LE BILLET DE LA REDACTION

RIGOLETTO OU LA BOÎTE DE PANDORE A L’OPÉRA BASTILLE

 

L'Opéra de Paris achève la présentation de la « Trilogie » verdienne par Rigoletto, en fait son premier volet (1851), avant Il Trovatore et La Traviata (1853), également affichés cette saison. En confiant la mise en scène à l'allemand Claus Guth, on s'assurait d'une relecture radicale de l'opéra le plus populaire de Verdi. Partant des deux clés que sont la malédiction - titre pensé à l'origine pour la pièce, avant que la censure vénitienne ne conduise Verdi à adopter le nom du principal protagoniste - et la relation père-fille, une des plus puissantes de la dramaturgie verdienne, Guth conçoit non pas une transposition, mais un schéma réimaginé : un Rigoletto vieillissant revit sa propre histoire. Un double du personnage titre, apparaissant dès le court prélude, déballe d'un vieux carton son habit de bouffon et la robe ensanglantée de sa fille Gilda. Cette boîte de pandore devient essentielle au point de constituer l'unique accessoire présent sur le plateau et de s'élargir à l'échelle de celui-ci pour fournir le cadre décoratif de l'action. Autant dire une visualisation des plus sobres, sorte de no man's land ravalant au rang d'anecdote tout environnement historique. Dans cet espace informel s'inscrivent les diverses scènes du Ier acte, partagées entre la cour du duc de Mantoue et les dialogues plus intimes entre les deux membres de cette famille de marginaux que sont Rigoletto et Gilda. Les scènes intermédiaires telle que la rencontre de Rigoletto et de Sparafucile, livreront une vision encore plus épurée : ici, un face à face acéré, du premier et de son clone ; belle idée puisque Rigoletto lui-même lâche « nous faisons la paire ». Le II ème acte élargit un peu le champ visuel à un vaste escalier pour montrer le sarcastique ballet des courtisans. Et le dernier le modifie pour laisser place à une pseudo scène de théâtre, celle des fantasmes érotiques du Duc ; en l'occurrence un défilé de dames de blanc emplumées, tout droit sorties d'un Crazy Horse. L'ultime tableau est au-delà de l'idée même de sacrifice. C'est que, pour Guth, le drame est exclusivement intérieur et n'a rien à faire avec une situation dans un lieu précis. Car cette idée de malédiction c'est en lui que Rigoletto la porte. Dès lors, la dimension de la relation père-fille prime sur la bluette du duc de Mantoue. Le marginal Triboulet de Hugo cède la place à une figure paternelle attachante dans sa volonté extrême de préserver sa fille. « Je ne suis pas ce que je suis », semble crier l'amuseur dont les bouffonneries ne font plus rire personne, ou rire jaune. A ses côtés le Duc de Mantoue en devient plus insignifiant, perdant une aura de fin gosier forgée à travers les âges par les fans d'opéra. Un personnage dont Verdi remarquait qu il n'a rien à dire »! Un jeune inconstant, un vrai faux Don Juan.

 


Olga Peretyatko & Quinn Kelsey ©ONP/Monika Rittershaus

 Jean-Pierre ROBERT

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