Fischer-Dieskau. Accompagnateur souvent sollicité, sa discographie est impressionnante. Depuis 2013, il est professeur d’accompagnement au Conservatoire de Wurzbourg.

Henri MARTEAU : Entdeckung eines Romantikers (Découverte d’un romantique) vol. 2.SOLO MUSICA (www.solo-musica.de ). SM 263. 2017. TT : 53’ 17.

La vie et la carrière de Henri MARTEAU (1874-1934) — né à Reims d’un père français et d’une mère allemande, résidant en Allemagne, ballotté entre deux pays et, victime de l’antagonisme franco-allemand, finalement naturalisé suédois, parfaitement bilingue et biculturel — sont tributaires des aléas de l’histoire. Grand voyageur, ami de Max Reger, successeur du célèbre violoniste Joseph Joachim, il se situe dans la mouvance romantique tant par ses choix de textes que par son style musical.

Sports et divertissements Erik SATIE… et autres musicodrames. GALLO (www.gallo.com). CD 1507. 2017. TT : 39’ 05.

Sports et divertissements (texte et musique) révèlent un des divers aspects de l’inspiration protéiforme d’Érik Satie (1866-1925) en 20 miniatures : d’un côté, le yachting, le golf, le tennis… ; de l’autre, la comédie italienne, le carnaval, le feu d’artifice. Les paroles sont déjà musique. Ces pages sont destinées aux théâtres d’alors.

Dominique Michel (voix, comédienne), formée au Conservatoire National d’Art Dramatique et professeur invitée au CNSMD de Lyon, et Thierry Ravassard, pianiste et chef de chant dans ce même Conservatoire, authentiques spécialistes du Musicodrame, s’investissent pleinement dans ce climat d’insouciance régnant avant 1914. Ils interprètent également Histoire (Jacques Prévert) et la musique d’Alphonse Stallaert (1920-1995), chef d’orchestre et compositeur néerlandais influencé notamment par Arthur Honegger. Selon Marion Navone, cette œuvre figure parmi les « exemples les plus significatifs du musicodrame du XXe siècle. Le piano agit en véritable comédien… il devient tour à tour un cœur qui bat, des mains qui s’ouvrent en larges arpèges, une romance de printemps ou encore la pesanteur en accords minimalistes et brutaux d’un homme baignant dans son sang. » Descriptions réalistes correspondant aux quatre parties : Cœur de docker ; Le fusillé ; On frappe ; Adrien.

Ji WON SONG, José GALLARDO : MOZART-BEETHOVEN. KLANGLOGO (www.klanglogo.de ) (www.rondeau.de ).KL1523. 2018. TT : 69’ 13.

Lauréate du 9e Concours international de violon Leopold Mozart, qui a eu lieu en 2016 à Augsbourg, Ji Won Song, violoniste sud-coréenne née à Séoul, prouve à la fois ses qualités de concertiste virtuose et de partenaire avisée en musique de chambre. Elle s’est imposée très tôt sur la scène internationale : en Chine, en Allemagne, au Canada et aux Etats-Unis. José Gallardo, pianiste brésilien né à Buenos Aires, a fait ses études dans sa ville natale, puis à l’Université de Mayence. Concertiste invité par de nombreux Festivals internationaux, il a enseigné à Mayence, puis au Centre Leopold Mozart (Université d’Augsbourg). Le nom du père de Wolfgang Amadeus plane sur l’interprétation violonistique, conformément à son ouvrage didactique : Versuch einer gründlichen Violinschule (1756). Leur programme s’échelonne de W. A. MOZART à Fritz KREISLER (1875-1962), en passant par Ludwig van BEETHOVEN et Pablo de SARASATE (1844-1908), d’horizons divers mais associés par des emprunts thématiques d’une part à Mozart (Flûte enchantée) et d’autre part à Beethoven.

Charles BORDES : Œuvres basques. 2 CD : Disque 1 : François-René Duchâble, Olivier Laville, Ensemble Hélios ; Disque 2 : Ensemble Hélios. CHANTELOUP (www.chanteloup-music.org ). CMDOO9. 2018. TT : 62’ 52 ; 26’ 38.

Atavisme, folklore, couleurs locales, traditions régionales servent indubitablement d’inspiration aux poètes et compositeurs. C’est le cas, entre autres, de Charles BORDES (1863-1909), l’un des fondateurs de la Schola Cantorum (Paris), ardent défenseur des folklores français et espagnol.

Le contenu de cet album est totalement basque. Il comprend la Suite basque (op. 6), en sa transcription d’Ernest Chausson (1855-1899) pour piano à 4 mains, en 4 mouvements : I. Prélude, II. Intermezzo, III. Paysage, IV. Pordon Dantza (danse des bâtons), objet du CD 1 et — en version originale pour flûte, 2 violons, alto et violoncelle — (CD 2) : Rhapsodie basque pour piano et orchestre (op. 9), présentée dans l’adaptation de Gustave Samazeuilh, la partie d’orchestre étant réduite au second piano. Euskal Herria (musique de fête pour accompagner une partie de paume au Pays basque [français]), ainsi que Dix Danses, marches et cortèges populaire du Pays basque espagnol, interprétées par l’excellent pianiste François-René Duchâble.

Christmas Cantatas. HOMILIUS, STÖLZEL… Deutschlandfunk et CPO (Classic Produktion Osnabrück). CPO 555 052 - 2. 2016. TT : 67’ 40.

Hanna Herfurtner (soprano), Carola Günther (alto), Georg Poplutz (ténor), Raimonds Spogis (basse) et la Kölner Akademie, tous placés sous la baguette énergique et alerte de Michael Alexander Willens, interprètent avec entrain et dynamisme 5 Cantates de Noël qui — en marge de l’imagerie traditionnelle pour la Nativité — sortent des sentiers battus. Ce disque permettra de découvrir : de Gottfried August HOMILIUS (1715-1785) : Erhöhet die Tore der Welt (Ouvrez haut les portes du monde), évoquant la gloire du Christ ; de Johann Heinrich STÖLZEL (1690-1749) commençant à être mieux connu en France : Kündlich gross ist das gottselige Geheimnis (concernant le mystère divin) ; de Johann Heinrich ROLLE (1716-1785) : Siehe, Finsternis bedecket das Erdreich (Voici, les ténèbres recouvrent la terre), se terminant par la jubilation des anges, et Jauchze, du Tochter Zion (Toi, fille de Sion, exulte), relatif à l’accueil d’Emmanuel ; enfin, de Christoph FÖRSTER (1693-1745) : Ehre sei Gott in der Höhe (Gloire à Dieu au plus haut des cieux). Les mélomanes reconnaîtront aussi quelques Chorals conclusifs bien connus, par exemple : Ich lag in tiefer Todesnacht ; Sei mir willkommen, edler Gast. De quoi varier agréablement le répertoire et recréer autrement l’atmosphère de Noël.
Édith Weber

Jerzy GABLENZ : Songs 1. ACTE PRÉALABLE (www.acteprealable.com ). AP 0419. 2018. TT : 78’ 10.

Jerzy Gablenz — né à Cracovie, le 23 janvier 1888, dans une famille de musiciens, disparu lors d’un tragique accident d’avion, le 11 novembre 1937 — a retenu l’attention de Jan A. Jarnicki qui, grâce à Tomaz Gablenz (son fils) a obtenu de nombreuses partitions. (cf. Lettre d’information n°119, avril 2018, concernant le CD Piano and Chamber Works). Le Label polonais Acte Préalable vient de lancer une série concernant ses Songs (Chants) accompagnés par sa pianiste attitrée Anna Mikolon (piano) qui interprète également en solo 4 Bagatelles pour piano (op. 1, n°1) — mettant en valeur les oppositions de mouvements : Moderato, Vivo, Andantino triste et Tempo di valse — et 2 de l’op. 8, 2 Morceaux pour piano (op. 3 : Mélodie et Menuet), 3 Improvisations pour piano (op. 1, n°4) et 2 Esquisses « Es war einmal » (Il était une fois…), de caractère triste, puis rêveur ; toutes ces pièces s’imposent par la clarté de leur structure.

BEETHOVEN : Symphonies 4/5. Wiener Philharmoniker. Dir. : Philippe Jordan. WIENER SYMPHONIKER (www.wienersymphoniker.at ). WS 014 . 2017. TT : 66’ 25.

Les nostalgiques des critères traditionnels d’interprétation — s’interrogeant sur le dilemme : orchestre symphonique du XIXe siècle ou orchestre « de poche » (de chambre) — pourront confronter les deux conceptions différentes de Peter Stangel (cf. recension supra) et de Philippe Jordan. Autrement dit : d’un côté, le modeste Taschen Philharmoniker Orchester ; de l’autre : les imposants Wiener Symphoniker, orchestre fondé en 1900 par Ferdinand Löwe, entre autres dirigé par Herbert von Karajan... Se produisant dans le monde entier, il est actuellement placé sous la baguette du chef suisse Philippe Jordan (né à Zurich en 1974), le fils d’Armin Jordan. Il a fait partie des Zürcher Sängerknaben (Petits Chanteurs de Zurich), obtenu le diplôme de professeur de piano décerné par le Conservatoire de sa ville natale. Il a été successivement maître de chapelle et assistant au Théâtre d’Ulm et de Daniel Barenboïm à l’Opéra de Berlin, puis directeur musical de l’Opéra et de l’Orchestre Philharmonique de Graz jusqu’en 2004. Il est très sollicité sur le plan international.

BEETHOVEN : Revisited Symphonies 1-9. Taschenphilharmonie Orchester (Orchestre Philharmonique de poche), direction Peter Stangel. Edition Taschen Philharmonie (www.die-taschenphilharmonie.de ) ETP 010. 6 CD. 2017.

Aussi inattendue qu’instructive, cette version des 9 Symphonies de BEETHOVEN conçue par Peter Stangel pour un orchestre très réduit (« de poche ») propose une nouvelle approche, une nouvelle écoute, une autre compréhension au bénéfice de la transparence : autrement dit une re-découverte en première mondiale. Le « plus petit orchestre au monde », fondé en 2006 par Peter Stangel, son chef actuel, réunit entre 12 et 19 musiciens, ce qui permet de conférer une très grande clarté à l’audition et de percevoir autrement ces Symphonies souvent galvaudées. Enregistrées entre 2012 et 2017, leur écoute exige une adaptation et un ajustement de l’oreille.

BACH : Himmelfahrtsoratorium (BWV 11) et deux Cantates. RONDEAU PRODUCTION (www.rondeau.de ). ROP 6154. 2018. TT : 61’ 11.

Moins souvent interprété que l’Oratorio de Noël, celui de l’Ascension (Himmelfahrt) vient d’être enregistré pour le Label leipzicois RONDEAU PRODUCTION, par le Chœur de chambre Gutenberg (Mayence) et le Neumeyer Consort (instruments historiques), placés sous la direction de Felix Koch, en une version pleine de vitalité grâce à l’enthousiasme des interprètes et aux trompettes et timbales.

La Prière, un film de Cédric KAHN (Bande originale). JADE (www.jade-music.net ). 699 903-2. 2018. AP 174. TT : 31’ 30.

Les Éditions JADE ont lancé une démarche très originale consistant à associer au film de Cédric Kahn un disque interprété par des comédiens recréant l’atmosphère du film, le dénominateur commun étant La Prière (titre de la bande originale du film).

Le scénario est simple : le protagoniste, Thomas (22 ans) — pour échapper à la dépendance — rejoint une communauté d’anciens drogués qui se soignent par la prière. Il y découvre l’amitié, la règle, le travail, la foi. Comme l’affirme Cédric Kahn : « Le chant et les témoignages sont les piliers de la thérapie. Dans la maison, les garçons chantent tout le temps, en chapelle, après le repas, au coin du feu… Ils n’ont droit à aucune distraction : ni musique, ni journaux. L’esprit ne doit jamais être oisif pour éviter de penser à la drogue. En dehors du travail, ils prient et ils chantent. » Leur répertoire comprend des hymnes bien connues, par exemple : Veni Sancte Spiritus (Pentecôte), des chants mariaux (Je vous salue, Marie ; Salve Regina), des prières (Prends pitié, le Notre Père (Jacques Berthier)).

Faire interpréter des chants par des acteurs (et non des chanteurs professionnels) pourrait sembler une gageure. Toutefois, par leur ferveur communicative, ils ont signé une leçon de morale tout à fait d’actualité.
Édith Weber

Cosmopolitan MENDELSSOHN KLANGLOGO (www.rondeau.de ), KL 1522. 2018. TT : 59’ 20.

Actuellement, certains labels (allemands, français) confèrent à leurs productions un titre suggestif figurant à côté de la mention du compositeur. C’est ainsi que l’Orchestre de Chambre Mendelssohn (Leipzig) et son chef Peter Bruns proposent, sous le signe du cosmopolitisme, un voyage de près d’une heure permettant de côtoyer Felix Mendelssohn Bartholdy, entouré de quatre contemporains français, allemand, italien et norvégien.

Au départ de cette démonstration musicale cosmopolite, figure sa Symphoniesatz en do mineur avec, entre autres, une Fugue à 3 thèmes, œuvre de jeunesse de ce grand voyageur (Berlin, Angleterre, Suisse, Italie, Leipzig). Lors de son grand tour en Europe entre 1829 et 1833, Mendelssohn rencontre Hector BERLIOZ, grand admirateur de l’actrice Harriet Smithson ; sa passion s’est extériorisée dans La mort d’Ophélie (1842), page si intensément vibrante.