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Musique Le serpent – GUEM

« L’homme aux mains d’or », Abdelmadjid Guemguem, dit Guem, compositeur de ce fameux générique télé, est décédé le 21 janvier 2021 dans le 15è arrondissement de Paris, sa ville de cœur.

Né en 1947 à Batna en Algérie, ce musicien hors pair, issu d’une famille descendant des esclaves nigériens conduits au siècle dernier dans le sud de l'Algérie, grandit au rythme des djembés, derboukas et autres karkabous. Dès son plus jeune âge, il vibre dans les cérémonies traditionnelles de transe, voit les anciens du village jouer des percussions et les femmes danser jusqu’à épuisement. Il aime ces moments de communion. Autodidacte, passionné par la musique et la danse, il apprend en observant et en écoutant. Ses capacités exceptionnelles lui permettent de jouer de tous les instruments à cordes et à percussions sans avoir jamais lu la musique. Parallèlement, également doué pour le football, il intègre le club Chabab Aurès Batna et le Mouloudia club d’Alger, mais son cœur balancera longtemps entre la musique et le football.

A l’âge de 16 ans, orphelin, il débarque à Marseille avec deux francs en poche et joue de la derbouka dans des cafés. Mais très vite il décide de rejoindre la ville de ses rêves, Paris. Toujours mû par sa passion du football, et tout en continuant de se produire dès que l’occasion se présente, il intègre le club du Red Star de Saint-Ouen. Recruté par le Centre culturel américain de Paris pour dispenser leçons de percussions et de danse, il en devient rapidement un des professeurs emblématiques, un enseignant généreux qui se plaît à accompagner les cours des autres professeurs pour le plus grand plaisir de tous.

Au début des années 70, Les jazzmen Steve Lacy et Michel Portal ainsi que la chanteuse Colette Magny se produisent sur scène avec lui. Estimant qu’elles n’ont pas la visibilité qu’elles méritent, Guem fait le choix de valoriser les percussions en enregistrant des morceaux qui leur sont exclusivement dédiés. En 1973 paraît chez Hamonia Mundi son premier album sobrement intitulé Percussions africaines. De plus en plus reconnu, il crée avec ses élèves du Centre culturel américain le groupe « Guem et Zaka ». Le succès ne se fait pas attendre ; c’est à cette époque qu’il compose et interprète pour la première fois le titre « Le serpent », qu’il réenregistrera dans une version proche de l’originale pour les besoins du générique de l’émission « Ça se discute » sur France 2. Ses morceaux sont utilisés par la plupart des professeurs de danse, ce qui contribue grandement à sa notoriété.

En 1979 il assure la première partie des Rolling Stones au Pavillon de Paris, anciens abattoirs de la Villette, puis sa rencontre avec Bruno Coquatrix lui ouvre les portes de l’Olympia. Malgré l’engouement qu’il suscite, il continue d’enseigner et se déplace autant pour se produire en live que pour transmettre son apprentissage. Deux ans plus tard, les percussions latines qui font écho aux percussions africaines, le mènent au Brésil où il séjournera plus de six mois. C’est là qu’il enregistre l’album O Universo Rítmico, qui sera réédité en 2001 et le fera connaître dans toute l’Amérique latine. A l’issue de cette tournée, il commence à se produire aux États-Unis mais la France, et Paris en particulier, lui manquent.

DDans les années 90, Guem continue d’enregistrer de nombreux albums, dans lesquels il joue lui-même des percussions lors des sessions d’enregistrement, ou pour lesquels il forme, pour les besoins scéniques, des musiciens qui l’accompagnent. Il poursuit son enseignement au Centre des arts vivants à Paris, dispense des stages aux quatre coins du monde et se produit désormais aussi au Canada, en Europe (Italie et Allemagne surtout), en Algérie et en Égypte. Il maîtrise toutes les percussions et toutes les rythmiques. En 2007 paraît l’album Couleur paysdans lequel « l’homme aux mains d’or » propose 17 titres inspirés de 17 rythmes traditionnels de pays ou îles. Sa dextérité impressionnante, son jeu unique et instinctif qui oscille entre force et douceur lui valent son autre surnom de « musicien aux mille doigts ».

Aujourd’hui, sa musique est utilisée dans des contextes aussi divers que génériques télévisés, publicités, documentaires, défilés de mode, compétitions de danse et de patinage artistique, parcs d’attractions, etc.

En 2009, BD Music lui consacre un ouvrage illustré accompagné d’un album et d’un DVD retraçant son parcours en dessins.

En 2011, Guem enregistre l’album Mon Paris, dans lequel il dédie un morceau à chaque arrondissement parisien et l’identifie à un animal totem. Il aura joué et profité de la musique jusqu’à son dernier battement de cœur, lui qui avait pour devise « Le rythme, c’est la vie ».

 
Musique  Mon Paris, 15e arrondissement – GUEM

Biographie prévue en janvier 2022

Sarah GUEM

 

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