LE BILLET DE LA REDACTION

LA TRAVIATA OU LA FETE CONTRAINTE

 

Avec cette reprise de La Traviata, l'Opéra de Paris conclut sa trilogie initiée avec Le Trouvère et poursuivie par Rigoletto. Si on devait mesurer la bonne santé vocale de la maison, la présente distribution en fournirait un bon étalon. Car celle-ci est de haut niveau. Dans le rôle titre, et malgré le forfait de la cantatrice annoncée - une pratique qui a tendance à devenir courante - , la jeune Maria Agresta fait un joli succès : voix bien placée, large, admirablement timbrée, qui n'a pas de difficulté à s'imposer dans les vastes espaces de l'Opéra Bastille. On la sent à l'aise dans les diverses facettes d'une partie exigeante : des colorature de « E strano! » et de la cabalette « Gioire » (Ier acte), à « Ah, no giammai! » (II) ou ces pages d'une émotion à fleur de peau vis à vis d'Alfredo, d'une vérité déchirante parce que tout bascule alors ; de cet ultime échange chez Flora, « Morte je t'aimerai encore », à l'« Addio del passato » délivré dans une tension inouïe. Et ce malgré un public vraiment peu attentif aux efforts déployés par l'interprète, n'hésitant pas à tousser à gorge déployée ! La caractérisation est d'autant plus méritoire que la régie est, comme on le verra, peu aidante. Mais cet artiste, qui sait visiblement combien ce portait de femme est porteur, est bien décidée à le faire savoir. Un interprétation achevée, justement saluée. A ses côtés, l'Alfredo de Bryan Hymel est de classe : un peu enveloppé, certes - un de ses illustres prédécesseurs ne l'était-il pas aussi - mais présentant bien, pas affecté. Le « Brindisi » au Ier acte est amené naturellement et la suite évite le pathos, tout comme les deux airs du II respirent les effluves d'une jeunesse que rien n'a encore ébranlé. L'armure saura se fendre plus tard.

 

Maria Agresta
Maria Agresta ©OnP

 

  Jean-Pierre ROBERT

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